Les écrans et les parents, tous à cran
Amélia Matar*
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Photo d'illustration
Shehan Hanwellage
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"Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l'autorité et n'ont aucun respect pour l'âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans." En relisant cette citation de Socrate, je me dis qu'il ne manquait plus que TikTok à ces jeunes du Vème siècle avant JC pour qu'ils ressemblent en tout point aux jeunes de notre siècle. Sans nier les méfaits associés à une surconsommation de numérique, ces jeunes sont peut-être tout simplement... des jeunes, avec toute la fougue que cela implique, y compris en ligne.
Et avec toute l'incompréhension que cela génère pour leurs aînés. Puisse cette mise en perspective offrir un peu de répit aux parents acculés. Mais, attention tout de même, les conséquences de cette véhémence juvénile sont décuplées par l'outil technologique. Addiction, images choquantes, cyberharcèlement... Les dérives existent bel et bien et, sans sombrer dans la psychose, elles requièrent d'être vigilants.
Clairement, l'écran devient néfaste, quel que soit l'âge, dès lors qu'il prend trop de place dans le quotidien de l'enfant. Supprimer les écrans du foyer est tout simplement irréaliste, en limiter l'usage selon des règles fixées collectivement est en revanche souhaitable. Par exemple, les limites proposées par Serge Tisseron en fonction de l'âge sont des repères faciles à appliquer pour le parent. Mais ce qui importe aussi, c'est que le parent s'implique pleinement dans le choix du contenu proposé et accompagne l'enfant dans la consommation de ce dernier. Il est ainsi recommandé de rester avec son petit enfant pour commenter le dessin animé qu'il visionne. Et pourquoi pas, de jouer avec son ado à ce jeu vidéo qui le passionne tant ! Et donc, vous l'avez compris, l'écran "nounou" est une option à limiter le plus possible, voire à proscrire.
Et au-delà du contenu, l'enfant est aussi en demande de comprendre ce qu'il y a derrière l'écran, et ce, dès le plus jeune âge. Et bonne nouvelle, pour comprendre l'écran et ses mystères, pas besoin d'écran ! Par le conte, par le jeu et par la manipulation, il est possible de dévoiler aux jeunes enfants (et aux moins jeunes) les logiques et les composants qui rendent possible cette révolution numérique. Une façon de lui faire comprendre qu'il peut, certes consommer du contenu sur l'écran, mais qu'il aura le pouvoir de concevoir lui-même ce contenu quand il sera grand. Il y a fort à parier que cette posture active et moins passive transformera positivement sa consommation en ligne.
Amélia Matar*