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Innovation - La Tribune Bordeaux

"La cobotique est au sommet de la vague"

Photo de Mikaël Lozano

Mikaël Lozano

Publié le 12 septembre 2018 à 12:11 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:33

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Arriver en avance de phase n'est jamais bon, et cet adage maintes fois vérifié aurait pu coûter cher à AeroSpline. La société spécialiste de la cobotique, la robotique collaborative, a toutefois réussi à faire le gros dos et connaît depuis plus d'un an une forte croissance lui permettant de porter ses effectifs à une douzaine de personnes. A quelques jours de l'inauguration de son nouveau site industriel à Bruges, près de Bordeaux, son PDG fondateur Maxime Hardouin fait le point pour La Tribune sur le...

Comment s'est développée AeroSpline jusqu'à présent ?

Maxime Hardouin : La société a été créée en 2011 et a rapidement obtenu le statut de Jeune Entreprise innovante. Nous en bénéficions donc pour la dernière année. Nous avons systématiquement fonctionné en boostrap (sans avoir recours aux levées de fonds, NDLR). Pendant plusieurs années, AeroSpline était composée de 2 ingénieurs et d'une comptable. Nous enregistrons une forte croissance depuis un an et avons quadruplé cet effectif. Nous sommes d'ailleurs en phase de recrutement continu depuis et nous cherchons des électrotechniciens, informaticiens, ingénieurs conception machines spéciales... L'objectif est maintenant d'enregistrer 100 % de croissance chaque année.

Comment l'entreprise a-t-elle surmonté les difficultés de 2013 - 2014 ?

Nous avons modifié notre positionnement de manière à ne plus être sous-traitants ingénieristes, qui sont toujours les premiers à trinquer quand les crises arrivent. J'ai découvert à ce moment-là la cobotique et plus précisément les robots Universal Robots (fabricant danois de petits bras de robots collaboratifs industriels flexibles, NDLR). En 2014, 1.000 cobots de ce type étaient installés chez les industriels dans le monde, aujourd'hui, le chiffre a grimpé à 30.000. AeroSpline a changé de positionnement pour devenir un intégrateur complet de solutions cobotiques à destination des industriels, notamment dans l'aéronautique. La cobotique vise à aider les opérateurs à accomplir certaines tâches difficiles ou répétitives et fatiguantes. Cela nous a aussi demandé d'ouvrir l'entreprise à de nouveaux profils. Nous avons par exemple embauché une anthropologue ! Nous faisons également partie des rares entreprises françaises certifiées Universal Robots Monde. Le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine et de la technopole Unitec nous a aussi été précieux.

"Au sommet de la vague"

Quel est votre regard sur l'évolution de la robotique et de la cobotique ces dernières années, et comment envisagez-vous l'évolution de ces marchés ?

Dans l'industrie, nous sommes passés de l'ère de la machine spéciale, très onéreuse, à celle de la robotique et nous arrivons maintenant à celle de la cobotique, où le robot travaille de concert avec l'humain. La robotique, c'est comme le tramway : un système construit par des experts et conduit par des experts. La cobotique, c'est la voiture individuelle : construite par des experts mais pilotable par tout un chacun. Le sujet vise à répondre aux problématiques que l'on constate chez les grands industriels comme dans les ateliers d'artisans : pénibilité, fatigue, attractivité du travail. La vague arrive maintenant : nous sommes au sommet.

Comment expliquez-vous que la situation bascule aujourd'hui ?

C'est la conjonction d'une offre qui s'est étoffée, d'une communication renforcée sur le sujet, d'une baisse des coûts avec des cobots autour de 100.000 euros quand les machines spécialisées coûtaient 1 à 2 millions d'euros avant, et d'une image qui a évolué et qui se rapproche de l'ordinateur de bureau, que l'on trouve partout. Mais la diffusion de la cobotique est encore très confidentielle : nous ne sommes qu'au début de l'histoire.

Vous distinguez aussi "vrais" et "faux" robots ?

Je ne vais peut-être pas me faire des amis mais oui, le distingo est important. Un robot prend de la matière et l'assemble, il agit sur son environnement. Contrairement à d'autres produits qui sont appelés robots par leurs concepteurs mais qui sont en réalité des interfaces numériques pouvant par exemple orienter les passants dans une gare, et qui n'ont rien à voir avec la mécatronique.

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De grand débats traversent la société actuellement et concernent l'intelligence artificielle, qui menaceraient la destruction de millions d'emplois. Que penser, sous ce prisme, du développement de la robotique et de la cobotique ?

Je distingue déjà travail et métier. Un travail, c'est par exemple placer des produits dans une caisse sur une chaîne d'emballage, ça ne nécessite pas de compétences particulières. Le métier, lui, fait appel à un savoir-faire. La France est faite de PME qui ont survécu grâce à ces savoir-faire non délocalisables. Mais elles peinent à recruter, notamment parce qu'on oriente peu les jeunes dans ces directions. La France est saturée en charge de production industrielle, au regard de sa capacité actuelle en moyens, usine et personnel. Un cobot a le gros avantage de pouvoir faire deux journées en une : démarrer à 6 heures du matin avec la première équipe et finir en même temps que la 2e équipe. Le chiffre d'affaires additionnel potentiel est énorme. Est-ce que robotique et cobotique vont supprimer des millions d'emplois ? Le travail à la chaîne est éminemment remplaçable, oui, mais il faut voir la cobotique comme de nouveaux appareils métier. Les ordinateurs portables que l'on utilise au quotidien ont-ils supprimé beaucoup d'emplois ? Quelques-uns mais très peu finalement.

Des freins doivent-ils encore être levés pour que la cobotique se développe plus avant ?

Nous faisons aujourd'hui beaucoup de solutions sur-mesure. On n'est pas encore dans du prêt-à-porter, plutôt dans du tailleur haut de gamme. Mais la démocratisation est en marche. L'un des principaux freins, en dehors des coûts, est la législation qui aurait besoin d'être assouplie. Il faudrait qu'elle puisse permettre à un cobot de bouger et de changer d'activité plusieurs fois dans la journée, pour maximiser son utilité.

Les robots humanoïdes "médiatiques" comme Atlas de Boston Dynamics, qui n'ont rien à voir avec des outils métiers mais qui enregistrent des millions de vues sur Youtube en générant un mélange d'admiration et d'inquiétude, contribuent-ils à l'essor du secteur ou lui nuisent-ils ?

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Je ferai un parallèle avec le cinéma. Les films d'horreur génèrent des peurs bien sûr, mais aussi de l'attraction, notamment chez les jeunes générations. Tout ceci contribue à l'acceptabilité de la robotique, j'aurai donc tendance à dire que c'est une bonne chose. Mais ça nous ramène aussi à d'autres questions liées à la science, notamment à la toxicité potentielle des travaux des ingénieurs et scientifiques.

Mikaël Lozano

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