Transformation numérique : comment manager (avec succès) la technologie ?

Pierre Cheminade

Book Eco 2018
Agence APPA

Pierre Cheminade

Book Eco 2018
Agence APPA
Pourquoi 60 % des projets de transformation numérique échouent dans les entreprises françaises ? Pour Tiphaine Bichot, directrice générale adjointe d'Athome Solution et directrice générale de TestLAB, c'est d'abord une question de méthode et de communication :
Autre précaution de rigueur : ne pas mettre de la technologie partout sous prétexte que c'est à la mode. "Pour régler un problème, la bonne méthode est d'abord de regarder si quelqu'un ne l'a pas résolu ailleurs, en sourçant des brevets ou des publications scientifiques par exemple", rappelle Michaël Haddad, responsable du pôle optique appliquée et algorithmes de L'Oréal. Et l'intervenant à Kedge Business School de rappeler des fondamentaux : "Couper du beurre avec un laser c'est possible mais est-ce efficace ? Est-ce rentable ? Est-ce que cela permet de concilier les contraintes à la fois des ingénieurs et du service marketing ?" Pour autant Michaël Haddad note l'importance de "juger une technologique pas seulement pour ce qu'elle est mais aussi à l'aune de son potentiel futur".
Sur le terrain du management, François Pellerin, animateur du projet "Usine du futur" au Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, revient sur son expérience de manager lors de la transformation numérique menée chez Turbomeca sur le site de Bordes (64) il y a quelques années :
Ces critères doivent évidemment s'appliquer aussi et d'abord au top management de l'entreprise, comme le rappelle Michaël Haddad, "pour éviter une forme de fascination et d'incompréhension face à la technologie comme cela a pu être le cas pour PSA-Peugeot-Citroën avec le véhicule autonome ou pour Kodak vis-à-vis de l'appareil photo numérique". Et Tiphaine Bichot d'abonder : "Mélanger les strates de l'entreprise ou de l'organisation pour réfléchir à un sujet, c'est toujours très positif. C'est déstabilisant dans un premier temps mais ensuite ça désenclave, ça valorise et ça crée un terreau favorable à l'innovation !"
La transformation numérique est aussi l'occasion de questionner les qualités associées traditionnellement aux startups (l'exploration) et aux grandes entreprises (l'exploitation). "Les grands groupes recherchent de l'agilité et de l'innovation tout en mettant en œuvre un management plutôt castrateur vis-à-vis de l'innovation puisque l'échec empêche de progresser dans l'entreprise", observe Michaël Haddad, qui note toutefois "une prise de conscience récente dans les grands groupes qui veulent favoriser davantage la prise de risque au sein de leurs équipes."
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

A moins que ces grands groupes ne choisissent d'externaliser cette capacité d'innovation en gardant un œil sur les startups prometteuses de leur secteur. C'est la stratégie assumée par Ludovic Favarette, directeur innovation et transformation à la Banque populaire Aquitaine Centre Atlantique, Digital champion BPCE :
Attention cependant à ne pas idéaliser les startups, ni à considérer qu'elles auraient le monopole de l'innovation, prévient Michaël Haddad : "Apple et Google innovent tous les jours et c'est bien Microsoft qui a lancé le casque de réalité augmentée Hololens !"
Toutes ces dimensions ont un impact direct sur la manière de manager les équipes concernées. "Il faut aller vers un management plus collectif qui associe réellement toute l'équipe et pas seulement le responsable du projet", conseille le représentant de L'Oréal, suscitant l'approbation de son voisin François Pellerin : "Pour moi, l'accompagnement et la conduite du changement consistent à confier le projet aux équipes suffisamment tôt pour qu'elles se l'approprient en profondeur et y mettent du leur. Il faut aussi proposer l'aide de psychologues, de sociologues, d'ergonomes pour accompagner le rapport aux robots et aux cobots, les robots collboratifs."
Un projet de transformation numérique doit en effet irriguer tous les services de l'entreprise puisqu'ils seront tous, à un moment ou à un autre, concernés par les nouveaux process. L'innovation proposée au client n'est bien souvent que la partie émergée de l'iceberg, insiste Ludovic Favarette :
Des notions également mises en avant par Tiphaine Bichot, adepte du scrum et du management agile et collaboratif. "Pour lancer un projet de transformation, il faut arriver à transmettre une énergie à l'équipe pour que ce soit ensuite l'équipe elle-même qui fasse vivre cette énergie jusqu'à l'aboutissement du projet. Au-delà de l'aspect technologique, c'est cette logique collaborative pour trouver du sens qui est essentielle."
------------
Tiphaine Bicho, Ludovic Favarette, Michaël Haddad et François Pellerin sont intervenus dans le cadre de la sortie officielle du Book Eco 2018 édité par La Tribune lors d'une soirée organisée en partenariat avec la Banque populaire Aquitaine Centre Atlantique. Le Book Eco classe notamment les 3.500 entreprises les plus puissantes de Nouvelle-Aquitaine en termes de chiffre d'affaires et contient également un top 100 effectifs, un top 100 export, le Palmarès des entreprises qui recrutent sur la métropole bordelaise... Il est disponible chez votre marchand de journaux ou peut être commandé en ligne sur notre site :
À lire également
Pierre Cheminade
Olikrom propulse ses pigments intelligents dans l’aéronautique et la défense
Batteries implantables chez l'humain : Fineheart pilote un programme européen stratégique
Dans le laboratoire de Dionymer, rencontre avec les bactéries du bioplastique
Déserts médicaux : dans le bus qui part à la rencontre des patients isolés en Gironde