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Ismaël Cissé: « A travers l’innovation, je veux faire de la bourse un outil de financement grand public en Afrique »

Marie-France Réveillard

Publié le 13 mars 2023 à 15:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:09

Ismaël Cissé Sirius Capital

Photo d'illustration

Sirius Capital

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Entre FinTech, finance verte et sukuks, Ismaël Cissé, CEO et fondateur de Sirius Capital, la banque d'affaires et société de gestion et d'intermédiation (SGI) ivoirienne agréée auprès de l'Autorité des marchés financiers (AMF-UEMOA) parie sur la finance innovante et revient sur la nécessité d'ouvrir le marché des capitaux au plus grand nombre, tout en développant les flux de capitaux interafricains. Entretien.

La Tribune Afrique : De quelle façon votre parcours vous a-t-il conduit à fonder Sirius Capital ?

Ismaël Cissé : J'ai suivi une formation en finances, à l'Université Mc Gill au Canada et je suis également titulaire d'un executive MBA de Paris-Dauphine. Après avoir acquis une quinzaine d'années d'expérience dans le secteur financier, en fusion-acquisition et en conseil financier au sein de PwC, j'ai décidé de rentrer en Côte d'Ivoire en 2014 pour lancer Sirius Capital, une banque d'affaires dont la mission est de mobiliser un maximum de capitaux pour les États de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA, ndlr). En chiffres, l'année dernière, Sirius Capital a mobilisé l'équivalent de 400 milliards de francs CFA.

Globalement, comment sont structurées les activités de Sirius Capital ?

Nous mobilisons des fonds sur les marchés financiers réglementés et nous faisons des émissions d'emprunts obligataires pour les États de la région. Cela représente 80% de nos activités. Nous intervenons essentiellement sur le marché ivoirien, mais aussi au Burkina Faso, au Sénégal, au Mali et au Bénin. Notre agrément dans la zone UEMOA nous permet d'intervenir dans tous les pays de la sous-région qui souffrent encore d'un vrai déficit en termes de mobilisation des financements. Comparativement, les pays africains anglophones affichent une longueur d'avance, en raison de la variété des produits financiers qu'ils proposent et de l'usage de la langue anglaise qui reste « la » langue de référence des marchés internationaux.

Entre fusions-acquisitions, émissions obligataires et autres montages financiers, les banques d'affaires ont explosé sur le continent depuis une décennie. Comment analysez-vous ce dynamisme ?

Il y a une dizaine d'années, il n'y avait qu'une vingtaine de sociétés de gestion et d'intermédiation et nous sommes désormais 33. L'environnement est plus concurrentiel à mesure que le tissu local se renforce. L'attrait a toujours existé, mais les expertises régionales ont longtemps fait défaut, c'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai décidé de lancer Sirius Capital. Dans la zone UEMOA, les acteurs de référence comme Rothschild ont toujours leur place et la plupart des emprunts de type eurobonds menés par des États, sont structurés par les grandes banques d'affaires internationales. Je pense d'ailleurs que les États doivent faire davantage confiance aux acteurs locaux qui ont aujourd'hui la capacité de gérer ce type d'émissions. Le temps de l'apanage des grandes banques internationales est révolu. Les acteurs marocains et sud-africains en particulier, occupent une place de plus en plus importante dans notre corporation.

Quel rôle jouent les marchés financiers dans le financement des économies africaines ?

Dans les économies les plus développées, la principale source de financement, aussi bien pour le secteur privé que pour le secteur public, demeure les marchés financiers. Dans un certain nombre de pays du Nord, la bourse atteint même une valeur qui dépasse le produit intérieur brut (PIB) de plusieurs multiples alors que dans les pays de l'UEMOA, la valorisation totale de nos marchés financiers avoisine les 26 milliards d'euros, soit à peine 20% du PIB. Le potentiel des marchés financiers n'est pas complètement exploité. Nous essayons, à travers Sirius Capital, de développer un certain nombre d'innovations pour contrebalancer cette tendance.

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Quels sont les types d'innovations que vous développez actuellement ?

