Energie : Strasbourg et une aciérie allemande lancent un réseau urbain de chaleur inédit

Le projet de récupération de la chaleur fatale d'une aciérie allemande répondra en 2026 aux besoins de chauffage de 8.000 logements à Strasbourg. Une société d'économie mixte réalisera et exploitera la conduite transfrontalière de 5,5 kilomètres nécessaire au projet.

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La chaleur fatale issue de l'aciérie de Kehl sera récupérée et transportée sur 5,5 kilomètres jusqu'au réseau de chaleur de l'agglomération strasbourgeoise.
La chaleur fatale issue de l'aciérie de Kehl sera récupérée et transportée sur 5,5 kilomètres jusqu'au réseau de chaleur de l'agglomération strasbourgeoise. (Crédits : Olivier Mirguet)

La chaleur fatale issue de l'aciérie BSW (Badische Stahlwerke) à Kehl ne réchauffera plus l'air au-dessus de la plaine du Rhin. L'Eurométropole de Strasbourg, la région Grand-Est, la Banque des Territoires, la ville de Kehl et le Land de Bade-Wutemberg ont pris part à la création de la société d'économie mixte locale (SEML) Calorie Kehl-Strasbourg, dont la vocation apparaît inédite : elle construira et exploitera, dès 2026, un réseau de chaleur transfrontalier.

L'énergie présente sous forme de vapeur d'eau au niveau des échangeurs thermiques de l'aciérie sera récupérée dans un caloduc de 5,5 kilomètres. Ce tuyau sous haute pression sera relié au réseau existant de chaleur urbaine qui alimente, à Strasbourg, les quartiers Esplanade et Elsau. Ce tuyau de 35 centimètres de diamètre franchira le Rhin à une vingtaine de mètres de profondeur. Sa mise en œuvre nécessitera, en phase de chantier, l'utilisation d'un micro-tunnelier sur une distance de 2,8 kilomètres.

Le projet mobilise un investissement de 25,5 millions d'euros, subventionnés à un peu moins de 50 % par les fonds européens Interreg, par l'Ademe (agence française de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) et par son homologue allemande, la Dena (Deutsche Energie-Agentur). L'aciérie BSW investira 11 millions d'euros dans son infrastructure de récupération de la chaleur. Le contrat porte sur la fourniture garantie de 80 gigawatheure (GWh) par BSW. L'installation industrielle à Kehl présente un potentiel total estimé de 134 GWh. La collectivité compare cet apport en énergie renouvelable aux besoins de chauffage et d'eau chaude sanitaire de 8.000 logements strasbourgeois.

Desservir 37.000 logements

L'Eurométropole de Strasbourg, qui s'est fixée un objectif de fourniture en énergie 100% renouvelable en 2050, a érigé en priorité la bonne gestion de ses réseaux de chaleur. "37.000 logements devront être desservis, à terme, par nos réseaux connectés en centre-ville et leurs extensions", rappelle Marc Hoffsess, adjoint au maire en charge de la transformation écologique du territoire.

R-CUA, filiale de l'énergéticien local Réseau GDS, a déjà pris en charge l'exploitation d'un réseau établi à l'initiative du papetier Blue Paper et d'autres entreprises présentes dans la zone industrielle du port autonome de Strasbourg. Ils fourniront en eau chaude à basse pression une clinique, un écoquartier en construction et deux quartiers en périphérie nord de la ville.

Deux autres réseaux existants, mais nécessitant une modernisation, vont faire l'objet d'une délégation de service public (DSP) renouvelée. Les exploitants seront désignés le 25 mars, au terme d'une consultation lancée il y a trois ans par la collectivité. "Notre objectif, c'est de tout interconnecter. L'isolement des réseaux rend difficile l'équilibre des sources d'énergie", reconnaît Marc Hoffsess.

La nomination de Jeanne Barseghian, maire écologiste de la capitale alsacienne depuis 2020, à la présidence de la SEML Calorie Kehl-Strasbourg atteste de l'intérêt politique porté à ce réseau franco-allemand. "Ce partenariat permettra d'étendre considérablement l'offre d'énergie renouvelable à coût maîtrisé", a prévenu l'élue. "Voilà une manière d'optimiser les bons usages. On construit en commun quelque chose d'utile", se réjouit Patrick François, directeur régional de la Banque de Territoires, actionnaire minoritaire (15 %) de la SEML.

L'idée d'un tel réseau de chaleur transfrontalier est apparue une dizaine d'années avant l'élection des écologistes à la mairie de Strasbourg. "Un premier projet industriel de récupération de la chaleur fatale de BSW a avorté, faute d'aides publiques du côté allemand. Un second projet a échoué parce que la mairie de Kehl voulait nous imposer une gestion publique. Pendant qu'on hésitait, BSW a continué d'envoyer dans les airs cette énergie fatale, qui sortait par le toit à 600 degrés", regrette Robert Herrmann, ancien président (PS) de la Communauté urbaine de Strasbourg puis de l'Eurométropole.

Les techniciens se sont interrogés, depuis dix ans, sur les déperditions d'un tel réseau sur une distance de 5,5 kilomètres. L'hypothèse d'un franchissement aérien du Rhin par le caloduc a été écartée pour des raisons structurelles liées à la résistance des ponts existants. Les promoteurs du projet se sont enfin interrogés sur la TVA appliquée à cette énergie résiduelle, finalement considérée comme un déchet et soumise au taux réduit avantageux pour ses bénéficiaires strasbourgeois.

L'agglomération de Strasbourg a aussi misé sur la géothermie profonde pour diversifier son panel d'énergies renouvelables. Elle a dû renoncer à cet approvisionnement potentiel après l'échec des forages exploratoires menés à Vendenheim par l'industriel Fonroche. Plusieurs séismes induits avaient été imputés à cette expérimentation, entre 2019 et 2021.

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