Photovoltaïque : la colère monte chez les industriels

Les professionnels du secteur ont réagi avec vigueur à la décision du gouvernement de geler les nouveaux projets jusqu'en mars 2011.
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La décision du gouvernement de geler pour une période de trois mois tout nouveau projet photovoltaïque, annoncée jeudi par la ministre de l'Environnement Nathalie Kosciusko-Morizet, suscite une vive bronca des professionnels. Pourtant, à la veille de cette annonce de moratoire, ces derniers reconnaissaient le bien-fondé d'une meilleure régulation de la filière, dont l'activité a explosé ces deux dernières années au point de créer une « bulle », qui pèse lourd dans les aides publiques.

Aujourd'hui, les cris de protestations l'emportent. « Nos adhérents pensent qu'il est scélérat » de vouloir « une fois de plus changer la donne », a lâché vendredi Arnaud Mine, président de Soler, la branche photovoltaïque du syndicat des énergies renouvelables (SER). Le même jour, une vingtaine d'industriels, rassemblés au sein d'un groupement intitulé L'Industrie photovoltaïque française (IPF), protestait sur « l'absence de concertation avec les pouvoirs publics, qui a baissé deux fois les tarifs de rachat cette année de façon brutale et dangereuse pour la pérennité de la filière ». « Nos banquiers sont affolés », s'alarme le PDG de Sillia Energie, Bruno Cassin, membre du collectif. « Le moratoire ne va conduire qu'à casser la confiance tant avec nos investisseurs qu'avec nos clients », insiste le directeur général de Terreal Solaire, Nicolas Cohen-Solal.

Effets pervers

Plus mesuré mais tout aussi convaincu, le président du SER a fait part de ses craintes sur les emplois, dans un secteur qui en aurait créé 25.000. André Antolini insiste par ailleurs sur la démesure que représente à ses yeux un gel d'un trimestre : « Allez demander à l'industrie automobile de cesser de travailler pendant trois mois ! », s'offusque-t-il.

Deux logiques s'affrontent. Celle du gouvernement, conscient que les aides publiques à la filière ont en partie raté leur cible et ont plus profité aux panneaux photovoltaïques chinois ou allemands qu'à l'élaboration d'une industrie photovoltaïque française. « Je ne veux pas avoir à dire en 2012 à mes concitoyens que l'argent de la CSPE (contribution au service public de l'électricité, acquittée par tous les abonnés et notamment destinée au financement des énergies renouvelables) a permis de payer les ouvriers chinois », explique la ministre de l'Environnement. Elle entend donc réorienter sa politique afin d'en corriger les effets pervers.

Prédominance asiatique

En face, toutes les entreprises du secteur, certaines très jeunes, qui, après deux années de développement faste, craignent de voir leurs investissements dégradés, voire réduits à néant, et leurs marchés se dégonfler au point, pour certains, de devoir mettre la clef sous la porte.

La synthèse semble néanmoins réalisable aux yeux de quelques-uns. « Le constat du gouvernement est fondé, admet Bruno Cassin. Oui, il y a prédominance asiatique, mais in fine notre intérêt à tous est le même, nous avons besoin de sérénité. »

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Commentaires 12
à écrit le 08/12/2010 à 14:13
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La seule et unique raison de la décision du gouvernement est financière. Tous les autres arguments sont fallacieux. Pourquoi n'y a-t-il pas d'industrie du PV comme en Allemagne (à part Photowatt), pourquoi aucun constructeur de grandes éoliennes? Par...

à écrit le 07/12/2010 à 17:34
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Ca commençait à suffire de voir que les lobbies d'industriels en panne d'idées fassent dépenser des fortunes en surfant sur la mode écologique. Si le vent et la lumière sont gratuits, leur captation, leur transformation, leurs exploitations sont hors...

le 08/12/2010 à 0:48
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Cendu c'est plus compliqué et vous enterrez un peu vite les éoliennes ! : vous parlez en tonnes il faudrait parler en m3 car vous comprendrez que votre chiffre peut nettement varier. De plus çà dépend de la taille de l'éolienne, du type de sol etc. L...

le 08/12/2010 à 18:33
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Bon plaidoyer, mais comment recyclez-vous les 1500 m3 de béton? Pas d'affirmation gratuite. Quant aux panneaux de silicium, on fait l'impasse sur leur recyclage; un jour, peut-être?? Rappelez-vous que le décret d'application pour l'obligation de dém...

le 08/12/2010 à 23:01
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et on attends toujours celui du nucleaire depuis 1970

le 10/12/2010 à 0:43
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Oltimer le béton des éoliennes est insignifiant dans les 25 milliards de tonnes de béton utilisé chaque année dont on améliore régulièrement les paramètres (émissions CO2, énergie, etc) et n'a bien souvent pas besoin d'être recyclé et si c'est le cas...

à écrit le 06/12/2010 à 17:17
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Les électeurs français seraient bien avisés de demander à la ministre pourquoi le bonus écologique automobile a essentiellement profité aux ouvriers roumains qui fabriquent des Dacia, slovènes, qui assemblent les twingo, ou asiatiques qui construis...

à écrit le 06/12/2010 à 14:11
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Faut pas acheter Chinois, mais par contre pas de problème à vendre une centrale nucléaire à l'Inde. Pas de problème non plus pour le Hightech et le textile qui provient de ses mêmes pays asiatiques. Les panneaux photovoltaïques allemand ou français o...

à écrit le 06/12/2010 à 13:17
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Relayant cette colère de la fillière photovoltaïque, le groupe Facebook TOUCHE PAS A MON PANNEAU SOLAIRE rassemble déjà (deux jours après sa création) plus de 800 salariés et porteurs de projets dans se secteur d'avenir ! Et qui sont bien déterminés ...

le 06/12/2010 à 19:04
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1120 membres en plus de 48h

le 07/12/2010 à 9:44
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nous passons la barre des 1330 ! Créons une vraie dynamique

le 07/12/2010 à 17:04
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Cà me rappelle la bronca des restaurateurs pour obtenir la baisse de la TVA...

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