Nous travaillons notamment sur les obligations vertes. Nous avons élaboré une obligation verte qui a servi à réhabiliter la décharge d'Akouédo en Côte d'Ivoire pour en faire l'un des plus grands parcs urbains de la région. La décharge était complètement saturée. Elle fait désormais l'objet d'un réaménagement complet. Nous structurons également des produits liés au financement de l'immobilier (...) Notre ambition est de faire de la bourse, un outil de financement grand public. Aujourd'hui, les marchés de capitaux de la région sont représentés à 95 % par des investisseurs institutionnels, des caisses de retraite, des compagnies d'assurance ou des banques. Le 9 février dernier, nous avons signé un partenariat avec Julaya, une fintech franco-ivoirienne pour permettre aux Ivoiriens d'investir en bourse via le m-payment. C'est l'un des exemples récents de finance innovante que nous avons développés.

Sirius Capital est également spécialisé dans l'émission d'emprunts obligataires. Quelles sont vos dernières opérations ?

Nous avons structuré 5 emprunts obligataires en 2022, dont quatre pour l'État de Côte d'Ivoire et un autre pour l'État du Burkina Faso, pour un total de plusieurs milliards de francs CFA. Cette année, nous allons accélérer le développement de nos produits de finance innovante et nous appuyer sur la finance islamique qui est encore largement sous-exploitée, au regard du nombre de musulmans que compte la zone UEMOA. Parallèlement, la finance verte a le vent en poupe. Il appartient désormais aux États d'être prêts à recevoir ce type de capitaux.

De quelle façon se développe le marché des capitaux dans la zone UEMOA et quelles sont les destinations les plus attractives pour les marchés financiers ?

Le Bénin bénéficie d'une réputation qui s'améliore auprès des marchés financiers. Cela s'explique notamment par leur environnement des affaires et par leur politique financière. C'est aujourd'hui, l'une des destinations les plus attractives de la région. La Côte d'Ivoire est également très bien positionnée. L'année dernière, nous avons réalisé les premiers emprunts obligataires à 20 ans dans ces deux pays qui bénéficient de la confiance des investisseurs, ce qui représente une échéance record pour la zone UEMOA. A contrario, la mobilisation des capitaux est freinée dans les pays qui rencontrent le plus de difficultés sécuritaires et politiques comme le Mali par exemple, récemment confronté à toute une série de restrictions.

Dans quelle mesure, la conjoncture internationale influence-t-elle le développement des flux de capitaux interafricains ?

Les bourses régionales ont décidé de s'unir pour trouver de nouvelles alternatives et développer davantage de flux de capitaux sud-sud, sur fond de conjoncture mondiale incertaine. Nous devons répondre par nous-mêmes à nos besoins de financement. Un accord a été mis en place en novembre 2022, pour interconnecter sept bourses africaines sur une même plateforme, afin de renforcer l'intégration des marchés africains des capitaux. Cette plateforme d'interconnexion valorisée à 1 495 milliards de dollars devrait faciliter les transactions transfrontalières et la libre circulation des capitaux en Afrique. Elle réunit pour l'instant les Bourses ivoirienne, nigériane, marocaine, kenyane, sud-africaine, égyptienne, mauricienne et devrait intégrer le Botswana et le Ghana en 2023.

Le président du Sénégal, Macky Sall, a défendu le projet de création d'une Agence africaine de notation de crédit (ACRA) : où en est ce projet ?

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Nous en sommes au point de la réflexion. Cette initiative renvoie notamment à la perception du risque des grandes agences de notation internationales comme Standard & Poor's (S&P), qui diffère souvent de celle des acteurs locaux. Depuis les États-Unis, les risques relatifs aux économies africaines sont trop souvent surévalués. On calcule la capacité d'un pays à rembourser sa dette en euros, ce qui peut être très différent de sa capacité à la rembourser en monnaie locale qui permet d'éviter le risque de change (...) L'important aujourd'hui, est de développer des mécanismes interafricains qui puissent nous extraire d'une trop grande dépendance des financements extérieurs.

Marie-France Réveillard

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