OPINION. « Filière nucléaire : revaloriser les savoir-faire industriels pour relancer la France »
Jean-Marc Scolari

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En 2024, la France est redevenue exportatrice d'électricité. Une bonne nouvelle, due en grande partie à la relance partielle de notre parc nucléaire. Dans un contexte géopolitique incertain, cette indépendance énergétique n'est pas un luxe : c'est une nécessité. Le nucléaire est une énergie décarbonée, stable, compétitive, qui permet à notre pays de rester maître de son destin énergétique. Mais pour qu'elle le reste, encore faut-il être capable de construire, d'entretenir, de réparer ces infrastructures complexes. Et cela passe par un tissu industriel performant et des milliers de femmes et d'hommes formés.
Le soudage dans le secteur nucléaire est une discipline d'élite. Il impose une précision millimétrée, des qualifications strictes, un savoir-faire qui ne s'improvise pas. On soude parfois à l'aveugle, à l'aide de miroirs, dans des conditions d'accès ou de température extrêmes. Ce n'est pas une tâche industrielle classique, c'est un art technique.
Or, ces compétences se perdent. Pendant des années, la France a fermé des centrales, désinvesti dans la formation, négligé ses filières techniques. Résultat : nous manquons cruellement de soudeurs qualifiés. Les rares centres capables de former à ces standards - comme l'Institut de Soudure ou la Haute École de Formation Soudage (HEFAIS) - sont débordés. Il faudra des années pour reconstituer un vivier capable de répondre aux besoins des nouveaux chantiers.
La priorité est claire : il faut un plan national de revalorisation des métiers industriels. Il faut équiper nos centres de formation, de cabines de soudage modernes, de simulateurs, de machines attractives. Il faut former des formateurs, créer un réseau d'écoles spécialisées, et surtout, redonner envie aux jeunes de choisir ces métiers essentiels.
On ne parle pas ici seulement d'emplois. On parle de souveraineté. On parle de capacité à produire, à innover, à bâtir l'avenir. Relancer la filière nucléaire sans relancer les métiers qui la rendent possible, c'est construire sur du sable.
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L'automatisation, la cobotique, l'intelligence artificielle sont des outils puissants. Ils peuvent compenser temporairement le manque de main-d'œuvre, optimiser la productivité, fiabiliser certains procédés. Mais ils ne remplaceront jamais la main experte d'un soudeur formé. Ils ne sont pas une solution miracle, mais un levier complémentaire. L'industrie nucléaire de demain sera hybride : humaine et automatisée, précise et productive.
Choisir l'industrie, c'est choisir l'avenir ! Ce que révèle aujourd'hui la situation du nucléaire, c'est la nécessité d'un changement de paradigme. La France ne peut pas rester grande sans industrie. Et il n'y aura pas d'industrie sans compétences. Il faut des choix clairs, constants, courageux. Ces choix, nous avons commencé à les faire. Mais ils doivent s'inscrire dans la durée. Au-delà des alternances politiques, au-delà des effets d'annonce. Car reconstituer un tissu industriel prend du temps. C'est une décision de génération. Relancer la filière nucléaire, ce n'est pas seulement produire de l'électricité. C'est produire des emplois, de la valeur, de la souveraineté. C'est, tout simplement, relancer la France.
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(*) Jean-Marc Scolari dirige Fronius France depuis bientôt 17 ans. Il est également président de la section soudage, brasage et coupage chez Evolis (organisation professionnelle au service des créateurs de solutions industrielles productives) et membre du Conseil d'Administration de l'Institut de Soudure. Ses expériences professionnelles l'ont donc amené à vivre de nombreuses évolutions des métiers industriels et notamment celui du soudage. Pour lui, les équipementiers, les industries utilisatrices, mais aussi et surtout les sphères de décision institutionnelles doivent pratiquer et partager une plus forte culture de l'innovation pour redonner à l'industrie la place qu'elle mérite en France en intégrant les contraintes plus fortes sur les enjeux environnementaux et managériaux. C'est l'ensemble de cet écosystème qui doit se mettre en marche.
Jean-Marc Scolari
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