Masterclass Éric Dupond-Moretti : "On a consacré l'hypermoralisation"
Anthony Rey

Dialogue entre l'avocat E. Dupond-Moretti et J.-C. Gallo (La Tribune), lors de la masterclass organisée le 27 novembre à Montpellier Management
Eric Durand
Anthony Rey

Dialogue entre l'avocat E. Dupond-Moretti et J.-C. Gallo (La Tribune), lors de la masterclass organisée le 27 novembre à Montpellier Management
Eric Durand
L'amphithéâtre archi comble de l'Institut Montpellier Management a accueilli, le 27 novembre, près de 500 personnes pour la masterclass donnée par Éric Dupont-Moretti, dans un dialogue avec Jean-Claude Gallo, vice-président et directeur général délégué de La Tribune.
Après une introduction de Denis Lafay, conseiller éditorial du groupe La Tribune et coauteur de Le droit d'être libre avec l'avocat pénaliste, ce dernier est d'abord revenu sur l'éveil de sa vocation : "À l'âge de 15 ans, la mort de Christian Ranucci est une affaire qui me bouleverse et qui nourrit mon romantisme morbide d'adolescent. Je ne suis pas issu du sérail juridique, mais je décide de devenir avocat et tout de suite, je pressens que cela revient à être seul contre tous".
Au fil des affaires et grâce au nombre record d'acquittements qu'il obtient (plus de 140, dont ceux de Roselyne Godard, Jérôme Cahuzac, Georges Tron, etc.), Éric Dupont-Moretti voit sa médiatisation et sa notoriété exploser. "Je l'assume car j'ai mis trente ans à l'obtenir. Parfois la médiatisation me sert, quand je suis attendu par le jury populaire, mais elle me dessert aussi car certains réduisent mon rôle à de l'esbroufe".
Certaines des affaires qu'Éric Dupond-Moretti a gérées, dans un climat social et médiatique parfois lourd, lui ont valu "des milliers de lettres d'injures". Pourtant, il l'admet : en 2017, le procès d'Abdelkader Merah, frère de Mohammed Merah (responsable des tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban, ndlr), reste sa plus belle affaire.
Sur ces bases, Éric Dupond-Moretti confesse un certain malaise face à un système qui connaît, selon lui, "beaucoup de dérives". Objets de son courroux : la victimisation de la société ("Avec la pression des médias, des réseaux sociaux, on a créé un univers avec des victimes parées de toutes les vertus. Or c'est une escroquerie de croire qu'on fait son deuil au tribunal : il doit se faire au cimetière. Le corollaire est la déliquescence de la présomption d'innocence en France") - ou encore les dénonciations vues à l'occasion de mouvements comme #BalanceTonPorc ("Il faut bien sûr recueillir la parole des femmes, améliorer l'accueil qui leur est fait dans les commissariats. Mais c'est à la justice et à elle seule de recevoir les dénonciations. Quand elles débouchent sur des procès publics, reçus sans filtre sur les réseaux sociaux, comment un homme accusé à tort pourrait-il se défendre ?").
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L'avocat pourrait-il entrer en politique pour tenter de corriger le système ? "Je n'ai aucun goût pour le pouvoir. Je suis un anarchiste épicurien et me confier ces responsabilités, ce serait causer une révolution. En revanche je fais passer des messages : j'écris, je donne des conférences comme celle-ci. Je peux difficilement faire plus."
Anthony Rey