La « reine des intouchables » rêve du pouvoir suprême en Inde

Au c?ur de Lucknow, capitale de l'Uttar Pradesh, grand État au nord de l'Inde, un chantier pharaonique est en cours : la construction sur 50 hectares d'un mémorial consacré aux grandes figures de la lutte pour les droits des « dalits », c'est-à-dire des intouchables. Colonnades monumentales, marbre à perte de vue, rangées d'éléphants géants, statues en bronze de 5 ou 6 mètres de haut : le chantier coûte 300 millions d'euros selon les estimations les plus basses, et peut-être beaucoup plus. À quelques kilomètres de là, les villages occupés par les dalits étalent leur misère : pas d'eau, pas d'électricité, des égouts à ciel ouvert que des femmes et des enfants nettoient à la main? Bienvenue dans l'État de Mayawati, la « reine des dalits ».C'est en partie dans l'Uttar Pradesh que vont se décider les élections générales en cours en Inde. L'UP, comme on dit ici, est un État clé : comptant 190 millions d'habitants, il envoie à lui seul 80 des 543 députés du Parlement national. Autant dire que les partis politiques s'y bousculent. L'UP est la place forte historique du parti indépendant SP et abrite les fiefs personnels de la famille Gandhi où Sonia, leader du parti du Congrès au pouvoir, et son fils Rahul seront réélus sans problème. Mais le Congrès, tout comme le principal parti national d'opposition, le BJP, ne sont pas fortement implantés dans l'UP.parcours exceptionnelCe qui singularise vraiment l'Uttar Pradesh, c'est le BSP, le parti des intouchables dirigé par Mayawati. Cette « dame de fer » issue de la caste la plus défavorisée du système social indien dispose depuis deux ans de la majorité absolue dans l'assemblée de l'État, dont elle est devenue Premier ministre. Un parcours déjà exceptionnel, donc, mais dont Mayawati ne se satisfait pas : la « reine des dalits » vise beaucoup plus haut. « Mayawati Premier ministre de l'Inde ? Je serais fou de joie ! » Comme la plupart de ses homologues, ce dalit qui travaille dans une échoppe misérable des environs de Lucknow rêve de voir un membre de la communauté accéder au pouvoir suprême, au nom de la réhabilitation d'un groupe social opprimé pendant des millénaires.Les espoirs de Mayawati, qui n'a fait alliance avec personne pendant la campagne électorale, reposent sur un pari : que le Parlement issu des urnes le 16 mai soit tellement fractionné que ni le Congrès ni le BJP ne puissent constituer une coalition de gouvernement. Dans cette hypothèse, et si elle réussit à faire élire suffisamment de députés sous sa bannière, Mayawati apportera son soutien à qui voudra. Le prix : que ce soit elle qui dirige cette coalition.Le pari est loin d'être gagné. Curieusement, ses chances de succès sont jugées nettement meilleures vues de New Delhi que sur place. « Elle peut parfaitement obtenir 45 députés, ce qui la rendra très puissante », estime Sankarshan Thakur, analyste politique au « Telegraph », à Delhi. « Elle n'obtiendra pas 30 députés », lui répond son confrère M. Hasan, de l'« Hindustan Times » à Lucknow.Bien loin de l'enthousiasme des dalits, l'éventualité de voir Mayawati accéder au pouvoir suprême fait en tout cas trembler les intelligentsias partout dans le pays. Car dire que le personnage est controversé est un euphémisme. On lui reproche sa brutalité, sa mégalomanie, illustrée par son goût pour l'édification de statues d'elle-même, son inefficacité dans la gestion de l'Uttar Pradesh, l'un des États les plus pauvres de l'Inde. Et de nombreuses questions sont posées sur sa considérable fortune qui vient entièrement, selon elle, des cadeaux reçus des militants de son parti?n

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