La France manque d'eau : 98 départements sous surveillance, les restrictions se généralisent

Un pont qui enjambe le lit asséché de la Loire à Montjean-sur-Loire, dans le Maine-et-Loire.
REUTERS - Stephane Mahe

Un pont qui enjambe le lit asséché de la Loire à Montjean-sur-Loire, dans le Maine-et-Loire.
REUTERS - Stephane Mahe
La succession des vagues de chaleur commence à produire ses effets les plus durables. Alors que la France traverse son troisième épisode caniculaire en moins de deux mois, la sécheresse atteint un niveau jamais observé depuis au moins 2013. Selon le site gouvernemental VigiEau, 98 départements sont désormais concernés par un dispositif de surveillance susceptible d’entraîner des restrictions d’usage de l’eau, un record qui témoigne de l’aggravation des tensions sur la ressource.
Dans le détail, 42 départements sont déjà classés en situation de « crise », le niveau d’alerte le plus élevé, tandis que 27 sont en « alerte renforcée » et 16 en « alerte ». Seuls treize départements demeurent au stade de la « vigilance », dont Paris. Les mesures ne s’appliquent toutefois pas uniformément à l’ensemble des territoires concernés : dans certains départements, comme le Morbihan ou les Pyrénées-Orientales, seules certaines zones sont visées par les restrictions. Les territoires ultramarins ne sont pas épargnés. La Guadeloupe et la Martinique sont placées en « alerte », tandis que La Réunion est en « alerte renforcée ».

Face à cette dégradation rapide, le gouvernement serre la vis. Le ministère de la Transition écologique annonce qu’il « renforce » le dispositif national de gestion de la sécheresse. « Une instruction interministérielle (...) prévoit notamment la réunion des comités 'ressource en eau' dans chaque département, une prise rapide des arrêtés de restriction dès le franchissement des seuils, des contrôles renforcés et un suivi hebdomadaire de la situation à l’échelle des bassins hydrographiques », précise le ministère.
Au total, 201 arrêtés préfectoraux sont actuellement en vigueur. Selon les territoires, ils peuvent limiter l’irrigation agricole, le remplissage des piscines privées, le lavage des véhicules, l’arrosage des jardins ou encore certains usages industriels. La Nouvelle-Aquitaine apparaît comme la région la plus touchée, avec onze de ses douze départements placés en situation de crise.
Cette tension sur la ressource en eau intervient alors que le pays subit une nouvelle séquence de températures extrêmes. Lundi encore, 37 départements restaient placés en vigilance rouge à la canicule, concernant environ 26 millions de Français. Si une légère accalmie est attendue à partir de mardi sur une partie de la façade atlantique, Météo-France prévient que « une baisse très progressive s’esquisse », mais que « l’épisode caniculaire persiste, toujours sévère et durable ». Les températures doivent même repartir à la hausse dès mardi sur le centre du pays, l’Île-de-France et le Sud-Ouest.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.


Les nuits tropicales se multiplient également, empêchant les sols de retrouver de la fraîcheur. Dans la nuit de dimanche à lundi, plusieurs records de températures minimales ont encore été battus, notamment en Essonne et dans le Morbihan.
L’assèchement des sols et les températures extrêmes affectent désormais de nombreux secteurs économiques. EDF a dû interrompre la production de trois réacteurs nucléaires et réduire la puissance de plusieurs autres afin de respecter les contraintes de refroidissement. Le transport ferroviaire continue également de subir des perturbations, notamment sur certaines lignes Intercités exploitées avec des rames Corail anciennes, dont les systèmes de climatisation montrent leurs limites lors des fortes chaleurs.
Surtout, la sécheresse alimente un risque accru d’incendies. Depuis le début de l’année, près de 32.000 hectares ont déjà été parcourus par les flammes en France, soit davantage que pendant l’ensemble de la saison 2025. Des feux ont touché aussi bien le sud du pays que des régions habituellement moins exposées, jusqu’à la forêt de Fontainebleau, en région parisienne.