Michelin, dix ans après

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Pas facile, lorsqu'on s'appelle Michelin, d'annoncer des suppressions de postes en France. Le sujet reste très sensible au sein du groupe clermontois. En septembre 1999, voilà dix ans donc, un patron de 36 ans nommé Édouard Michelin avait suscité un immense émoi en annonçant, à quelques minutes d'intervalle, une hausse de 20 % de ses bénéfices et la suppression en trois ans de 7.500 postes en Europe. À quelques jours de la fête de « L'Humanit頻, il venait de fournir un slogan ? « non aux licenciements boursiers?! » ? qui serait repris en boucle durant des mois. Le jeune dirigeant s'était défendu. Dénonçant l'amalgame entre « suppression de poste » et « licenciement ». Mettant en avant le besoin de transparence vis-à-vis des équipes. Et répétant qu'entre 1982 et 1995, le groupe avait supprimé 25.000 postes en France, en limitant à 89 le nombre de licenciements. Il avait sans doute fini par convaincre. Mais le traumatisme est resté. Chez Michelin, mais aussi chez Danone, vilipendé lui aussi, quelques années plus tard, pour avoir décidé de fermer deux sites malgré de plantureux bénéfices. Dix ans plus tard, c'est donc avec d'infinies précautions que Michelin a annoncé hier son intention de tailler à nouveau dans ses effectifs en France. Il insiste sur ses projets d'investissement, promet deux propositions de reclassement interne à chaque salarié touché, détaille ses perspectives d'embauche pour les années à venir. Et n'en finit pas, donc, de se justifier? La crise sévère que subit l'automobile, avec des chutes de production de 30 % à 40 %, devrait suffire, pourtant, à expliquer ces choix. Mais pour avoir trop mis en avant, durant les belles années, les arguments financiers et la « création de valeur » pour expliquer leurs restructurations, les entreprises ont suscité la méfiance des salariés. Une fois la crise venue, elles se retrouvent prises au dépourvu. noesposito@latribune.fr odile esposito

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