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Finances - La Tribune AfriqueBanques / Assurances - La Tribune Afrique

L'épopée des banques marocaines sur le continent africain

Hafsa Bekri*

Publié le 29 juillet 2019 à 12:45 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:18

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Après l'internationalisation du capital dans ses dimensions commerciale et industrielle dans le sens Sud-Sud, on assiste aujourd'hui à une poussée de l'internationalisation du capital financier par les banques multinationales du Sud. Une manifestation parmi les plus spectaculaires de cette internationalisation bancaire Sud-Sud est l'expansion des banques marocaines en Afrique qui s'est accélérée depuis la moitié des années 2000.

Phénomène indéniablement nouveau, l'internationalisation des banques marocaines en Afrique s'inscrit pleinement dans la politique africaine du Maroc prônée par la plus haute autorité du pays en faveur du co-développement et de la solidarité agissante avec les pays subsahariens. Figurant au Top 5 des établissements bancaires exerçant dans la zone UEMOA en 2018, les groupes bancaires marocains constituent le fer de lance de la présence marocaine sur le Continent. Selon la commission bancaire de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), en 2018 les banques marocaines ont concentré 27,8% de la part de marché dans l'UEMOA, et plus de 30% de la part du résultat net global dans la région.

cartographie banques maroc afrique
Photo d'illustration (Crédits : LTA)

Les mobiles d'une internationalisation bancaire

Réduire cette vague d'internationalisation bancaire à son aspect apparent (motivations managériales, choix stratégique de croissance et de rendement) laisse supposer qu'il s'agit d'un phénomène isolé, dépourvu de toute transcendance. Or, le choix des marchés africains révèle bien plus qu'un choix individuel des banques qui y participent, il traduit un comportement collectif, réfléchi et stratégique.

Outre la zone UEMOA, les banques marocaines ont déjà posé le pied au Centre et regardent peu à peu à l'est. L'internationalisation des banques marocaines en Afrique est principalement justifiée par cinq facteurs clés : la nécessité d'accompagner la nouvelle stratégie de recentrage économique du Maroc sur le Continent ; les imperfections du marché national ; le potentiel des marchés d'implantation caractérisés par un faible taux de bancarisation ; le besoin pour ces banques d'accompagner leurs clients groupes industriels déjà présents en Afrique ; la croissance spectaculaire de l'Afrique, lequel est incontestablement le continent du XXIe siècle.

Impacts

L'analyse de l'évolution chiffrée des trois groupes bancaires marocains présents dans l'UEMOA à savoir : Attijariwafa bank, BMCE BoA qui devient Bank of Africa en septembre prochain et la Banque centrale populaire (BCP) sur la période 2006 -2017, démontre leur montée en puissance dans la sous-région. Dans un pays comme le Burkina Faso, les banques marocaines, qui ne détenaient que 6% du total des comptes bancaires en 2006, affichent 28,57% en 2015 et 29,96% en 2017, selon les données collectées à partir de la base de données de la Commission bancaire des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO).

Parallèlement, le réseau de ces groupes bancaires est passé de 5% à 25% en dix ans, tandis que l'effectif employé a quant à lui progressé à 22% du total des salariés du secteur bancaire burkinabé, contre 5% en 2006. Au Mali d'après la même source, les groupes bancaires marocains ont totalisé 44,42% des crédits en 2015, contre 10% en 2007. Ils ont couvert 48,21% des implantations (réseaux) en 2015 contre 8,4% en 2007, et ont détenu 36% des comptes de la clientèle en 2015 contre 8,4% en2007. Ces banques ont employé 29,5% des effectifs en 2015 contre 9,96% en 2007.

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credits banques maroc uemoa
Photo d'illustration (Crédits : LTA)

D'un point de vue global, la part des banques marocaines dans les crédits fournis au sein de l'UEMOA est évaluée à 29,6% en 2017, contre 11% en 2007. Ce qui démontre la contribution des banques marocaines au financement des économies de l'UEMOA. L'analyse approfondie du lien entre l'évolution des crédits fournis par les banques marocaines et le cycle d'investissement privé dans les pays de l'UEMOA démontre que la politique d'offre de crédits des banques marocaines a accompagné l'activité économique. Durant les phases d'expansion de l'activité réelle, les banques marocaines procèdent à une forte distribution des crédits, alors qu'elles diminuent le volume des crédits accordés en périodes de récession.

L'autre facteur impacté par l'internationalisation des banques marocaines est bien celui des IDE marocains en Afrique. Par crainte de voir leurs clients nouer des liens avec des banques concurrentes dans les pays où ils intervenaient, les banques marocaines ont choisi de suivre leurs clients en Afrique. Ainsi le mouvement d'internationalisation bancaire s'est-il auto-entretenu dès cette première phase. Aujourd'hui, les banques marocaines pourraient constituer une force gravitationnelle permettant non seulement d'accompagner les firmes déjà implantées en Afrique, mais également d'y attirer de nouveaux investisseurs marocains.

L'Afrique anglophone, catalyseur pour l'avenir ?

Alors que l'activité bancaire marocaine sur le Continent est encore un peu concentrée en Afrique francophone, l'avenir de la croissance des banques marocaines serait-il en Afrique anglophone, particulièrement l'Est qui intéresse de plus en plus? On serait tenté de répondre par l'affirmative.

En effet, après la BMCE Bank of Africa déjà présente en Afrique de l'Est, Attijariwafa bank lorgne de nouvelles acquisitions dans cette région. Ce groupe bancaire envisage de lancer de nouvelles opérations d'acquisition à la fin de l'année 2019, en commençant par le Rwanda, le Kenya et l'Ethiopie. L'expérience en Afrique de l'Ouest pourrait être une source d'inspiration pour dupliquer l'influence financière au Maroc dans la région orientale du Continent.

* Docteur en Sciences économiques et gestion de l'Université Sidi Mohamed Benabdellah (Fès) ; lauréate de l'Ecole nationale de commerce et de gestion en commerce International et prépare le Certificate of higher education en political economy à l'Université d'Oxford (Department for continuing education).

Hafsa Bekri*

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