Cité numérique : où en est-on à deux gros mois de l'ouverture des premiers espaces ?

Mikaël Lozano

Cité numérique Bordeaux Bègles
Chemetoff_CollectionPaysage

Mikaël Lozano

Cité numérique Bordeaux Bègles
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Parfois qualifié de serpent de mer, le dossier de la Cité numérique semble cette fois vouloir déboucher. Après une succession de retards repoussant la livraison de deux ans par rapport au plan initial, une première tranche de 3.500 m2 sera livrée tout début juin, autour du 4 ou du 5. Elle accueillera quelques structures qui ont très rapidement besoin de bureaux, avant une 2e vague d'entrées dans le courant de l'été. La 2e tranche de la Cité numérique sera livrée plus tard, au 2e trimestre 2019.
Née de la reconversion d'un ancien centre de tri postal, la Cité numérique est destinée à devenir sur 27.000 m2 le "totem" de l'économie numérique de Nouvelle-Aquitaine, en y accueillant des entreprises plus ou moins matures, des écoles... Installée à Bègles, voisinant Bordeaux, elle est située sur le périmètre de l'opération d'intérêt national Bordeaux Euratlantique, gigantesque mécano urbain de 738 hectares à cheval sur 3 communes, Bordeaux, Bègles et Floirac, qui vise à refondre tout le périmètre situé autour de la gare Saint-Jean. Le dossier est entre les mains de l'établissement public d'aménagement (EPA) Bordeaux Euratlantique, présidé par Virginie Calmels, première adjointe au maire de Bordeaux et vice-présidente de Bordeaux Métropole, et dirigé par Stéphan de Faÿ. L'EPA en est le maître d'ouvrage et le promoteur, ayant pour mission de céder en blocs les différents espaces avant de s'en retirer. 41 millions d'euros y ont été injectés.
Le nom du repreneur de l'ensemble a déjà été dévoilé par La Tribune : il s'agit de la société d'investissement immobilier Foncière des régions. Propriétaire des lieux dès qu'ils seront livrés, Foncière des régions ne souhaite pas prendre la parole sur le sujet avant 2019 mais a annoncé récemment aux parties prenantes sa volonté d'y créer un espace de coworking de 3.000 m2 sous la marque qu'elle vient de lancer, Wellio.
Très concrètement, "l'offre d'accueil des entreprises sera assez large, depuis le bureau nomade jusqu'aux salles fermées, poursuit Stéphan de Faÿ. Deux rues ont été pensées pour que les gens se croisent. Le restaurant de 400 m2 sera la porte d'entrée de la Cité et sera connecté à l'espace de coworking de Foncière des régions, qui sera propriétaire des deux. Le lieu se veut ouvert à tous." Une gamme de services allant de la crèche (opérée par La Maison bleue) à la conciergerie sera également déployée. "A ce jour environ 70 % des espaces destinés aux différentes entreprises sont commercialisés", ajoute Stéphan de Faÿ, pas inquiet. "Il nous reste deux grosses surfaces que nous n'avons pas divisées pour pouvoir répondre à des demandes importantes en m2, et quelques petites coques."
Au moment de savoir qui sera le vrai "patron" de la Cité et quel en sera son pilotage assurant la lisibilité de l'ensemble, les choses se compliquent un tantinet. Les tensions ont déjà été fortes dans le passé autour de French Tech Bordeaux entre la Région et la Métropole, encore accentuée par la période des élections régionales qui ont opposé Virginie Calmels et Alain Rousset fin 2015. Le risque, pointé par de nombreux observateurs, est de voir l'histoire se répéter à la Cité numérique. Le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine a annoncé de longue date avoir confié à la technopole Unitec - qui vient de fusionner au 1er janvier dernier avec l'AEC, l'ex-Agence Europe Communication - l'animation de ses mètres carrés ainsi que l'installation de sa pépinière de startups, l'Auberge numérique. Unitec est en quelque sorte le "bébé" d'Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine. Il en a d'ailleurs longtemps été le président. De son côté, la Métropole songe, selon nos informations, à missionner l'autre technopole locale, Bordeaux Technowest, pour intervenir sur ses propres mètres carrés. Avec le risque que les deux acteurs entrent en concurrence au moment de chercher à attirer les meilleures startups, alors même qu'ils entretiennent de bonnes relations depuis longtemps et travaillent ensemble. Contactées pour s'exprimer sur le sujet, tant Unitec que Technowest ont préféré s'abstenir pour le moment. Signe que personne n'est très à l'aise avec le sujet.
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Sur le fait que les deux technopoles s'impliquent dans la Cité, Mathieu Hazouard se montre clair :
Desservie par le tramway, à 10 minutes de la gare, la Cité numérique va pourtant devoir jouer des coudes pour exister, peut-être plus qu'attendu initialement. A mesure que le projet prenait du retard, le quartier des Bassins à flot, au nord de la ville, prenait du poids en matière de numérique. Les arrivées successives des écoles de Digital Campus, du spécialiste des paris sportifs en ligne Betclic, du studio de jeux vidéo Ubisoft... s'y sont toutes produites, combinées à la présence du géant de l'e-commerce Cdiscount, à mesure que la zone s'aménageait, que les immeubles finissaient de sortir de terre et les commerces fleurissaient. A Bègles, la Cité numérique n'est pas encore capable, et c'est normal, de proposer ni de tels voisins, ni un tel environnement.
Archives photos Agence Appa
Mathieu Hazouard pense, lui, que la Cité numérique a les atouts pour "renverser la hype autour des Bassins à flot. Les choses vont s'équilibrer entre les deux territoires. Pour l'instant, nos interlocuteurs nous disaient : "Vous me vantez la Cité mais j'ai besoin de mètres carrés maintenant, ce que nous ne pouvions pas offrir." Avec l'ouverture, la donne change. Et si les petites entreprises qui s'y installent grossissent, ce qui est le but, elles auront besoin de place."
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Foncière des régions semble du même avis : "Elle a acheté un terrain sur lequel elle pourra développer un immeuble de 8.000 m2, ce qui lui permet de maîtriser l'environnement de la Cité mais aussi de créer une extension ultérieure", esquisse Stéphan de Faÿ.
Mikaël Lozano