Une histoire de l'eau de l'Antiquité à nos jours
Laurent-David Samama
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Personnes marchant sur le bord du barrage de Mooserboden à Kaprun en Autriche.
Istock
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Personnes marchant sur le bord du barrage de Mooserboden à Kaprun en Autriche.
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À la jonction des rues Copernic et Lauriston, dans le XVIe arrondissement de la capitale, de hauts murs de couleur claire se dressent, mystérieusement. Les badauds qui passent tous les jours devant cette intrigante façade ignorent tout du spectacle qui se déroule derrière. Pour le savoir, il faut prendre de la hauteur. À cinquante-cinq mètres du niveau de la Seine, trois immenses bassins se dévoilent : c'est le réservoir de Passy, un des lieux méconnus de Paris, stockant quelque 60 000 m³ d'eau. Leur construction remonte à 1858. Il aura fallu, en tout, plus de neuf ans pour relier les bassins à l'eau de la Seine. À l'époque, il s'agit bien d'une prouesse doublée d'une bénédiction pour les Parisiens. Soudain, l'eau leur devient accessible et abondante. Grâce à la fée du progrès, l'approvisionnement en eau se normalise, les autorités locales peuvent souffler : elles savent qu'elles ne seront plus la proie des pénuries. Les années passent. On finit par s'habituer à cette eau coulant de source. Mais à la fin du XIXe siècle, avec les avancées scientifiques de Pasteur, on finira par juger la même eau bénie des bassins de Passy impropre à la consommation. On s'inquiète à nouveau... Où trouver une eau de qualité ? Comment subvenir aux besoins toujours plus immenses d'une population qui se sert de l'eau pour boire, pour travailler, pour s'amuser ? Le progrès répondra à ces interrogations mêlées de crainte en élevant les standards du traitement des eaux usées et en créant, partout sur le territoire, des stations d'épuration. Reste que l'exemple des bassins à l'eau bleu profond de Passy illustre bien les enjeux qui traversent notre histoire autour de l'eau : depuis la nuit des temps, les hommes se méfient de ce qu'ils boivent autant qu'ils en connaissent le caractère précieux, vital... Pour l'anecdote, après avoir été déclarés impropres à la consommation humaine, les réservoirs de Passy se sont intelligemment reconvertis. Plutôt que de les fermer purement et simplement, leur existence s'est avérée cruciale : l'eau qu'ils abritent, si elle n'est pas potable, sert à nettoyer les rues et à arroser les parcs et jardins de l'Ouest parisien. Ou comment transformer un désavantage initial en opportunité environnementale !
Laurent-David Samama