Daphné Marnat, quand les sciences sociales rencontrent la technologie
Maëva Gardet-Pizzo
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Elle cite Lévi-Strauss comme elle parle d'intelligence artificielle, de culture d'entreprise et d'objets connectés. Tout en sourire et en pédagogie.
Anthropologue de formation, Daphné Marnat a toujours milité pour porter la voix des sciences sociales jusqu'aux entreprises, son terrain d'exploration. Déjà à l'université Paris Descartes, elle suit un magistère qui la forme à une anthropologie concrète, appliquée, destinée à être utilisée sur le marché. Lorsqu'elle entre en doctorat, les thèses Cifre n'existent pas encore. Elle parvient néanmoins à mettre sur pied un partenariat avec le fabricant de jouets Lego. Mais les relations entre recherche et entreprises ne sont pas encore des plus simples et le projet est interrompu avant son terme. La jeune femme décide alors de quitter le monde académique et rejoint un cabinet de conseil qui propose de l'accompagnement aux marques.
Pendant six ans, elle explore un nouveau monde, celui des entreprises. « Je m'y suis plongée sans me trahir, toujours dans un dialogue entre monde académique et marché ». Dialogue pas toujours facile à instaurer, reconnaît-elle.
Une fois qu'elle pense avoir suffisamment de cartes en main, elle fonde Twisting, son propre cabinet d'aide à l'innovation. « Quand on conçoit un produit, un service, on le fait avec ce que l'on est et une certaine culture d'entreprise. En face, on s'adresse à des clients, des utilisateurs qui n'ont pas la même culture, qui ont leurs propres habitudes, leur propre lecture du marché. Nous aidons les entreprises qui innovent à comprendre la culture et la vision de leurs clients, comme Lévi-Strauss lorsqu'il se rend en Papouasie. Ce qu'il analyse, c'est l'écart entre la culture qu'il découvre et la sienne ». Observer l'écart. Ne pas donner de conseils mais définir un terrain de jeu et pointer les éventuels pièges et difficultés. Voilà la mission de Twisting.
Parmi ses clients, elle compte de grands groupes comme Bouygues Telecom, Bel (La Vache qui rit), Coyote ou encore la SNCF. Selon elle, les entreprises sont conscientes de ce que peut leur apporter l'anthropologie et internalisent de plus en plus ce type de compétences. Mais elles ont parfois du mal à trouver les experts qu'il leur faut. « C'est un métier peu connu, un peu dénigré ». Les étudiants en anthropologie ayant assez rarement pour projet de travailler pour des sociétés privées.
Maëva Gardet-Pizzo