Geev, un modèle à consolider autour du don d'objets

Mikaël Lozano

Geev
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"On a planché avant sur plusieurs projets, mais Geev est le premier qui sort de la cave." Hakim Baka sourit. Assis à côté de son acolyte Florian Blanc dans les bureaux de la société, le fondateur de Geev n'élude pas qu'il s'est cassé les dents sur d'autres sujets par le passé. Diplômé de ce qui deviendrait Kedge Marseille quelques années plus tard, il a d'abord travaillé dans la publicité digitale, en régie notamment, en France et à l'international, particulièrement au Canada. Florian Blanc, lui, a enchaîné école de commerce puis des postes chez EY et Mazars dans l'audit et le conseil. "On se connaît depuis très longtemps, grâce à des amis communs. Et nos profils se complètent bien." Hakim Baka confesse volontiers un esprit d'entreprise qui l'a poussé à imaginer ou collaborer sur plusieurs projets. Sans forcément réussir à faire émerger ces tentatives.
Geev est en fait le "cousin" d'un projet sur lequel collaborait Hakim Baka, dédié à la réparation d'objets. Rapidement, l'idée de lancer un groupe sur Facebook, consacré au don cette fois, germe dans sa tête. Le groupe Adopteunobjet naît ainsi à Paris et fait tache d'huile, au fur et à mesure qu'il s'étend à d'autres villes, devenant de plus en plus chronophage. Le principe est limpide : vous avez un objet chez vous dont vous ne voulez plus ou dont vous n'avez plus l'utilité, vous déposez une annonce et vous choisissez ensuite qui, parmi les "candidats" qui se manifestent, en sera le nouveau propriétaire. Le tout sans qu'aucune des parties ne débourse le moindre centime. "On validait tous les nouveaux membres, toutes les offres. J'ai fini par comprendre que tant que je ne m'y mettrais pas à temps plein, ça ne décollerait pas", résume Hakim Baka, rapidement rejoint par Florian Blanc.
Le duo décide de s'émanciper de Facebook en créant une application mobile dédiée et de changer de nom en optant pour Geev, qui fonctionne parfaitement à l'international. Une stratégie risquée, tant les réseaux sociaux ont tendance à garder captifs leurs utilisateurs.
Geev compte aujourd'hui 1,5 million d'utilisateurs et a enregistré 800.000 dons l'an passé, un total multiplié par quatre. Les objets de décoration et les accessoires de maison comptent pour un quart des dons, devant les vêtements et produits textiles, les articles pour bébé et les jouets... Mais la startup a aussi vu des annonces plus originales passer : robe de mariée, timbres de collection, moto des années 60... Les groupes Facebook perdurent et comptent leur lot d'irréductibles. Pour toucher une tranche d'âge plus âgée, Geev se décline aussi depuis novembre dernier en une plateforme classique sur Internet.
Le modèle économique, lui, n'avait rien d'évident sur une plateforme où rien n'est marchand. La vente d'espaces publicitaires s'est imposée rapidement, de par le vécu professionnel d'Hakim Baka mais pas que. "Les utilisateurs reviennent très souvent et passent en moyenne 8 minutes par session en consommant beaucoup de pages à chaque fois », précise Florian Blanc. Le temps d'exposition est donc "monétisable" pour la startup, qui commence à aller chercher des campagnes de communication en direct auprès des annonceurs. Mais ses dirigeants sont conscients de la nécessité de s'appuyer sur un portefeuille de modèles. Ils ont donc créé une version payante de l'application, permettant par exemple de répondre à davantage d'annonces ou de bénéficier d'alertes lorsqu'un produit recherché est proposé au don. Il restait à l'expliquer à des utilisateurs pour la plupart rompus à l'ère du "tout-gratuit" sur Internet :
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Sans abandonner le marché français, où tout est encore à construire, les dirigeants de Geev regardent aussi vers l'international : "En France, on est les rois de la gratuité des services publics, au sens où ils sont inclus dans une batterie d'impôts. Dans beaucoup d'autres pays, ce type de services est payant à l'instant T où on en a besoin. A Londres, pour se débarrasser d'un canapé, il faut payer pour faire venir les encombrants." Un premier pas a été franchi au Canada, avec la création sur place d'une filiale. Toronto est notamment en ligne de mire, mais Geev vise aussi d'autres horizons : "Il n'y a ni barrières culturelles, ni de concurrence d'entreprises sur la question du don. Les associations caritatives n'en sont pas non plus car elles sont loin de tout reprendre ou revendre." Le triplement du nombre d'utilisateurs est inscrit parmi les objectifs de 2019.
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Mikaël Lozano