170 milliards de barils dans les sables L'Alberta, province ...

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170 milliards de barils dans les sables L'Alberta, province canadienne, dispose des deuxièmes réserves de pétrole au monde. Mais exploiter ces sables bitumineux coûte cinq fois plus cher que pour le pétrole normal.« Du beurre de cacahouète tout juste sorti du frigo. » Telle est la texture du bitumen, un pétrole lourd extrait des sables bitumineux de l'Alberta. Cette province du Canada, vaste comme la France et le Benelux réunis mais peuplée de seulement 3,6 millions d'habitants, pourrait jouer un rôle majeur sur la scène pétrolière mondiale au cours des prochaines décennies. Car elle dispose des deuxièmes réserves de pétrole auditées au monde, derrière l'Arabie Saoudite. Elle « est assise sur un trésor incroyable, puisqu'elle dispose d'assez de pétrole pour répondre aux besoins du Canada pour cinq siècles, avec des réserves auditées de plus de 170 milliards de barils », plaidait récemment le Premier ministre de la province, Ed Stelmach, lors d'une conférence organisée par Academy & Finance à Genève.Contrairement au pétrole conventionnel, qui dort dans des gisements souterrains exigeant un important travail d'exploration, celui de l'Alberta se trouve sous la surface, pris dans les sables. Son exploitation est pourtant beaucoup plus onéreuse que celle de l'or noir conventionnel. Il faut en effet séparer le pétrole du sable avec de la vapeur d'eau, puis rehausser sa qualité pour obtenir un produit synthétique susceptible d'être raffiné. Un procédé très gourmand en énergie, puisqu'il faut brûler l'équivalent d'un baril de pétrole pour en produire six. Les investissements à consentir sont également colossaux, cinq fois plus importants en moyenne que pour du pétrole conventionnel.La chute spectaculaire des cours ces derniers trimestres a conduit de nombreux pétroliers présents dans l'Alberta (Shell, Suncor, Petro Canada, Total, Statoil) à différer leurs projets de développement. Un choix renforcé par l'explosion des prix des services parapétroliers. Les sables bitumineux de l'Alberta n'en sont pas moins une priorité affichée de nombreuses compagnies, comme Shell ou Total. Avec la crise, la demande de pétrole a décroché. Mais la demande repartira inéluctablement à la hausse avec le retour de la croissance dans les pays développés et l'élévation du niveau de vie dans les pays émergents. En janvier 2009, il s'est pour la première fois vendu davantage de voitures en Chine qu'aux États-Unis.Dans ce contexte, les prix devraient vite remonter. Total estime que la production mondiale de pétrole devrait plafonner autour de 95 millions de barils par jour contre 83 millions aujourd'hui. « L'accroissement de la production de pétrole conventionnel fait face à deux difficultés majeures, la première d'ordre géologique et la seconde d'ordre géopolitique, souligne le directeur de la stratégie du groupe français, Jean-Jacques Mosconi. Le déclin des champs matures (mer du Nord, États-Unis onshore) se conjugue à l'accès restreint pour les groupes internationaux aux zones où les ressources en hydrocarbures sont les plus importantes, au Moyen-Orient en particulier, mais aussi dans des pays comme le Mexique. »« Il va falloir mettre en production 60 millions de barils supplémentaires d'ici à 2030 », estime Michael Wihbey, patron de la société de conseil Gwest basée à Washington. La montée en puissance des pétroles non conventionnels (sables bitumineux, pétrole extralourd du Venezuela) est inéluctable. Parmi les nouveaux producteurs (Afrique de l'Ouest, Venezuela), l'Alberta est clairement celui qui offre le plus gros potentiel. » Mais son développement exigera des investissements colossaux. Pour l'ancien ministre de l'Énergie de l'Alberta, Murray Smith, « 200 milliards de dollars seront nécessaires pour porter la production de pétrole bitumineux de 1,5 million de barils par jour aujourd'hui à 3,2 millions en 2017 et 200 milliards seront encore nécessaires pour la porter à 5 millions en 2030 ».L'Alberta doit aussi faire face aux vives critiques des écologistes. Chaque baril produit dans la province émet 15 % de CO2 de plus qu'un baril produit ailleurs. L'Alberta va investir 2 milliards de dollars dans la séquestration de CO2. « Les sables bitumineux ne sont responsables que de 5 % des émissions de gaz à effet de serre du Canada, la moitié des émissions d'une ville comme Hong Kong », plaide Ed Stelmach, qui n'a « jamais entendu quelqu'un évoquer la fermeture de Hong Kong ». nXavier HarelJiri REZAC/REA

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