Derrière l'Intermarché de Soorts-Hossegor, sur un sentier sableux qui s'enfonce dans la pinède, trois membres du collectif Stop THT 40 essaient d'anticiper les dégâts. T-shirt du collectif sur le dos, Corinne Lesgourgues écarte les bras, utilisant son envergure comme valeur d'échelle. « S'ils ont besoin de trois à quatre mètres pour faire passer les câbles, ici ils ne les ont pas. Ils vont forcément abîmer ce qui est classé ! »
Elle s'inquiète du sort de ces parcelles classées « Espace boisé classé de la Loi Littoral », la réglementation la plus stricte. Pour les trois opposantes, cette zone du tracé révèle également les incohérences du porteur de projet, RTE. Sylvie Fort raconte : « Lors d'une réunion publique, un représentant de RTE me soutenait qu'il n'y avait rien ici, ni supermarché ni résidence. Mais moi, j'y habite ! J'ai dû lui envoyer des photos le lendemain. » L'explication : l'un de leur sous-traitant avait utilisé une carte datant de 1999.
L'anecdote est hautement symbolique, tant RTE peine à convaincre sur le choix du tracé long de 400 km. Initialement, la ligne très haute tension du Golfe de Gascogne était sous-marine entre Gatixa, au nord de Bilbao, en Espagne, et Le Porge, en Gironde, avant de filer en souterrain vers Cubnezais, à proximité de la centrale nucléaire du Blayais. Avec une tension continue de 400.000 volts, le projet de 3,2 milliards d'euros doit permettre de « doubler la capacité d'échange entre les deux pays, en passant de 2.500 à 5.000 megawatts » expose Jérôme Rieu, délégué de RTE Sud-Ouest, tout en « fluidifiant les échanges Nord/Sud en fonction du moment de la journée et du potentiel de production d'énergie renouvelable. » Il est reconnu comme projet d'intérêt commun par l'Union européenne, qui lui a accordé une subvention de près de 600 millions d'euros en 2018.