Les salariés de CBM s'accrochent à leur patron
Denis Kerdraon,
Denis Kerdraon,
pays de la Loire/négoce
Une situation « baroque » pour l'actionnaire principal, « catastrophique » pour les salariés : depuis jeudi 9 juillet, les 47 salariés de l'entreprise CBM, dans la Sarthe, sont en grève pour défendre leur PDG. L'actionnaire principal, NI Partners, filiale de Natixis Private Equity, a débarqué l'actuel patron Alain Fauconnet et l'a remplacé par un nouveau venu dans l'entreprise, Jean-Jacques Durante. À première vue, cette situation est d'autant plus incompréhensible que cette entreprise, dont le métier est d'acheter et de vendre des pièces détachées pour bus et autocars, est dans une forme éclatante. Son chiffre d'affaires 2008-2009 est en progression de 14 % à plus de 53 millions d'euros. En 2003-2004, il s'établissait aux alentours de 25 millions d'euros. Ses clients sont les régies de transport telles que la RATP. Par ailleurs, la société sarthoise s'est fortement développée à l'international en ouvrant trois filiales ces quatre dernières années, en Allemagne, en Espagne et au Canada. Aujourd'hui, elles représentent un cinquième du chiffre d'affaires.
dialogue de sourds
Entreprise à l'origine familiale, devenue filiale de Veolia Transport (ex-Connex), CBM est revendue en 2005 à NI Partners, avec une part très minoritaire du capital détenue par son patron et le management. Si la situation est aujourd'hui dans l'impasse, il faut en rechercher l'origine, selon les salariés, au mois d'avril dernier. « NI Partners nous a alors indiqué qu'il veut mettre en place un processus de cession de l'entreprise, témoigne l'un d'entre eux. Et nous avions de notre côté un projet de rachat de l'entreprise. » Les salariés menacent de sortir du capital s'il y avait vente à un financier. « Cela ne leur a pas plu car ils ne pouvaient pas optimiser le prix », analysent-ils.
Du côté de NI Partners, on tombe des nues en entendant parler de ce projet de cession. Son président du directoire Jean-Paul Bernardini affirme à « La Tribune » qu'« il n'y a pas de processus de vente en cours ». Quant à une éventuelle proposition émanant du management, « Alain Fauconnet avait promis ou rêvé du rachat de l'entreprise par lui-même et ses salariés sans jamais faire de proposition concrète », précise Jean-Paul Bernardini?
Quoi qu'il en soit, la première victime directe de ce dialogue de sourds a été Alain Fauconnet. le PDG de CBM. Il a été débarqué de ses fonctions. « On est dans une phase de croissance importante de la société qui doit être maîtrisée. Nous arrivons à un moment où actionnaire et mandataires sociaux doivent être en ligne sur leur vision du futur », explique le président du directoire de NI Partners. Et puis Alain Fauconnet reste tout de même dans l'entreprise en conservant ses fonctions de développement à l'international. Pour le remplacer, Jean-Jacques Durante, « qui a une expérience de ventes de produits industriels », a été nommé.
Son arrivée a cependant déclenché une grève « spontanée » de la part des salariés qui campent sur leurs positions : réintégration de l'ancien PDG et relance du processus de cession avec reprise de l'entreprise par les salariés. NI Partners a tenté de calmer la situation en proposant d'élargir la participation des salariés et des cadres. « On n'a pas très envie de donner de l'argent à Natixis, on a vu leur capacité à gérer, lance un salarié. Ce qu'on veut, c'est suivre Alain Fauconnet. » n
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Denis Kerdraon,