Aide publique au développement : la France, mauvais élève
Aboubacar Yacouba Barma
Aboubacar Yacouba Barma
La France, mauvaise élève en matière de la contribution des pays industrialisés à l'aide publique au développement. C'est en tout cas ce que relève le rapport DATA 2017, présenté ce lundi 11 septembre à Paris par l'ONG internationale française ONE. Sous le titre, Financer le siècle africain : l'aide de la France toujours à la traîne, le rapport analyse le financement du développement à l'échelle mondiale et compare le budget d'aide de la France à celui des autres principaux pays donateurs.
Selon le constat dressé par les données contenues dans le rapport, l'année 2016 s'est traduite par une très légère augmentation du budget d'aide publique au développement (APD) de la France. Celle-ci a augmenté de 5,25%, pour atteindre 8,51 milliards d'euros, contre 8,19 milliards en 2015, rapporte le document en soulignant toutefois que cette augmentation reste en deçà de la tendance mondiale, puisque l'aide totale a augmenté en 2016 de 7,4% par rapport à 2015.
Publié à moins de deux semaines de la présentation du premier budget de la mandature d'Emmanuel Macron, le rapport,constitue une interpellation pour le nouveau président français qui a certes promis de «renouveler et renforcer le partenariat avec l'Afrique», mais dont l'une des premières mesures a été de procéder à des coupes dans le budget consacré justement à l'aide en faveur des pays en voie de développement.
Si le rapport de l'ONG ONE indexe particulièrement la France, il met en cause aussi les autres pays industrialisés qui se montrent de moins en moins généreux à l'égard des pays les plus pauvres, notamment ceux d'Afrique. «Une tendance inquiétante», selon les auteurs du document qui s'appuient sur le fait qu'au niveau mondial, l'aide attribuée aux pays les plus pauvres ne cesse de diminuer.
Le pourcentage de l'aide publique au développement globale, allouée aux pays les moins avancés (PMA), est passé de 32% à 28% entre 2013 et 2016. En France par exemple, la part d'aide accordée aux PMA a suivi la tendance mondiale et diminué, car moins d'un quart de l'aide de la France aujourd'hui va aux pays les plus pauvres du monde, selon le rapport. Ce qui fait à dire à Friederike Röder, directrice France de ONE que la France «doit se montrer à la hauteur de la stature internationale à laquelle elle aspire. Emmanuel Macron s'est engagé à augmenter l'aide dès 2018 pour atteindre 0,55% du RNB d'ici à 2022. Ceci doit se traduire dans le projet de loi de finances 2018. La France a l'occasion de raccrocher les wagons de ses partenaires européens, nous espérons qu'elle la saisira et nous resterons mobilisés pour nous en assurer».
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L'ONG plaide ainsi pour le respect, par les pays industrialisés, de l'engagement qu'ils ont souscrit il y a quelques années, celui de converger vers une contribution de 0,7% de leur revenu national brut (RNB) à l'aide internationale. Si de manière générale, l'enveloppe consacrée à cette fin a été rehaussée, la part allouée aux PMA et à l'Afrique a sensiblement diminué. Le rapport indique par exemple que l'Allemagne et l'Italie affectent une part plus importante de leur APD aux coûts d'accueil des réfugiés sur leur propre territoire qu'à l'Afrique. «Les investissements directs à l'étranger vers l'Afrique restent inférieurs à ceux dont bénéficient les autres régions du monde et leur part dans les flux mondiaux a diminué ces dernières années», a mis en évidence ONE dans son rapport qui souligne également que c'est la même tendance que suivent les ressources domestiques des pays africains. «La plupart des habitants de la région, où vivent plus de 50 % des populations touchées par l'extrême pauvreté au niveau mondial risquent donc de rester sur la touche», prévient l'ONG internationale pour qui «c'est le moment ou jamais d'inverser ces tendances négatives».
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L'occasion donc pour l'ONE, une organisation mondiale de plaidoyer et de campagne, cofondée par Bono, qui lutte contre l'extrême pauvreté, essentiellement en Afrique et qui est soutenue par plus de 8 millions de personnes à travers la planète, d'appeler la communauté internationale à doubler, d'ici à 2020, les financements du développement, sous toutes leurs formes, pour faire face au doublement de la population du continent africain. La bonne nouvelle, comme l'a mis en évidence le rapport, c'est que d'importantes mesures commencent à prendre forme. «Le nouveau Partenariat avec l'Afrique du G20, en particulier l'initiative des Compacts avec l'Afrique, qui mise sur l'augmentation des investissements du secteur privé, et la feuille de route de l'Union africaine pour tirer pleinement profit du dividende démographique, sont appelés à jouer un rôle clé», a estimé l'organisation qui a pris comme exemple l'initiative de la Banque mondiale s'inscrivant dans le cadre de cet objectif international. L'institution de Bretton Woods s'est dernièrement engagée à affecter 57 milliards de dollars, dont 45 milliards par le biais de son guichet concessionnel, à la région pour les trois prochaines années. «Mais les dirigeants doivent aussi prendre des engagements à long terme et les concrétiser rapidement pour que des avancées soient possibles», conclut le rapport.
Aboubacar Yacouba Barma
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