La marée noire menace les côtes de la Louisiane

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Après l'ouragan Katrina, l'embouchure du Mississippi est frappée par la pollution d'un puits exploité par BP. Un désastre écologique comme économique.

La marée noire, résultat de l'explosion, le 20 avril, d'une plate-forme pétrolière exploitée par BP dans le Golfe du Mexique, pourrait toucher les côtes de Louisiane ce vendredi. Le résultat serait désastreux : même réduit en boules grâce aux produits chimiques déversés dans l'eau pour le diluer, le pétrole s'infiltrerait dans les moindres recoins de l'immense marais que forme l'embouchure du Mississippi.

Or cette zone fait partie de ce que l'on appelle le « croissant fertile », dans lequel est produite la quasi totalité des fruits de mer du Golfe, équivalant à la moitié de toutes les crevettes récoltées aux États-Unis, 40 % des huîtres et 35 % des crabes. Déjà, alors que le gouverneur de Louisiane, Bobby Jindal, a demandé une aide supplémentaire à l'Etat fédéral et décrété l'état d'urgence, des éleveurs de crevettes ont déposé une plainte pour obtenir 5 millions de dollars de dommages.

Si l'industrie des fruits de mer est en jeu - et avec elle une partie de l'économie de la Louisiane, du Mississipi et de l'Alabama, des États économiquement sous-­développés et touchés de surcroît par l'ouragan Katrina en 2005 - l'écosystème est aussi en danger. Fragilisée par l'industrie pétrolière - les bateaux qui ravitaillent les plates-formes ont élargi et creusé les bayous, permettant aux eaux salées du Golfe d'envahir les marais- la zone est le lieu d'hivernage pour 70 % des oiseaux marins des États-Unis. Elle est aussi utilisée pour les migrations. Au total, 400 espèces - animaux, oiseaux, crustacés-­seraient touchées par la marée noire si elle atteint les côtes.

Pis, alors que la nappe ne cesse de se rapprocher, poussée par des vents du sud communs à cette époque de l'année, BP a finalement confirmé ce jeudi que les quantités d'hydrocarbures s'échappant de la plate-forme endommagée étaient cinq fois plus élevées qu'annoncé auparavant. Près d'un million de litres de brut s'échappent chaque jour. Avant l'accident, la plate-forme en contenait 2,6 millions... Ni les barrages flottants, ni les incendies volontaires, visant à réduire la masse d'huile, n'ont réussi à contrôler la nappe.

2 à 3 mois de nettoyage

La précédente grosse marée noire dans le Golfe date de juin 1979. Une plate-forme avait explosé, vomissant 530 millions de litres de brut au total. Surtout, il avait fallu pas moins de 9 mois pour endiguer le phénomène. « Pour cette nappe, cela pourrait durer deux à trois mois, avance Eugène Turner, professeur à l?institut d'écologie côtière de l'Université de Louisiane. Cela veut dire beaucoup de pétrole répandu. Du pétrole très collant et difficile à nettoyer ». C'est pour éviter cela que les ostréiculteurs se préparaient ce jeudi à éponger en lançant leurs bateaux à l'assaut de la nappe, avant qu'elle ne touche leur côte. « Une marée noire est pire qu'un ouragan, soupire John Tesvich, le président de la Louisiana Oyster Task Force. L'impact dure bien plus longtemps. Pis, actuellement, c'est la saison de la reproduction ».

L'impact pourrait également être politique. L'Administration Obama, qui avait proposé le mois dernier une extension de l'exploration ­offshore, a demandé une enquête sur l'accident. Elle pourrait revoir sa position. De même que les élus au Congrès qui ne se sont pas encore prononcés sur un texte.

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Commentaires
a écrit le 02/05/2010 à 11:31 :
les USA --favorables à toujours plus de pétrole en off.short--récoltent les fruits de leur TRES GRAVE négligence pour la protection de la nature ..En effet
ils ont voulu- chez eux en Amérique -être moins exigeants sur la sécurité et
l' étanchéité des vannes immergées à 1500 m. ou plus de profondeur..Là,
Ils ont fait preuve de naïveté ou d 'inconséquence difficilement compréhensive..
Pour se distinguer de l 'Europe où le règlement est autrement plus sévère..!!
Comment l'américain moyen va réagir en apprenant ce laxisme..??
a écrit le 02/05/2010 à 10:51 :
J'aimerais bien que les journalistes (en général, je ne pointe pas en particulier La Tribune) prennent leur calculettes de temps en temps, au lieu de se contenter de faire caisse de résonance systématique dès qu'un problème arrive aux USA. J'ai participé aux campagnes de nttoyage de l'Amoco Cadiz (1978, Bretagne) : 220 000 tonnes de pétrole, soit l'équivalent de 277 jours de fuite au rythme actuel de la plateforme BP.

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