Cancérologie : du laboratoire public au marché
Maëva Gardet-Pizzo
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
Maëva Gardet-Pizzo
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
« Nous voulions emmener nos découvertes jusqu'aux patients. C'est le rêve de tout chercheur », assure Maeva Dufies. Docteure en biologie, elle travaille depuis sept ans avec Gilles Pagès (directeur de recherche à l'INSERM et responsable d'équipe au sein de l'IRCAN) pour « développer des traitements anti-inflammatoires et anti-angiogéniques », ces derniers consistant à empêcher que se forment des vaisseaux sanguins qui viendraient alimenter une tumeur.
Au gré d'échanges réguliers entre biologistes et chimistes (dont le directeur CNRS et chef d'équipe à l'Institut de Chimie de Nice Rachid Benhida, ainsi que Cyril Ronco de l'Université Côte d'Azur), ils sélectionnent une petite molécule (baptisée RCT001). Celle-ci a la capacité de bloquer les récepteurs impliqués dans les inflammations et l'angiogenèse, dans le cadre de cancers du rein, de la tête et du cou, en cas de résistance aux autres anti-angiogéniques. La famille de molécules est brevetée et, grâce à l'intervention de la Satt Sud-Est qui permet de sous-licencier ces brevets, la startup Roca Therapeutics est créée en avril 2021, Maeva Dufies y occupant la mission de présidente.
La mission de l'entreprise : repositionner cette molécule (et sa famille) dans le cadre du mélanome uvéal, un cancer de l'œil qui peut avoir de lourdes conséquences. « Après traitement de la tumeur, 30 % des patients développent un glaucome néovasculaire qui nécessitera l'ablation de l'œil et 30 % un mélanome uvéal métastatique qui s'avère létal au bout d'un an, faute de thérapie efficace ». L'idée est alors de traiter le mélanome métastatique en dernier recours (quand les autres traitements ont échoué), mais aussi de prévenir les glaucomes néovasculaires. « C'est une approche complète pour le patient ».
Fraîchement lauréate i-Lab, la société niçoise espère mener à terme ses essais cliniques de phase 1 et 2 d'ici 2025.
Comme Maeva Dufies, ils sont de plus en plus nombreux à endosser un costume d'entrepreneur par-dessus leur blouse de chercheur. Notamment dans le domaine de l'oncologie où les besoins cliniques sont immenses et où la recherche avance à vive allure.
Maëva Gardet-Pizzo