Le 12 avril dernier, la petite entreprise Smoove, basé à Saint-Gély-du-Fesc (34) et spécialiste du vélo en libre service, raflait le faramineux marché des Vélib' parisien (300 000 abonnés, 40 millions de trajets par an) au nez et à la barbe du géant JCDecaux. Un contrat de 600 M€ sur quinze ans, que la PME a remporté avec ses partenaires du consortium Smoovengo, le groupe de services automobiles Mobivia (Norauto, Midas, etc.), le Catalan Moventia (exploitation de VLS), et Indigo (ex-Vinci Park).
Une sorte de tsunami qui amènera Smoove à voir son chiffre d'affaires multiplié par huit ou dix en 2018, selon les autres marchés qu'elle pourrait gagner par ailleurs (comme Barcelone, Nantes ou le Luxembourg par exemple).
Mais une problématique est restée en suspens : la reprise par Smoovengo des 315 personnels de la filiale de JCDecaux, CycloCity, chargée de l'entretien et de la régulation des Velib' en France. Les négociations devaient aboutir en septembre. Elles viennent de subir un sérieux coup d'arrêt, aucune des deux parties ne souhaitant plier.
JCDecaux, brandissant l'application de l'article L1224-1 du Code du travail (portant sur le sort des contrats de travail en cas de transfert d'entreprise), considère que la procédure de reprise obligatoire des salariés doit s'appliquer.
JCDecaux n'a alors pas validé l'accord de reprise négociée proposé par Smoovengo. Et vient de déposer un recours devant le TGI de Paris. L'audience aura lieu le 3 octobre prochain.
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Sollicité le 18 septembre par notre rédaction, le groupe JCDecaux a fait savoir qu'il ne souhaitait pas s'exprimer durant la période de négociations.
Agacé, Laurent Mercat tranche : « La semaine prochaine, nous publierons à Pôle Emploi tous les postes sur lesquels nous recrutons, soit environ 300 personnes. Et nous accueillerons volontiers les salariés de JCDecaux qui le voudront ».
Car le consortium Smoovengo se prépare pour le 1e janvier 2018, date à laquelle ses équipements devront être opérationnels. Le 1er juillet dernier, le dimensionnement du marché des Velib' avait été modifié. En effet, les communes autour de Paris devaient se prononcer sur leur adhésion ou non au syndicat mixte Autolib' et Vélib' Métropole : 63 d'entre elles ont répondu positivement, montant le marché à 25 000 vélos et 1 400 stations.
Chez Smoove, un changement de taille est intervenu au moment de la notification du marché parisien et sur lequel aucune communication n'a été faite : la prise de participation légèrement majoritaire (un peu plus de 50 %) du groupe Mobivia, déjà actionnaire, au capital de l'entreprise héraultaise.
Ce mouvement capitalistique n'entraîne pourtant aucun autre changement, selon Laurent Mercat, qui précise : « Nous avons convenu d'un maintien obligatoire de mes fonctions de président pendant une période minimale de cinq ans. Je demeure le mandataire social. Je ne suis nullement dans une position de sortie, ni désirée ou anticipée par Mobivia, ni de ma volonté ».
Avec le marché des Vélib', les effectifs de Smoove sont passés à 18 à 48 salariés en un an, et 15 recrutements sont en cours. Le site de Lyon a migré en mai dernier à Oullins, dans des locaux trois fois plus grands, et le dirigeant est en quête de nouveaux locaux autour de Montpellier pour déménager le site héraultais en 2018.
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MAJ 19 septembre 2017 : Joint par téléphone le 19 septembre, Bambo Cissokho, secrétaire (Sud) du CE de CycloCity, apporte des précisions sur l'assignation en justice. « Ce sont les salariés, via le CHSCT et le CE de CycloCity, qui ont assigné toutes les parties, JCDecaux et les entreprises du consortium Smoovengo, devant le TGI de Nanterre, et non de Paris, afin de demander la reprise de plein droit des nos contrats, explique-t-il. C'était au Syndicat mixte Autolib' et Velib' Métropole d'imposer dans le cahier des charges la reprise du personnel de plein droit. Il ne l'a pas fait, au prétexte qu'il s'agit d'un marché public et non d'une délégation de service public comme pour Autolib', laissant la liberté aux entreprises finalistes du marché d'appliquer volontairement l'article L 1224-1... Nous dénonçons toutes les communes adhérentes, à commencer par celle de Paris, qui ne se soucient pas du sort des salariés ! Au 31 décembre 2017, nous n'aurons plus d'activité, JCDecaux sera obligé de faire un plan de sauvegarde de l'emploi et nous serons licenciés économiques. Nous n'avons pas de temps à perdre devant les tribunaux à se battre pour des indemnités, nous préférons garder notre travail en préservant nos droits et nos acquis. »
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