Comme un train de sénateur. La première autoroute ferroviaire de la façade atlantique tarde à voir le jour. Le ministre des transports vient d’annoncer sa mise à feu d’ici deux ans au maximum, mais la Brittany Ferries qui doit l’opérer refuse de s’engager sans un accord-cadre avec SNCF Réseau.Qui dira le contraire - qui plus est, au lendemain de la parution d'un nouveau rapport alarmiste du GIEC ? Embarquer sur des trains une partie des norias de camions qui avalent du bitume entre la côte sud de la Grande-Bretagne et le nord de l'Espagne -via la France- serait tout bénéfice pour le climat. C'est précisément l'ambition de la future autoroute ferroviaire Cherbourg-Bayonne que la compagnie Brittany Ferries se propose de lancer, en complément de ses liaisons maritimes entre les îles britanniques et la péninsule ibérique.
Objectif : 20.000 poids-lourds sur le rail
L'annonce en avait été faite début 2020 par Jean-Marc Roué, son président. « Le Brexit va accroître le besoin de transports nord-sud sur les ports comme Cherbourg situés à l'ouest du détroit où le passage portuaire est plus simple », pronostiquait-il à l'époque. Son objectif : transférer du bitume au rail quelque 20.000 poids-lourds sans chauffeurs (on parle de remorques non accompagnées) par an. À la clef, l'économie d'autant de tonnes de CO2, mais aussi un palliatif à la pénurie croissante de chauffeurs routiers sur longue distance.
À Paris, la proposition du patron breton n'est pas tombée dans l'oreille de sourds. Elle a reçu officiellement le blanc-seing de Jean Castex l'été suivant. Dans la stratégie nationale du fret ferroviaire, la liaison Cherbourg-Bayonne a rejoint les deux autres grands itinéraires Perpignan-Rungis et Calais-Sète sur lesquels le gouvernement compte pour honorer ses engagements de doubler la part du train dans le transport de marchandises à horizon 2030. Laquelle part - faut-il le rappeler - stagne obstinément autour de 9% en France depuis dix ans, moitié moins que la moyenne européenne.
À quand le bout du tunnel ?
Mais deux ans après les annonces du Premier ministre, le projet reste encalminé. Soutenu dès l'origine par la région Normandie qui est prête à engager plusieurs millions dans l'opération, Jean-Marc Roué espérait appuyer sur le bouton marche dès la fin de 2021. Une crise sanitaire plus tard, le bout du tunnel ne semble pas pour demain. En cause, des problèmes de dimensionnement des ponts sur le tracé via Bordeaux que SNCF Réseau ne paraît pas en capacité de solutionner avant plusieurs années.