L'Équateur veut être payé pour garder son pétrole

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(Crédits : Bloomberg)
S'il était rémunéré pour laisser dormir 20 % de ses réserves, ce pays d'Amérique latine éviterait à la planète l'émission de 410 millions de tonnes de gaz à effet de serre.

Un accord contraignant pour limiter les émissions de gaz à effet de serre ne sera pas forcément signé à Copenhague, mais l'un des pays participant au sommet a bien l'intention de repartir avec un contrat. L'Équateur espère en effet la création d'un fonds, gérant les contributions de divers pays pour l'initiative inédite qu'il a lancée. Baptisée Yasuni-ITT, elle concerne le gisement pétrolier de Ishpingo-Tiputini-Tambococha, dans le parc national du Yasuni, en pleine forêt amazonienne.

L'Équateur est l'un des plus gros producteurs d'or noir de la région. Il tire même plus d'un tiers de ses revenus du pétrole. Mais il s'intéresse aussi à la santé de la planète. Or, comment lutter contre l'impact des gaz à effet de serre, si ce n'est en limitant l'usage du pétrole ? Et dans ces conditions, pourquoi continuer à l'extraire dans les mêmes proportions ? C'est la réflexion que s'est faite le gouvernement socialiste de Rafael Correa dès 2007. Les Équatoriens ont du coup imaginé le schéma suivant : au lieu de vendre le pétrole, pourquoi ne pas demander aux pays consommateurs de payer? pour que l'Équateur le laisse en terre, tout en cherchant, évidemment, d'autres sources d'énergie ? 

Lutter contre la pauvreté

Ne pas exploiter une partie de cette richesse nationale (20 % de la totalité des réserves prouvées du pays) et la laisser dormir sous la jungle de Yasuni éviterait de libérer 410 millions de tonnes de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, selon les calculs de Quito. Mais cela signifierait aussi un manque à gagner de 6 milliards de dollars ? dont l'Équateur a besoin pour se développer et lutter contre la pauvreté (qui touche la moitié de la population).

Quito propose donc de laisser 850 millions de barils de brut en terre, en échange d'une aide de 3 milliards de dollars. Le fonds qui recevrait les contributions serait administré par le gouvernement, assisté des Nations unies, et financerait des projets visant à améliorer ses capacités de production d'énergies renouvelables. Sans oublier la préservation d'environ cinq millions d'hectares d'une forêt à la biodiversité inégalée (le lieu a été déclaré réserve de biosphère par l'ONU en 1989) et la protection de 180.000 membres de tribus indiennes et afro-équatoriennes qui tentent de vivre, malgré l'exploitation pétrolière, en Amazonie.

Si l'initiative a pu être jugée farfelue à ses débuts, elle semble progressivement convaincre. D'autant que les membres du gouvernement équatorien n'ont pas ménagé leurs efforts auprès des pays développés. Le ministre des Affaires étrangères, Fander Falconi, a annoncé il y a quelques jours avoir reçu une offre concrète émanant de l'Allemagne. Le gouvernement d'Angela Merkel verserait ainsi au fonds 50 millions d'euros par an sur une période de treize ans, soit quelque 650 millions d'euros. À cela s'ajouterait une autre contribution, en provenance de l'Espagne. La Belgique, elle aussi, serait intéressée par l'initiative.

Reste à savoir si la proposition équatorienne se concrétisera, à Copenhague ou plus tard. Et, mieux, si elle fera des émules, parmi les autres pays producteurs de brut, voire de bois. Déjà, soulignent les membres d'Accion Ecologica, une ONG ?uvrant pour l'environnement en Équateur, d'autres pays de la région seraient intéressés. L'Équateur, en tout cas, ne compte pas en rester là. Car la manne pétrolière s'est aussi révélée être une malédiction. Le pays est toujours en procès avec Chevron, pour la pollution des sites exploités dans les années 1990 en Amazonie par Texaco (fusionné en 2001 avec Chevron).

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