Santé de demain : quels freins, quels facteurs d'accélération ?

Mikaël Lozano

Mikaël Lozano
Après une matinée consacrée à la présentation de cas concrets innovants, l'après-midi du 7e Forum de santé du Gipso, animée par La Tribune, était dédiée aux facteurs d'accélération ou au contraire, freinant la diffusion de ces innovations. Un plateau de haute tenue avait été réuni pour l'occasion.
Le Professeur Didier Lacombe, cofondateur et aujourd'hui dirigeant du service de génétique médicale du CHU de Bordeaux, a rappelé que la France était en train de combler son retard en matière de génomique. Il a notamment expliqué comment cette structure, qui vient en aide aux patients victimes ou potentiellement victimes de maladies génétiques, travaille sur les maladies rares, des "maladies modèles susceptibles d'ouvrir des brèches vers de nouvelles thérapies pour des pathologies plus communes. Les industriels ont ouvert des départements R&D sur les maladies rares ou sont très demandeurs de collaborations sur ce sujet." Grâce à cette génétique médicale, l'objectif final est d'aller vers une médecine plus personnalisée, plus précise en tout cas. Principal point faible identifié par le praticien :
Alors que parallèlement, le grand public montre un intérêt grandissant pour la manière dont il est soigné et que l'information circule dans le monde entier...
Les intervenants lors de la table ronde (crédit photo Gipso)
Liberto Yubero, représentant l'Institut Pierre-Fabre et président du pôle de compétitivité Cancer-Bio-Santé, a développé un point de vue rejoignant celui du Professeur Lacombe : les patients sont de plus en plus influencés par les usages numériques. Conséquence directe : très informés, et pas toujours très bien, "leur niveau d'exigence augmente vis-à-vis des professionnels de santé. Transformation des modèles de relations et de communication avec les patients, remise en cause, tous doivent adapter leurs pratiques." Pour les laboratoires, la donne change avec l'émergence de nouveaux acteurs sur Internet, mais aussi de comportements de consommation "classiques" grâce à l'e-commerce. Pour ces labos, "il importe donc de penser relations clients - fournisseurs, être à l'écoute et proactif, améliorer l'information au patient..."
Selon Pascal Leguyader, directeur des affaires sociales, industrielles et affaires générales du Leem, Les Entreprises du médicament, le financement de l'innovation doit être revu. Mais c'est un sujet qui appelle beaucoup de questions et encore bien peu de réponses. Dans tous les cas, le modèle économique des industriels du médicament devra être revu, les "blockbusters" rapportant des milliards devant laisser la place à des produits plus avancés et plus précis sur des marchés bien plus petits. Du sur-mesure qui devra être imaginé et réalisé dans des entreprises où la problématique des ressources humaines va s'intensifier.
Transition toute trouvée pour Manuel Tunon de Lara, président d'une Université de Bordeaux très impliquée dans les questions de santé et s'appuyant entre autres sur un Centre hospitalo-universitaire à la pointe. Rédacteur il y a quelques années d'un rapport sur les besoins de formation en santé, il a insisté sur "l'importance de connecter offres de formation et métiers proposés par les industriels". Parfaitement conscient que les entreprises de la santé sont en passe d'être challengées avec de nouveaux acteurs tels que Google, comme le rappelait plus tôt Pascal Leguyader, les universités peuvent leur apporter une aide dans leurs stratégies d'innovation. Notamment en misant sur "des écosystèmes de recherche de haut niveau, garantissant une grande multidisciplinarité. Il existe une kyrielle d'entreprises qui traitent, parfois en partie seulement, de problématiques liées à la santé. Il est important de valoriser ce vivier innovant."
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Laure Lechertier, directrice associée Affaires gouvernementales et affaires publiques en région de BMS, a décrit la politique innovant de lutte contre le cancer du géant pharmaceutique. Expliquant que "l'innovation bouscule les modèles et les méthodes", elle a particulièrement mis en avant les démarches collaboratives engagées par BMS avec d'autres acteurs de toutes tailles du monde de la santé. Elle s'est notamment appuyée sur l'exemple de Vik-e, illustrant la façon dont le numérique peut influencer le parcours de soins, l'optimiser et comment les industriels peuvent accompagner ce mouvement.
Projet-pilote, Vik-e est né fin 2015 d'une rencontre entre les médecins du Centre Léon Bérard et de l'Institut d'hématologie et d'oncologie pédiatrique de Lyon, d'Awabot, de l'association APPEL et de Bristol-Myers-Squibb. L'objectif : combattre le sentiment d'isolement des enfants hospitalisés en unité protégée car atteints d'un cancer. Le système repose "sur un ordinateur installé dans la chambre de l'enfant et un robot de téléprésence, mobile, installé au domicile de ses parents, à l'école ou sur un lieu d'événement sportif ou culturel".
Le public a participé nombreux au Forum de santé (crédit photo Gipso)
Le Professeur Emmanuel Bussières, chirurgien et directeur de la politique médicale à l'Institut Bergonié, basé à Bordeaux, a cité comme principal facteur d'accélération l'effondrement, déjà sensible et bien plus important dans les prochaines années, du coût de la génétique dans la lutte contre le cancer. Mais au-delà des techniques, il a insisté sur le changement de mentalité nécessaire, selon lui :
Autre frein cité par le praticien, les problématiques d'allocation des ressources :
Enfin Stéphane Hasselot, directeur général de la mutuelle Ociane, basée à Bordeaux, qui intègre le groupe Matmut, a illustré le challenge qui s'impose à l'entreprise :
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