Le centre Broca met Bordeaux au cœur du cerveau (1/2)

Mila Ta ninga

Mila Ta ninga
"La recherche appliquée n'existerait pas sans la recherche fondamentale, et à l'inverse, la recherche fondamentale amène à des applications." Ce postulat de départ est posé par le directeur de recherche à l'Inserm, Erwan Bézard, également directeur de l'Institut des maladies neurodégénératives (IMN) au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et à l'Université de Bordeaux. Un des trois acteurs de cette réussite. Il est accompagné par Pier-Vincenzo Piazza, directeur du Neurocentre Magendie Inserm, coordinateur du projet Bordeaux Neurocampus et par Daniel Choquet, le directeur de l'Institut interdisciplinaire de neurosciences de l'unité mixte de recherche du CNRS et de l'Université de Bordeaux, également directeur de recherche à l'Inserm.
C'est ainsi qu'est née la volonté des chercheurs bordelais de créer un pôle de recherche complet afin de travailler de la recherche fondamentale à la recherche appliquée jusqu'au malade. Un projet très fortement soutenu depuis le début de l'aventure en 2007 par Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine qui a investi pas moins de 67 millions d'euros pour le centre Broca Nouvelle-Aquitaine, inauguré aujourd'hui. Situé en plein cœur du campus de Carreire de l'Université de Bordeaux et jouxtant le CHU, le centre est le point d'orgue de l'ambition du projet. Au total, 650 scientifiques venus du monde entier travaillent sur 30.000 m2 au sein de cette super-structure qu'est le Neurocampus.
Le centre Broca concentre à lui seul 240 scientifiques et regroupe deux instituts majeurs : l'Institut interdisciplinaire de neuroscience (IINS) pour étudier l'activité cérébrale au niveau nanoscopique et au niveau du fonctionnement des réseaux neuronaux, l'Institut des maladies neurodégénératives (IMN) pour la recherche fondamentale, pré-clinique et clinique, mais également une partie du Bordeaux Imaging Center (BIC). Pour travailler de l'infiniment petit aux comportements normaux ou pathologiques, le bâtiment est directement relié au Neurocentre Magendie et à la plateforme Génomique fonctionnelle. Cet écosystème permet d'optimiser les interactions entre les différents corps de métiers.
Pour créer cette synergie, le centre Broca collabore main dans la main avec l'Institut des neurosciences cognitives et intégratives (INCIA), le NutriNeurO, qui s'intéresse au rapport entre la neuroscience et la nutrition, le SANPSY, qui fait des recherches sur le sommeil ou encore l'addiction et la neuropsychiatrie.
Ces instituts sont complétés par l'Université de Bordeaux, le CNRS, l'Inserm et l'Institut nationale de la recherche agronomique (Inra). Sans compter sur le laboratoire d'excellence, Brain (Bordeaux Région Aquitaine initiative for neurosciences), l'école internationale des neurosciences (Bordeaux School of Neurosciences), une vingtaine de plateformes de recherche et de plateaux techniques et une fédération de recherche.
Neurocampus et le centre Broca sont des atouts maîtres pour faire de Bordeaux un pôle d'attractivité nationale et internationale et ils visent l'excellence. Pas moins.
Neurocampus s'inscrit déjà autour de programmes de recherches uniques, pionniers ou très compétitifs. C'est un des leaders en ce qui concerne la maladie de Parkinson par exemple et la proximité du CHU de Bordeaux apporte un plus aux recherches.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Les chercheurs bordelais sont également à la pointe sur l'étude des mécanismes des maladies psychiatriques, en particulier avec des contributions significatives dans le domaine de la toxicomanie.
Un savoir-faire qui permet aujourd'hui de travailler sur des projets d'envergures et d'attirer les cerveaux du monde entier. Sept à huit équipes venues de l'étranger sont déjà installées au sein de Neurocampus.
Cette attractivité de Bordeaux pour la recherche en neurosciences ne date pas de la mise en place du centre. Cela fait vingt ans que les chercheurs, la Région et les institutions s'efforcent d'offrir des qualités de travail exceptionnelles dans le pays. Il a fallu élaborer de réels business plans, créer un comité de pilotage, convaincre les meilleurs chercheurs de venir, s'équiper entièrement à la pointe de la technologie... Sur les 67 millions d'euros investis par la région, 47 millions ont été dédiés à la construction du bâtiment et 20 millions à l'équipement et à l'accompagnement.
Le Conseil régional estime avoir investi entre 1,2 et 1,4 milliard d'euros dans la recherche depuis 1998.
L'attraction ne se cantonne pas aux scientifiques. Les industriels sont également très intéressés.
De plus, la communauté des neuroscientifiques de Bordeaux a parallèlement entamé une démarche d'ouverture vers le transfert de technologies, autrement dit la valorisation économique des recherches.
Une démarche qui a permis à des chercheurs d'apprendre un nouveau métier et de capter des profils déjà sensibles à cette dualité.
Neurocampus est donc devenu un des fleurons de la recherche en neurosciences connu et reconnu dans le monde entier. Une ambition qui au départ n'était qu'un rêve de quelques chercheurs bordelais.
Mila Ta ninga