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Innovation - La Tribune Région Sud

La technique de Géocorail pour lutter contre l'érosion des littoraux

Photo de Laurence Bottero

Maëva Gardet-Pizzo

Publié le 07 novembre 2018 à 17:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:20

Géocorail

Géocorail

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Installée à Marseille depuis 2016, la startup développe des solutions pour protéger les littoraux et ouvrages maritimes de l’érosion. Après s’est consacrée essentiellement à la recherche, elle vient d’entrer dans une phase de commercialisation de ses produits et services.

En bonne aventure maritime, Géocorail naît d'une légende. Un jour en Bretagne, un groupe de spécialistes de la protection de pipelines chez GDF travaillent sur l'atterrage de câbles qui alimentent en électricité Belle-Île-en-Mer. Surpris par un vent soudain et obligés de quitter les lieux, ils jettent, dans la précipitation par-dessus bord une anode traversée par de l'électricité. Quelques temps plus tard, il leur est demandé s'ils sont les responsables des trois brouettes de ciment jetées à l'endroit même où ils ont laissé l'anode.

C'est de cette découverte que naît le cœur des activités de Géocorail. On immerge une grille métallique et on connecte un générateur électrique à une anode dans l'eau. Grâce à l'électrolyse, on obtient une sorte de ciment naturel qui agglomère les éléments déjà présents en mer, coquillages, sable et autres tessons de bouteilles. Au bout de plusieurs mois - 6 à 24 - un béton naturel s'est constitué. Il permet ainsi de consolider les ouvrages maritimes et de lutter contre l'érosion. Une solution peu coûteuse et respectueuse de l'environnement puisqu'elle utilise les minéraux déjà sur place.

Géocorail est créée en 2012 et suscite l'intérêt d'un fonds d'investissement qui renouvelle sa confiance deux ans plus tard. Elle ne compte alors qu'un salarié, à Marseille, mais est enregistrée à Paris. En 2016, le fonds  investit à nouveau deux millions d'euros. Une demi-douzaine de salariés est alors embauchée et l'entreprise déménage dans la Cité phocéenne. Elle occupe également un laboratoire sur le site de Fos.

"L'un des usages concerne les épis en enrochement, autrement dit, les digues", explique Philippe Andreani, directeur général de l'entreprise. A cause de divers phénomènes, un bloc peut se détacher, déstabilisant l'ensemble de la structure. L'idée est alors de renforcer, grâce au ciment naturel, la couche inférieure de la digue. L'expérience est réalisée en grandeur nature à Yves, en Charente-Maritime, lors de la construction du prolongement d'une digue frappée par la tempête Xintia. Si l'installation a été posée en 2016 et alimentée en mars 2017, il faudra attendre encore plusieurs années pour juger de sa solidité.

Entrée en phase de commercialisation

Autre usage : les sujets anti-affouillement. "Lorsque des choses sont posées sur le sable celui-ci se creuse en dessous. Ce peut être le cas avec un quai". Mettant en danger ces ouvrages construits sur l'eau. Géocorail peut alors combler la zone et la renforcer. Et c'est dans ce domaine que la société a obtenu son premier contrat commercial, avec le Port militaire de Toulon.

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Une fierté pour l'entreprise, d'autant que "le domaine maritime est très conservateur" et "les appels d'offre publics sont très précis. S'il n'est pas écrit qu'une variante innovante est admise, on ne peut pas répondre". Pour changer la donne, "nous avons rencontré les assistants à maîtrise d'ouvrage, afin qu'ils nous connaissent en amont".

Car après des années consacrées à la recherche, l'année 2018 marque l'entrée dans une phase de commercialisation. Un commercial a ainsi été embauché fin 2017. Le but : atteindre l'équilibre d'ici un an et demi grâce à un chiffre d'affaire de 1,5 à 2 millions d'euros. Ce qui permettra ensuite de lever de nouveaux fonds et de penser un développement commercial accru, vers les Etats-Unis ou les pays du Golfe.

Pour y parvenir, la société souhaite désormais "répondre à des projets de plus en plus gros". Ce qu'elle a déjà commencé à faire, en France métropolitaine et dans le Pacifique.

La perspective des géotextiles

Mais Géocorail ne délaisse pas la recherche pour autant, travaillant main dans la main avec plusieurs écoles et universités françaises.  Au total, trois brevets ont été déposés, trois autres devraient suivre prochainement. Actuellement, la start-up planche sur une alimentation électrique autonome de ses structures. Des prototypes ont été réalisés et un brevet est en cours de rédaction. Elle s'intéresse également beaucoup au développement de géotextiles.

Ces tissus un peu rêches sont souvent enroulés sous forme de tubes et remplis de sable pour réduire la force des vagues afin de protéger les côtes. "L'inconvénient de ces textiles, c'est qu'ils sont relativement fragiles. Si un bateau passe avec une hélice ou qu'un pêcheur au harpon y plante sa flèche, le sable part. Alors nous, nous voulons incorporer des fibres métalliques à ces tissus pour lancer le processus et avoir un sable qui se durcit". Pour les prochaines années, ces géotextiles seront "un sujet majeur qui ouvrira un marché sans commune mesure", parie Philippe Andreani.

Un marché immense du fait de l'ampleur du problème de l'érosion des littoraux, d'autant plus menaçant du fait du réchauffement climatique. "En Floride par exemple, on assiste à une montée du niveau des eaux couplée à une baisse de celui de la terre à cause du pompage intensif des nappes phréatiques. Résultat : lors des grandes marées, la ville est sous 5 cm d'eau". D'après le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), la mer devrait monter d'un ou deux mètres d'ici la fin du siècle. S'ajoute à cela une urbanisation croissante des côtes. Faute de pouvoir changer la donne, Géocorail espère, à son échelle, "être un outil dans une boite à outils qui en a bien besoin".

Maëva Gardet-Pizzo

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