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Les aéroports européens n'arrivent pas à faire face à la reprise du trafic, faute de personnels

latribune.fr

Publié le 05 mai 2022 à 11:44 - Mis à jour le 05 mai 2022 à 11:44

Pays-bas: schiphol (aeroports) va supprimer plusieurs centaines d’emplois

La direction de Schiphol a demandé aux compagnies aériennes d'annuler certaines réservations afin de faire face à l'afflux de voyageurs.

Yves Herman

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Pour tenter de réduire leurs pertes durant les confinements à répétition liés à la pandémie de Covid-19, les exploitants des équipements aéroportuaires ont coupé dans leurs effectifs, et notamment le personnel de sécurité. Alors que le trafic repart de plus belle au printemps, et s'annonce très dense pour l'été, les aéroports n'arrivent pas à gérer la demande. Amsterdam-Schiphol a par exemple demandé aux compagnies aériennes d'annuler des réservations et exhorté celles-ci à ne pas vendre de nouveaux billets sur les vols locaux.

Le printemps est déjà chaud dans les aéroports européens et l'été s'annonce bouillant. Après les images stupéfiantes de terminaux desserts lors des confinements à répétition au pic de l'épidémie de Covid-19, voilà les halls aéroportuaires bondés de touristes, prêts à s'envoler pour découvrir de nouvelles destinations. Alors que l'économie de ces infrastructures était en grand danger ces dernières années faute de flux de voyageurs, voilà que le trafic repart à fond les gaz. Une situation qui entraîne de nombreux "défis", comme l'a reconnu jeudi l'organisation fédérant ces équipements qui ont réduit leurs effectifs pendant la crise.

Depuis plusieurs semaines, d'Amsterdam à Paris, les témoignages d'engorgement des aéroports se multiplient. Dans ce contexte, la branche européenne du Conseil international des aéroports (ACI Europe) a concédé l'existence de "contraintes importantes" affectant le transport aérien, alors que celui redémarre fort.

Un trafic européen et international qui repart fort

En mars dernier, les aéroports du continent européen ont ainsi accueilli 65,9% de leurs passagers du même mois de 2019, selon l'organisation. Une nette amélioration par rapport aux 41% de l'avant-crise constatés pendant toute l'année 2021.

En France, selon les chiffres de la direction générale de l'aviation civile, publiés au 3 mai 2022, le trafic commercial atteint son meilleur niveau depuis la crise sanitaire. Le trafic intérieur s'élève ce mois-ci à 76,4% (en hausse de 1,1 point rapporté aux chiffres de février) avec une situation relativement stable d'un mois sur l'autre sur chacun de ses faisceaux. Le trafic international s'établit à 67,2% soit 6,8 points de mieux que le mois précédent. La dynamique haussière se vérifie avec l'ensemble des continents. Le trafic demeure plus en retrait avec l'Asie (42,9%) en particulier avec la Chine (3,6%).

Le 26 avril dernier, le ministre du Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne commentait notamment les perspectives pour l'été communiquées par les compagnies aériennes, qui faisaient état d'un niveau de programme de vols identique à celui de l'été 2019 sur le réseau moyen courrier, et à 85% pour le long-courrier.

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Saturation de certains aéroports

"Le défi dans l'immédiat est de gérer la hausse soudaine du trafic, étant donné que la pandémie a eu pour effet d'énormément réduire les ressources des aéroports et de la manutention au sol", a détaillé le directeur général d'ACI Europe, Olivier Jankovec, cité dans un communiqué.

Face à une demande atone ces deux dernières années, les aéroports avaient notamment réduit leurs frais de personnel. "Il s'agit maintenant de réembaucher, dans un marché du travail très tendu dans toute l'Europe", a-t-il ajouté, en soulignant qu'"il est impossible d'effectuer des ajustements du jour au lendemain étant donné les processus d'accréditation de sécurité et les délais nécessaires à la formation".

