[TUP 2015] L’argent : "Mauvais maître, bon serviteur"
Stéphanie Borg
Stéphanie Borg
Dire "Je n'ai pas d'argent" n'exprime pas la même notion que "Je n'ai pas de monnaie". Ces deux phrases résument à elles seules le paradoxe entre l'usage et la représentation de l'argent. Au quotidien, l'argent prend plusieurs sens derrière lesquels se cachent le patrimoine, la fortune, le budget, "différentes notions faites de représentations collectives", explique en préambule Roger-Pol Droit.
A contrario, la monnaie est un concept pur. Née de l'évolution de l'humanité, animée par le désir d'enrichissement, elle a remplacé le troc, devenu trop complexe. "Le désir de rencontre entre le producteur et l'acteur doit être parfait pour que le troc fonctionne", souligne Jean Peyrelevade.
Jean Peyrelevade, président de la banque Degroof France (crédit : Laurent Cérino/ADE)
Instrument d'échange (coquillage, bétail, femme, puis métal précieux), la monnaie s'est imposée comme un lien pour les intentions. Et reste à ce titre "propre, synonyme de neutralité", poursuit l'économiste.
Si la monnaie comme lien social est propre, l'argent sale signifie d'abord illégal. Par extension, il est désormais immoral. "L'argent sale n'a pas de légitimé d'un point de vue éthique", indique le philosophe.
Car c'est là le fondement de la question. Tous les moyens d'enrichissement ne se valent pas.
Si l'argent est un marqueur social, discriminant pour les populations défavorisées, il n'est pas sale pour Bernard Devert quand "il est question de défaire ce qui enferme et abime la société".
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Au vu de ces antagonismes, cela signifie-t-il que l'on doit pour autant se passer de l'argent ? "Vivre sans argent est une pure utopie. Tout autant qu'imaginer une société sans crime et sans maladie. Nous vivons dans une société basée sur la production d'échanges et la création de richesses", répondent de concert le philosophe et l'économiste.
Roger-Pol Droit, philosophe (crédit : Laurent Cérino/ADE)
Sans monnaie, c'est l'angoisse assurée pour les sociétés contemporaines. "L'exemple est récent : il suffit de se rappeler de l'éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro. La question de la monnaie était sur toutes les lèvres", rappelle Jean Peyrelevade.
Il n'est donc pas raisonnable d'imaginer une société sans argent. Néanmoins, il ne faut pas glisser vers l'argent comme "fin absolue, mais comme un moyen absolu sans fin déterminée", explique encore Roger-Pol Droit rappelant la théorie défendue par le philosophe allemand Georg Simmel, dans son essai Philosophie de l'argent.
Ce que l'évangile traduit par "L'argent est un mauvais maître, mais un bon serviteur", souligne Bernard Devert.
L'argent doit donc participer à l'amélioration du bien commun, et surtout être mieux réparti à destination des plus démunis. La régulation s'impose donc. "Mais dans une certaine limite, dictée par ce qui est acceptable par les individus", tempère l'économiste.
Bernard Devert, créateur de la société Habitat et Humanisme (crédit : Laurent Cérino/ADE)
Pas de mélange en revanche pour le philosophe Roger-Pol Droit, qui y voit plutôt un "damier, des interactions par alternance".
L'argent, alors, c'est sale ? Difficile d'obtenir une réponse catégorique. L'argent demeure un curseur, indispensable à l'échange, mais qui se déplace selon différents paradoxes, celui de l'usage et celui de la représentation.
Retrouvez les meilleurs moments de la conférence en vidéo :
Stéphanie Borg
Management. Comment bâtir un projet d'entreprise qui intègre le télétravail ?
"On ne fait pas confiance aux résultats qui nous dérangent, mais à ceux qui nous indiffèrent" (Etienne Klein)
Cédric Osternaud (Casino) : "Développer le e-commerce, y compris dans les zones rurales"
"Nous souhaitons travailler sur une filière du rétrofit en local" Bruno Bernard (Métropole de Lyon)