Finance : le shadow banking sort de l'ombre
Sophie Rolland
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Réguler ou ne pas réguler la banque fantôme, ou shadow banking, telle est la question... et une fois posée, celle-ci en appelle bien d'autres. Qu'est-ce que le shadow banking ? Une finance de l'ombre ? Un système bancaire parallèle, inquiétant ? Nous voilà dans la science-fiction. Pas sûr que cela soit plus rassurant. Surtout lorsque l'on sait que la très officielle « finance de l'ombre » a été au c?ur, sinon à l'origine, de la plupart des scandales de ces dernières années, de LTCM à AIG, en passant par les subprimes.
Les activités du système bancaire parallèle n'ont, en fait, rien de mystérieux. Les relations entre les banques (régulées) et les fonds monétaires, les hedge funds, ou encore les véhicules de titrisation sont quotidiennes. Certains de ces acteurs jouent d'ailleurs un rôle important dans le financement de l'économie réelle. Seulement, le système bancaire parallèle a émergé puis prospéré sur le terrain de la déréglementation des années 1990 et les régulateurs n'ont jugé utile de le ramener sur leur écran radar que tout récemment. Ainsi, la régulation du système bancaire parallèle n'est à l'ordre du jour du G20 que depuis le sommet de Séoul de novembre 2010.
Mais si les régulateurs ont longtemps hésité à se saisir du sujet, maintenant le temps presse. Pourquoi ? Le cadre de la nouvelle réglementation bancaire - les règles dites de Bâle III - va en effet entrer en vigueur à partir de 2013. Dès lors, il ne faudrait pas que, pour échapper à la réglementation, une partie importante de l'activité des banques migre vers le shadow banking, peu ou pas régulé... c'est le risque si rien n'est fait. D'après les dernières estimations du conseil de stabilité financière, le système bancaire parallèle représenterait 46 000 milliards d'euros, soit entre 25 et 30 % des actifs gérés par l'ensemble du système financier dans le monde. Il a pris de l'importance en Europe ces dernières années, car l'intensification de la réglementation a déjà poussé certaines activités hors des banques.
Le fossé culturel qui sépare les Etats-Unis et l'Europe, et le rôle radicalement différent du shadow banking ici et là-bas ne permettront pas à une régulation internationale de voir le jour rapidement. En revanche, de ce côté-ci de l'atlantique, les choses avancent. En mars, la commission européenne a lancé une consultation sur le système bancaire parallèle (sous la forme d'un livre vert) pour « préparer l'élaboration d'un cadre réglementaire adapté ». Cette consultation a pris fin le 15 juin. Désormais, elle attend les résultats des cinq groupes de travail lancés par le conseil de stabilité financière au g20 de cannes (novembre 2011), ainsi que les rapports de l'OICV (Iosco en anglais, qui regroupe les régulateurs des principales Bourses dans le monde) et du comité de Bâle. début 2013, la commission devrait ainsi être en mesure de proposer un texte législatif au parlement et au conseil.
À ce jour, le conseil de stabilité financière a divisé le shadow banking en cinq champs d'action. Une façon pour elle de répondre aux trois questions essentielles que se posent les régulateurs. Quelles activités relèvent du shadow banking ? Constituent-elles un risque pour le système financier et l'économie ? Comment est-il possible de les réguler sans priver l'économie de sources de financement ?
Sophie Rolland
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