L'Europe, la dynastie Ming et la croissance
Robert Jules
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Les mots croissance et emplois font partie de l'indispensable vocabulaire du leader politique en campagne. En 2012, alors candidat du parti socialiste, François Hollande avait martelé la nécessité d'inscrire en priorité sur l'agenda européen un volet croissance. Et il comptait bien le dire à Angela Merkel en personne, en se rendant à Berlin, la chancelière étant coupable à ses yeux de ne vouloir qu'une funeste politique d'austérité qui à entendre le candidat socialiste était la cause des malheurs de la zone euro. Le résultat fut plus d'affichage que réel.
Pourtant, François Hollande se trompait. Angela Merkel, qui briguera en septembre, lors de la tenue des élections, un troisième mandat, a en effet indiqué haut et fort de lors de son premier discours, que ses thèmes de campagne porteraient en priorité sur les créations d'emplois, plutôt de haut niveau, et la croissance économique.
Créer des emplois et de la croissance, c'est ce que tout le monde veut faire en Europe. Pourtant, jusqu'à la crise de 2008, cette même croissance était décriée, car elle était une mauvaise mesure de la richesse d'un pays, les uns prônant carrément une « décroissance », d'autres exigeant un indicateur intégrant d'autres critères pouvant aller jusqu'à la mesure du bonheur. Parmi ceux-là, on comptait l'ancien président Sarkozy qui à l'époque favorisa la constitution d'un groupe de travail avec, excusez du peu, deux prix Nobel d'économie, Amartaya Sen et Joseph Stigliz, pour mettre en place un indicateur scientifiquement irréprochable plus représentatif de ce bon PIB tant décrié.
Aujourd'hui donc, le PIB n'est plus critiqué, on veut simplement qu'il augmente. Pour créer cette richesse, il faut - on le sait : trop d'impôt tue l'impôt - éviter de trop la ponctionner. Le gouvernement français, par la voix de son ministre du Budget Jérôme Cahuzac, semble s'être rangé à cet avis puisqu'il a assuré dimanche qu'il n'y avait « pas d'augmentation d'impôts prévue ou prévisible, envisagée ou envisageable », d'ici la fin du quinquennat de François Hollande. En revanche, le ministre s'est bien gardé d'indiquer s'ils baisseraient, autrement dit la situation de 2013 va se perpétuer, au moins jusqu'à 2016, « où les prélèvements commenceront à baisser », comme le prévoit la loi de programmation des finances publiques. Mais 2016, c'est loin.
Robert Jules