Développement : la CNUCED alerte sur la dégradation des indicateurs en Afrique
Aboubacar Yacouba Barma
Aboubacar Yacouba Barma
C'est une véritable alerte que vient de lancer la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) à l'endroit de la communauté internationale pour le respect de ses engagement en faveur des Pays les moins avancés (PMA). En s'appuyant sur les résultats de l'analyse des indicateurs de développement dans 47 pays parmi les plus pauvres dont une grande partie du continent africain, la CNUCED a fait ressortir que ces indicateurs sont orientés à la baisse.
L'analyse de la CNUCED a ainsi mis en évidence que la croissance moyenne des PMA a été d'à peine 5 % en 2017 et qu'elle atteindra 5,4 % en 2018, taux inférieur à l'objectif de 7% de croissance, un niveau qui constitue pourtant la première cible de l'objectif n°8 de développement durable et qui est sensé permettre de promouvoir une croissance économique soutenue, inclusive et durable.
Selon la CNUCED, en 2017, seuls cinq pays, sur les 45 PMA pour lesquels des données sont disponibles, ont enregistré une croissance économique de 7% ou plus. Il s'agit du Bangladesh (+7,1%), de Djibouti (+7%), de l'Éthiopie (+8,5%), du Myanmar (+7,2%) et du Népal (+7,5%). Selon Akiwumi, les taux de croissance du PIB resteront probablement inférieurs non seulement à leur moyenne pour la période 2002-2008, mais aussi à leurs niveaux de 2010-2014. La principale raison, c'est la trop forte dépendance de ces pays aux produits de base dont les prix ont connu ces dernières années une chute drastique malgré la récente reprise constatée sur les marchés internationaux à partir de 2017.
« La reprise économique mondiale demeurant tiède, les partenaires du développement se heurtent à certaines contraintes lorsqu'il s'agit d'accroître leur aide aux PMA pour atteindre les objectifs du développement durable » a également mis en avant la CNUCED qui ne s'attend pas à une grande amélioration à court terme.
En 2017, le groupe des PMA devrait ainsi enregistrer un déficit courant de 50 milliards de dollars, soit le deuxième déficit le plus élevé enregistré à ce jour, du moins en termes nominaux. « Cela contraste avec les chiffres des autres pays en développement (hors PMA), de l'ensemble des pays en développement et des pays développés, qui ont tous enregistré des excédents de leurs comptes courants » estime la CNUCED.
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Selon les projections pour 2018, les déficits des comptes courants des PMA devraient continuer de croître, aggravant ainsi les faiblesses éventuelles des balances des paiements. De ce fait et en se basant sur les estimations du FMI, il ressort que seule une poignée de PMA ont enregistré des excédents courants en 2017, dont deux bénéficient d'une aide relativement importante (l'Afghanistan et le Sud-Soudan) ainsi que l'Érythrée et la Guinée-Bissau. « Tous les autres PMA ont enregistré des déficits de leurs comptes courants de taille variable, allant de moins d'un point de pourcentage du PIB notamment le Bangladesh et le Népal, à plus de 25 % dans les cas du Bhoutan, de la Guinée, du Libéria, du Mozambique et de Tuvalu » souligne l'organisme basé à Génève en Suisse.
Pour la CNUCED, il faudra donc « tenir les promesses faites aux plus pauvres pays du monde pour mettre fin aux inégalités massives ».
Les engagements d'aide extérieure spécifiques aux PMA se sont élevés à 43,2 milliards de dollars, soit seulement 27 % environ de l'aide nette pour l'ensemble des pays en développement, relève la même source qui précise que cela ne représente qu'une augmentation de 0,5 % de l'aide en termes réels d'une année à l'autre. « Cette tendance renforce les craintes d'un plafonnement de l'aide aux PMA dans le sillage de la récession mondiale » a alerté de nouveau la CNUCED et pour Paul Akinwumi, « la communauté internationale doit porter une attention accrue aux engagements pris envers les PMA ».
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A contre-courant de l'optimisme ambiant, la CNUCED interpelle donc la communauté internationale à agir dans le sillage des appels sans cesse réitérés par d'autres organismes pour un accroissement de l'aide extérieure aux PMA notamment en Afrique. Bien que certaines analyses remettent de plus en plus en cause l'efficacité de l'aide au développement, le soutien des financements privés et des IDE constitue une alternative pour les pays africains de rattraper leur retard. Pour l'heure, il y a certes des promesses touts azimuts mais qui ne semblent engager que les pays qui attendent encore la manne comme en témoigne les chiffres contenus dans l'analyse de la CNUCED.
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