OPINION. « Et si le secteur public osait enfin les freelances ? »
Elisabeth Hachmanian

Photo d'illustration
DR
Elisabeth Hachmanian

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Le secteur public rêve d'agilité, de rapidité, de talents capables d'agir vite et bien. Et pourtant... il continue de se priver d'un gisement colossal de compétences : les freelances. Ces experts indépendants, déjà plus de 1,3 million en France, incarnent une réponse immédiate à des besoins concrets : pallier un manque de ressources, apporter une expertise rare, accélérer des projets stratégiques. Alors, pourquoi s'en priver ?
Le secteur public veut aller plus vite ? Il est temps d'ouvrir la porte à ceux qui savent courir.
Aujourd'hui, le recours aux indépendants dans la sphère publique reste marginal. Les raisons ? Une méconnaissance de ce vivier, des marchés publics trop rigides, des process encore trop lourds. Pendant ce temps, les administrations peinent à recruter, à attirer des compétences clés ou à répondre à des situations urgentes.
Pourtant, l'expérience existe déjà et fonctionne. Dix pour cent des missions de management de transition concernent le secteur public : des directeurs, chefs de service ou experts indépendants qui viennent prêter main-forte et insuffler un souffle nouveau. L'exemple de Beta.gouv en est la preuve : en 2021, 51 % de ses talents étaient des freelances, mobilisés pour accélérer la transformation numérique de l'État.
Les indépendants eux-mêmes plébiscitent ces missions : plus de 8 indépendants sur 10 ont apprécié ces projets. Ils y trouvent du sens, un impact direct sur l'intérêt général, et des interlocuteurs investis. Pourtant, malgré ces atouts, la machine reste grippée.
Rigidité des appels d'offres, inertie administrative, silos internes... Les freelances restent souvent écartés. La logique actuelle privilégie la notoriété des grands acteurs, alors même que l'agilité d'experts indépendants pourrait venir compléter utilement leur action. Pire encore : la massification des achats publics, destinée à rationaliser la dépense, se traduit par des accords-cadres aux conditions hors d'atteinte pour un indépendant.
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Et pourtant, le signal est clair : 97 % des freelances ayant collaboré avec le secteur public souhaitent renouveler l'expérience. Une volonté encore trop peu exploitée.
Pour libérer ce potentiel, il faut oser. Relever les seuils sans mise en concurrence, simplifier l'accès aux marchés publics, et permettre à des intermédiaires spécialisés de fédérer des équipes d'indépendants en devenant des interlocuteurs uniques pour les acheteurs publics. Il s'agit aussi de faire évoluer la culture RH du secteur public : intégrer des talents externes, piloter des équipes projets hybrides, animer des communautés d'experts... Autant de transformations déjà adoptées avec succès dans le privé.
Le secteur public ne manque pas d'enjeux ni de défis. Il manque surtout d'une porte ouverte à ces ressources qui n'attendent qu'à s'engager à ses côtés.
Les freelances ne sont pas une menace pour le service public. Ils en sont un levier. Ce sont des profils d'excellence, passionnés, souvent animés par un profond sens de l'intérêt général.
Alors, si nous voulons vraiment un État plus agile, plus réactif, plus performant... commençons par la première réforme : faire confiance à tous les talents, quel que soit leur statut.
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(*) Elisabeth Hachmanian (ESSEC Business School), Partner chez OMS & Co depuis 2022, a construit sa carrière en accompagnant les transformations et transitions majeures dans les organisations publiques et de santé. Elle a précédemment été en charge de la practice conseil secteur public de PwC de 2014 à 2022, où elle a dirigé et développé l'activité conseil pour les organisations publiques et le secteur de la santé.
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