La veille, la principale association mondiale de compagnies aériennes, l'Iata, avait appelé à "traiter d'urgence" les causes de cette saturation. Déplorant les "longues attentes dans de nombreux aéroports, en raison de ressources insuffisantes pour gérer l'affluence en hausse", le directeur général de l'Iata, Willie Walsh, avait exhorté à agir afin d'"éviter de doucher l'enthousiasme des consommateurs pour les voyages aériens".

Signe de l'engorgement et du manque de main-d'œuvre, la compagnie KLM a ainsi été obligée d'annuler des dizaines de vols depuis et vers  le week-end dernier, submergé par une forte affluence à l'occasion des vacances de printemps.

Le gestionnaire de l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol a notamment publié un communiqué étonnant le 28 avril dernier. Dans celui-ci, il demande aux compagnies d'annuler "d'urgence" les "réservations pour les passagers locaux au départ du 2 mai au 8 mai et de s'assurer qu'aucune nouvelle réservation est effectuée pour la période à venir. Le gestionnaire précise sa demande : "une baisse de 3.500 passagers locaux le samedi et de 5.800 passagers le dimanche".

Pénurie d'agents de sécurité

La pénurie d'agents de sécurité est donc au cœur de la problématique. L'infrastructure hollandaise affirme dans son communiqué qu'elle n'est pas en mesure de proposer un nombre suffisant de personnels accrédités au regard du nombre de voyageurs. Une situation qui peut présenter de nombreux risques. "En tant qu'exploitant de l'aéroport, il est de notre responsabilité d'assurer le bien-être des passagers, l'ordre public et la sécurité", est-il écrit dans le communiqué.

Une situation qui a légèrement agacé le directeur général d'Air France-KLM. "Ce qui s'est passé à Amsterdam n'était pas une bonne situation, c'était très frustrant pour nous, et extrêmement frustrant et pas acceptable pour nos clients", a ajouté M. Smith, disant "faire de notre mieux, avec Schiphol, pour essayer de mieux gérer la situation cet été".

Même casse-tête et même inquiétude au sein des équipements aéroportuaires gérés par le groupe Aéroports de Paris (ADP). Des syndicats représentant des employés ou sous-traitants du Groupe ADP, ont également mis en garde contre des risques d'engorgement, particulièrement aux contrôles de sécurité.

Selon les chiffres communiqués par ADP, le trafic remonte rapidement. En mars 2022, il est en hausse de +4,6 millions de passagers par rapport à mars 2021, avec 6,0 millions de passagers accueillis. Il représente 68,7 % du trafic de Paris Aéroport du mois de mars 2019. Et depuis le début de l'année, le trafic à Paris Aéroport est en hausse de + 9,9 millions de passagers, à 14,6 millions de passagers, soit 61,4 % du niveau de trafic sur la même période en 2019. Un véritable défi pour ADP, alors que 4.000 postes sont à pourvoir sur ces plateformes et que les entreprises peinent à recruter.

Une forte demande malgré une hausse du prix des billets

D'autres raisons expliquent ces saturations d'aéroports, explique encore le directeur général d'Air France-KLM, Ben Smith. "Aux Etats-Unis, il existe une énorme pénurie de pilotes qui force de nombreuses compagnies américaines à annuler des vols cet été (...) dans certains endroits, il n'y a pas du tout assez de policiers aux frontières ou de douaniers, ni d'agents de sécurité", a-t-il témoigné lors d'une conférence de presse téléphonique à l'occasion de la publication des résultats trimestriels de son groupe.

Et l'été s'annonce également sous tensions au regard des carnets de réservation des compagnies aériennes, signe que la demande est là, coûte que coûte. Alors que l'inflation ne cesse de grimper et que la hausse des coûts du pétrole semblait devoir plomber la rentabilité des compagnies aériennes, l'été devrait s'avérer remarquable pour le transport aérien après deux ans de crise. D'habitude très sensibles aux tarifs, les voyageurs semblent aujourd'hui déterminés à partir à n'importe quel prix, ou presque. Pour preuve, les programmes de réservations des compagnies aériennes ne cessent de se remplir en dépit de prix de plus en plus élevés.

A LIRE AUSSI | Voyager quoi qu'il en coûte : pourquoi la hausse des prix des billets d'avion ne dissuade pas les passagers

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