Alors que le lithium est un métal crucial de la transition énergétique, la PME originaire du Vaucluse avance ses pions face à la concurrence internationale.Petit, mobile, léger, le lithium est un matériau crucial de la transition écologique. Autrefois utilisé en verrerie et céramique, il est désormais utilisé à 71% (contre 23 % en 2010) pour le fonctionnement de batteries, indispensables à l'électrification des usages et au stockage d'énergie. De sorte qu'entre 2010 et 2020, la production mondiale de lithium a été multipliée par trois, atteignant 82 000 tonnes en 2020. Et les besoins sont colossaux. Ainsi, selon l'Agence internationale pour l'énergie, la consommation de ce matériau pourrait atteindre 800 000 tonnes en 2040 pour le seul marché des véhicules électriques, dans une trajectoire de développement durable.
Au global, on estime que la demande de batteries lithium-ion sera multipliée par 35 à l'horizon 2030.
Mais la ressource en lithium n'est évidemment pas infinie. Et même si la ressource semble a priori supérieure aux besoins et que le manque est évité grâce au recyclage et à la sobriété, des risques se posent en matière de souveraineté alors que cinq majors dominent le marché : Albermarle et Livent aux États-Unis, SQM au Chili, Ganfeng et Tianqi en Chine ; la Chine occupant une place prégnante dans la maîtrise de cette ressource.
Mais dans cette course de mastodontes, quelques petits acteurs tracent leur sillon, à l'image du groupe Eurodia (85 salariés), installé dans le Vaucluse.
De l'agroalimentaire à la transition énergétique
Fondé en 1997, le groupe a pour spécialité la purification de liquides de toutes sortes, en particulier au service de l'industrie agroalimentaire. C'est dans le courant des années 2000 qu'il se penche sur les enjeux de la transition écologique, et en particulier sur la chimie du lithium : extraction, purification, raffinage et recyclage. Où il se distingue des procédés d'extraction classique.
Plutôt que d'opter pour une extraction minière ou fondée sur l'évaporation des salars - sorte de déserts de sel -, Eurodia mise sur des installations DLE, ou extraction directe du lithium. Une pratique encore assez peu répandue. « Nous utilisons un solide qui joue le rôle d'éponge n'absorbant que le lithium », décrit Mathieu Bailly, président d'Eurodia. L'opération est assez gourmande en eau - le groupe travaille à réduire cette consommation et à remettre les eaux utilisées en circuit -, mais elle a la vertu de ne pas nécessiter de produits chimiques, de ne pas émettre de CO2 et de consommer très peu d'électricité.