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Economie - La Tribune AfriqueStratégies - La Tribune Afrique

La Chine, ce partenaire presque comme les autres

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 26 mars 2017 à 10:00 - Mis à jour le 26 mars 2017 à 11:09

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Après presque deux décennies d'une offensive tout azimut en Afrique, la Chine s'est imposée comme le principal partenaire commercial du continent, au grand dam des anciennes puissances. Assez souvent critiquées et objet de tous les fantasmes, les relations sino-africaines ont pourtant tenu face à toutes les conjonctures et surfent désormais sur de nouvelles opportunités. Analyse des ingrédients de cette recette gagnante qu'est la «Chine-Afrique».

C'est un proverbe chinois qui le dit : «quand tout va bien, on peut compter sur les autres, quand tout va mal on ne peut compter que sur sa famille». Ce qui cadre bien, aujourd'hui, avec la dynamique sur laquelle surfent les relations entre l'Afrique et la Chine. En 2009, en pleine crise financière mondiale qui a surtout impacté les pays développés, la Chine s'est érigée en premier partenaire commercial de l'Afrique. En 2015 et alors que les pays occidentaux peinaient toujours à se relever des répercussions de la crise économique mondiale et que la croissance chinoise ralentissait, l'empire du milieu annonçait un nouveau programme financier en faveur du continent doté d'une enveloppe de 60 milliards de dollars sur trois ans.

L'effort est assez soutenu si l'on tient compte des difficultés qui affectent l'économie chinoise ces dernières années avec des inquiétudes sur l'effondrement des colossales réserves de change du pays. Ce qui risque d'imposer une baisse de régime aux investissements chinois en Afrique. Une mauvaise nouvelle pour bon nombre de pays africains, principalement les plus riches en ressources naturelles, qui ont développé durant la dernière décennie, une forte dépendance à la demande chinoise. Mais comme le rappelle, encore, un autre proverbe chinois, «dans la sécheresse on découvre les bonnes sources et dans la détresse, les bons amis», les autorités chinoises n'entendent point baisser la voilure et veulent maintenir intact le partenariat construit en moins de deux décennies avec l'Afrique.

Maintenir la voilure

C'est d'ailleurs la teneur du message adressé aux présidents africains par leur homologue chinois, Xi Jinping, lors de la dernière édition du Forum de coopération Afrique-Chine (FOCAC) qui s'est tenue en décembre 2015 à Johannesburg et au cours de laquelle, les engagements de la Chine en Afrique pours les prochaines années ont été dévoilés. Cette approche chinoise qui consiste à se porter toujours au secours des économies africaines en pleine expansion, en fait toute la particularité. On se rappelle d'ailleurs que c'est au moment où l'Afrique était presque délaissée, surtout par les anciennes puissances coloniales et les institutions financières internationales, que la Chine s'est invitée sur le continent. Une mise gagnante puisque cette entrée en force de la Chine en Afrique est intervenue presqu'au moment où les pays africains amorçaient leurs cycles des «trente glorieuses», avec une dynamique de croissance sans précédent, laquelle a remis à jour tout le potentiel dont recèle le continent en matière d'opportunités économiques. La dynamique de la décennie 2000 à 2010 a d'ailleurs été fortement soutenue par la Chine qui en plus des investissements massifs dans plusieurs pays a parallèlement renforcé son influence diplomatique et sa présence économique directe en Afrique. Seuls les chiffres permettent de mesurer l'ampleur désormais prise par les relations économiques et commerciales sino-africaines. En plus de la série des annulations des dettes et de l'engagement financier à hauteur de 20 milliards de dollars déjà promis en 2012 et concrétisé depuis (à la suite des 5 milliards engagés dans les années 2000), les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont cru de manière vertigineuse.  De 10 milliards de dollars en 2000, le commerce Chine-Afrique a franchit le cap des 200 milliards en 2014 alors que les investissements chinois sur le continent ont dépassé les 30 milliards de dollars.

En 2016, l'empire du milieu représentait 10% des relations économiques de l'Afrique alors que la part des échanges commerciaux entre les pays du continent et la Chine a progressé de moins de 4% à plus de 20% sur les 15 premières années du nouveau millénaire. Il est projeté qu'à l'horizon 2020, la valeur du commerce Chine-Afrique, dépasse le cap des 400 milliards, ce qui conforterait la place de premier partenaire stratégique de l'économie africaine que s'arroge désormais la deuxième économie du monde.

Partenariat gagnant-gagnant

Le partenariat gagnant-gagnant qu'offre la Chine à l'Afrique ne devrait toutefois pas, occulter certains aspects qui reflètent une image assez négative, celle d'un «néo-colonialisme déguisé». Il y a quelques années déja, l'ancien gouverneur de la Banque centrale du Nigéria, Sanussi Lamido, avait mis en garde les responsables africains contre les effets pervers de l'offensive chinoise sur les ressources naturelles africaines. L'audience internationale qui a suivi cette sortie ressemble à bien des égards, et toute proportion gardée, à l'œuvre de l'économiste zambienne Dambisa Moyo, qui quelques années plus tôt, mettait en exergue les limites de l'aide publique internationale pour le développement en Afrique.

