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Finances - La Tribune AfriqueBanques / Assurances - La Tribune Afrique

Banques : Eximbank et CDB, le duo de choc chinois

Amine Ater

Publié le 28 mars 2017 à 15:35 - Mis à jour le 28 mars 2017 à 16:05

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En un peu plus de 10 ans, la Chine s'est hissée comme chef de file mondial en terme de financement du développement. Une position qui s'explique par un certain nombre de fonds bilatéraux et multilatéraux créés à cet effet. Des fonds épaulés par 2 « policy bank », à savoir la Banque de développement de Chine (CDB) et l'Export-Import of China (Eximbank). Ces banques ont rapidement séduit en Afrique vu leur capacité à offrir aux gouvernements africains une alternative au système dominé par les banques...

L'Eximbank ou C-Exim et la CDB détiennent aujourd'hui plus d'actifs que les actifs combinés des banques de développement multilatérales soutenues par l'Occident. En effet, les deux banques détiennent plus de 1,8 mille milliards de dollars en actifs à travers le monde, alors que les banques soutenues par l'Occident n'en détiennent qu'un peu plus de 700 milliards de dollars. Une force de frappe qui s'explique par le large éventail de produits financiers proposés par les «policy bank», notamment des financements concessionnels et non concessionnels.

Les relations économiques sino-africaines ont toujours reposé sur le besoin en matières premières de Pékin et sa volonté d'en diversifier les sources. Un besoin qui a conduit la Chine à adopter une stratégie active vis-à-vis de l'Afrique, en tirant parti de la libéralisation opérée sur le continent suite aux différents programmes d'ajustement mis en place entre 1980 et 1990. La République Populaire de Chine (RPC), s'est également basée sur le Forum de coopération sino-africain, véritable plate-forme diplomatique qui a facilité un grand nombre d'investissements à grande échelle. Une fois les objectifs de coopération bilatérale fixés par le forum de coopération, les opérations des entreprises chinoises sont couvertes par les policy banks, avec l'Eximbank en première ligne chargée de les financer. Pour mener à bien cette mission, la banque a décidé de dupliquer le modèle «prêts contre ressources». Un mode de financement pratiqué par le Japon en 1970 dans plusieurs pays en développement (notamment en Chine). Ironie du sort, c'est aujourd'hui Pékin qui utilise ce procédé en Afrique.

Ressources contre financement

Baptisée, «financement angolais», cette approche repose sur un accord-conclu avec un gouvernement africain pour un programme d'infrastructures financé par des prêts chinois et réalisé essentiellement par des firmes chinoises. Un accord qui accorde au passage à une compagnie nationale chinoise le droit d'investir ou d'intervenir comme opérateur dans l'exploitation de ressources (pétrole, bauxite, chrome, minerai de fer, cacao...).

Un modèle qui a fait ses preuves dans le secteur des hydrocarbures où l'opérateur chinois propose sur le marché mondial sa production. Les montants résultant des ventes sont par la suite inscrits au compte de l'Etat emprunteur auprès de l'Eximbank qui y prélève la rémunération du prêt et les échéances de remboursement. Ce qui veut dire que les fonds (crédits comme remboursements) ne circulent qu'entre opérateurs chinois. L'avantage de ce type d'opérations réside dans l'assurance offerte à Pékin en terme d'approvisionnements en produits primaires, du fait, que ceux-ci constituent une garantie des prêts accordés qui lui ouvrent des marchés. Ce mode de financement permet également de faciliter l'internationalisation voulue par la Chine de ses «policy banks», de ses entreprises nationales minières et pétrolières.

Ce modèle est adossé à une politique de coûts extrêmement compétitifs, qui permettent aux entreprises chinoises de remporter de nombreux appels d'offres sur des programmes financés par les gouvernements ou par l'aide internationale.

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Une dynamique qui a permis aux opérateurs chinois de dépasser la première sphère d'investissements, à savoir la construction de bâtiments, de routes et de ponts pour obtenir des contrats pour le traitement et la fourniture d'eau, l'hydroélectricité, la pétrochimie, les télécoms... Des investissements qui ont été financés via des flux financiers dont la majorité transitent par Hong Kong (60%), les Iles Vierges, les Iles Caïman et le Luxembourg.

Des flux « confidentiels »

Une diversification dont la pierre angulaire reste l'acquisition par ICBC (première banque privée chinoise) de 20% du capital de la première banque du continent, South Africa Standard Bank qui opère dans 17 pays africains. Une opération qui a permis aux compagnies chinoises présentes en Afrique de transférer des fonds à travers tout le continent grâce à la plateforme bancaire en ligne de la Standard Bank.

En 14 ans (2000-2014), les établissements bancaires chinois (publics) ont injecté pas moins de 86,3 milliards de dollars en crédits en faveur des gouvernements africains comme des entreprises nationales. L'Angola reste l'un des pays à avoir eu le plus recours aux crédits chinois avec une dette cumulée dépassant les 21,2 milliards de dollars depuis 15 ans, dont le quart est chinois. Luanda est suivie par l'Ethiopie avec 12,3 milliards de dollars, le Soudan 5,6 milliards, le Kenya avec 5,2 milliards ou encore la RDC avec 4,9 milliards de dollars.

La majeure partie de ses créances sont détenues par l'Eximbank, puis par la China Development Bank (CDB). Il n'empêche que les opérations des banques chinoises en Afrique connaissent un manque de transparence. En effet, en dehors des données rendues publiques en marge des cérémonies officielles, les établissements chinois restent assez discrets sur leurs opérations. Une situation qui s'explique en partie par la non appartenance de la Chine à l'OCDE qui représente une banque de données internationales. Une politique de mutisme qui s'étend également aux médias. Preuve en est, contactés par La Tribune Afrique, les représentants d'Eximbank ont rejeté les demandes d'interview et d'informations. Un refus justifié par «la sévérité des règles encadrant la communication externe de la banque».

Les banques passent le relais aux fonds

Au cours de la dernière décennie, la Chine a créé une plate-forme massive d'investissements publics et privés en Afrique. À ce jour, la plus grande de ces initiatives est la China-Africa Industrial Capacity Cooperation Fund Company Limited (CAICCF), établie conjointement plus tôt cette année par les réserves de devises chinoises et C-EXIM. Le fonds soutient le développement des infrastructures, en particulier dans le secteur du transport en commun, ainsi que le financement de projets manufacturiers et agricoles. Parmi les fonds soutenus par l'Etat figure le Fonds de développement Chine-Afrique (CAD Fund), un fonds de capital-investissement chinois financé par la CDB, mis en place afin de stimuler l'investissement en Afrique par les entreprises chinoises notamment dans la production d'électricité. Le Fonds pour la croissance en Afrique (AGTF), cofinancé par la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque populaire de Chine, vise à financer des projets de développement souverains et non souverains admissibles en Afrique.

Par ailleurs, la Chine cherche à renforcer les relations Sud-Sud et à contribuer au développement mondial de concert avec d'autres puissances. À cette fin, la Chine a annoncé la création du Fonds de coopération Sud-Sud pour le climat de 3,1 milliards de dollars dans une déclaration conjointe Chine-États-Unis sur le changement climatique en septembre 2015, destinée à financer des initiatives dans les pays en développement pour lutter contre le changement climatique. La Chine a également promis 2 milliards de dollars pour la création d'un Fonds de coopération Sud-Sud visant à aider les pays en développement à mettre en œuvre leurs programmes de développement après 2015. Annonce faite l'an dernier lors du Sommet des Nations Unies sur le développement durable au siège des Nations Unies à New York. Des projets de création d'une Académie de coopération et de développement Sud-Sud ont également été annoncés, dans le but de faciliter les études et les échanges des pays en développement sur les théories et les pratiques de développement adaptées à leurs conditions nationales respectives.

Une ascension fulgurante

Fondée en 1994, la CDB a connu un développement fulgurant. La Chinese Development Bank est rapidement devenue la plus importante institution de développement au monde avec un capital de 95 milliards de dollars et plus d'un trillion de dollars d'actifs. Un chiffre impressionnant comparé aux actifs de l'ensemble du groupe Banque mondiale qui se situe à 600 milliards de dollars. Pour augmenter son capital la CDB ne nécessite pas de dépôts privés, mais émet des obligations d'un maximum de 30 ans pour les investisseurs institutionnels sur le marché des obligations interbancaires en Chine et sur les marchés étrangers tant en yuan qu'en monnaie étrangère.

La CDB est actuellement le deuxième plus grand émetteur d'obligations en Chine. Détenu à 100% par l'Etat qui garantit implicitement sa dette, la Banque de développement chinoise peut fournir des taux d'intérêts et des prêts à long termes que les autres banques chinoises et étrangères ne peuvent concurrencer. Une protection étatique qui permet aux opérateurs chinois de décrocher des marchés à perte. Sachant que la CDB peut amortir le manque à gagner grâce au titres miniers ou pétroliers obtenus en contrepartie ou encore via le Fonds de développement sino-africain contrôlé par la CDB.

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L'Eximbank joue de son côté un rôle important dans le soutien du commerce extérieur et du développement économique de l'État sur la scène mondiale. C-Exim finance le commerce des produits et équipements de haute technologie, contrats de construction offshore, projets d'investissement à l'étranger ; et fournit des garanties internationales. En outre, C-EXIM a pour mandat de promouvoir l'accès à long terme de la Chine à des ressources naturelles stratégiquement importantes par les méthodes conventionnelles de crédit à l'exportation (ECA), y compris les crédits à l'exportation - une subvention dans laquelle une CEA assume le risque d'un emprunteur étranger, et non conventionnelles, telles que les prêts directs et les garanties de crédit.

Amine Ater

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