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Si la dynamique des relations sino-africaines suscite aussi des critiques, elle sert aussi d'alternative aux pays africains surtout dans le nouveau contexte socioéconomique et politique des dernières années. Confrontés à une explosion des attentes sociales et un déficit criant en infrastructures, un handicap pour atteindre la croissance nécessaire à la prise en compte des défis contemporains, les responsables africains voient en la Chine un passage. Surtout à l'heure où l'aide internationale se fait de plus en plus rare et les marchés financiers de plus en plus exigeants en termes de critères pour accéder à certaines ressources, même au niveau des institutions financières ou des agences de développement. Ce n'est pas pour rien qu'aujourd'hui, Pékin est devenue une destination de premier choix pour les présidents africains tout comme l'a été à une certaine époque, et parfois bien plus, Paris ou Bruxelles à titre d'exemples.

Les capitales occidentales sont certes le passage obligé pour une reconnaissance internationale, alors Pékin est devenue l'étape privilégiée pour les dirigeants africains en quête de soutien pour financer les programmes de développement qu'ils ont élaboré. Et Pékin a su toujours se montrer généreuse, en échange de quelques contre parties. Un échange de bon procédés, financement contre matières premières qui représente un moindre mal pour beaucoup de chefs d'Etat africains qui misent avant tout sur leurs potentiels en ressources naturelles pour développer leurs économies.

Prometteuse « Chine-Afrique »

Aujourd'hui, la Chine s'impose comme le partenaire commercial par excellence du continent. Dans un contexte marqué par une rude concurrence pour l'accès aux marchés africains, que se livrent les anciennes puissances et les économies émergentes, la Chine a un statut des plus «particuliers». Tant par l'ampleur des échanges économiques mais aussi par les perspectives en matière de partenariat commercial surtout que les relations sino-africaines ont su jusque-là faire preuve d'adaptation à l'évolution de l'économie africaine.

Ce partenariat n'est certes pas exempt de critiques comme bien des analystes l'ont mis en exergue mais au final, il s'inscrit dans la même dynamique qui sous-tend l'expansion des autres partenaires intéressés par cette «niche africaine». C'est ce qu'a d'ailleurs relevé la Banque africaine de développement (BAD) dans un rapport publié en 2011, alors que la dynamique sino-africaine soulevait encore beaucoup d'interrogations sur les réelles motivations de la Chine en Afrique et surtout les effets de sa stratégie de partenariat à l'égard des pays africains. Dans ce rapport intitulé : «La Chine et l'Afrique : un nouveau partenariat pour le développement ?», la BAD qui a passé au crible les ressorts de ces relations, estime que «les pratiques de la Chine en tant que prestataire d'aide et de financement du développement ne sont pas aussi différentes de celles des autres donateurs qu'on le pense habituellement», et d'étayer «la marge d'amélioration est conséquente pour l'ensemble des acteurs du système mondial d'aide et de financement du développement». Consciente des critiques abondantes dont elle fait l'objet, la Chine essaie tant bien que mal d'adapter sa stratégie africaine tout en veillant à ne pas occulter les ingrédients qui ont fait le succès de sa recette.

De l'approche première qui a été schématisé par une sorte de troc des temps modernes, «soutien financier contre matières premières», la Chine est en train de se greffer comme un acteur majeur des perspectives d'évolution de l'économie africaine et de partenaire de développement. Les nouvelles niches sur lesquelles misent les investisseurs chinois, portés par une ambition politique au plus haut sommet de l'Etat, dans de nouveaux créneaux comme les services, l'agriculture et l'industrie, témoignent d'une forte volonté du pays de s'implanter durablement en Afrique. A cela s'ajoute une stratégie d'influence tout azimut avec toujours ce même «soft power» qui constitue la marque de fabrique de la Chine, celui de la non-ingérence dans les affaires intérieures des pays africains et des contributions financières sans conditions. Cela, même lorsque le pays s'ouvre sur de nouveaux créneaux comme la lutte contre les menaces sécuritaires, l'aide humanitaire ou le maintien de la paix sur le continent. C'est peut-être une manière prudente et prospective pour le pays qui ambitionne de se hisser au rang de première puissance mondiale, d'anticiper sur le futur en consolidant d'une part son influence sur le continent et aussi et surtout d'autre part, de sécuriser ses sources d'approvisionnements en matières premières tout autant que ses débouchés commerciaux.

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Dans un cas comme dans l'autre, le renforcement du positionnement de la Chine en Afrique a de quoi augurer d'opportunités de croissance pour les pays du continent qui sauront le mieux se positionner. C'est d'ailleurs cette perspective de développement des pays africains et surtout de leur plus grande intégration dans les chaines de valeurs mondiales, qui apportera un nouveau souffle dans les relations entre le continent et ses multiples partenaires. A ce jeu, force est d'avouer que pour l'heure, c'est la ChinAfrique qui bénéficie des meilleures côtes...

Aboubacar Yacouba Barma

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