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Le vrai prix de l'influence

La Tribune

Publié le 03 février 2009 à 00:30 - Mis à jour le 03 février 2009 à 00:30

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18 juillet 2026

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Bruxelles, la ville aux 15.000 lobbyistes, a longtemps véhiculé en France les pires fantasmes. Que fait donc cette faune de professionnels de l'influence, dûment accrédités, qui arpentent les allées du pouvoir bruxellois ? À quel prix arrivent-ils à convaincre fonctionnaires et députés ? Que coûte donc d'amender une directive ? Pas facile de répondre à ces questions. Pourtant, depuis l'été dernier, un vent de transparence souffle enfin sur la capitale européenne. On sait désormais que Total dépense officiellement « entre 350.000 et 400.000 euros » par an pour défendre ses intérêts à Bruxelles, soit plus de deux fois moins qu'ExxonMobil.Ces chiffres sont extraits du registre des groupes d'intérêts ouvert il y a tout juste six mois par la Commission. Huit cent quarante-neuf groupes d'intérêts, soit plus de la moitié de ceux qui exercent un lobbying auprès des institutions européennes, se sont prêtés au jeu de la transparence. Parmi eux : 56 consultants, 516 fédérations professionnelles et représentants d'entreprise et 217 ONG (organisations non gouvernementales) et autres « think tanks ». Quand on sait que l'inscription n'est pas obligatoire, ce résultat était inespéré.code de conduiteEn fait, les intéressés ont transformé le registre? en outil de relations publiques. Telefonica, critiqué pour avoir débauché le commissaire européen Martin Bangeman, tenait absolument à être le premier à s'inscrire. Le cabinet français Athenora, lui, a averti de son inscription par communiqué de presse. « C'est aussi dans leur intérêt de gagner en légitimité et en fiabilit頻, explique le commissaire européen Siim Kallas à l'origine du registre. En s'inscrivant, les lobbyistes signent un code de conduite où ils s'engagent à appliquer des « principes d'ouverture, de transparence, d'honnêteté et d'intégrit頻.Business Europe, la confédération des patronats européens, a rejoint le club la semaine dernière. Budget déclaré : 550.000 à 600.000 euros. « Nous disons sans arrêt à nos membres que pour être vraiment efficaces, il faut amplifier notre budget », explique son président Ernest-Antoine Seillière. Pour s'offrir quoi ? « Essentiellement de la matière grise, répond l'ancien patron des patrons français. Il faut appuyer son point de vue sur des éléments convaincants, partir du réel. Pour avoir le plus d'influence possible, il faut avoir les meilleures études. »« empreinte législative »Effectivement, députés, fonctionnaires et journalistes sont assaillis au quotidien de communiqués, rapports et autres « livres blancs » concoctés par les lobbyistes. L'eurodéputé allemand Jorgo Chatzimarkakis, lui-même ancien lobbyiste, reçoit 50 demandes de rendez-vous par semaine. « J'en rencontre à peu près un sur dix », explique-t-il. Quand il était rapporteur de la directive sur les services de paiement, Jean-Paul Gauzès avait reçu dans son bureau « une centaine » de lobbyistes. « Les sénateurs américains ont jusqu'à 40 assistants chacun alors que nous n'en avons que deux ou trois pour nous aider dans notre travail », explique Jorgo Chatzimarkakis. « Nous avons besoin de la connaissance des lobbies », martèle-t-il. « Charge à nous de prendre du recul, de voir de qui viennent les informations et de mesurer le pour et le contre », ajoute l'eurodéputé français Jean-Pierre Audy. Certains lobbies opèrent en « sous-marin », en utilisant des vitrines respectables pour faire passer leurs idées. « On voit arriver des défenseurs des droits des patients par exemple. Mais en creusant, on s'aperçoit que 90 % de leur financement proviennent de l'industrie pharmaceutique », explique un eurodéputé. Le registre, qui oblige les ONG à dire comment elles sont financées, devrait clarifier les choses. En outre, une nouvelle règle du Parlement européen prévoit d'ajouter une « empreinte législative » aux rapports parlementaires, c'est-à-dire une liste des groupes d'intérêts qui ont été consultés lors de la préparation du document.La vraie valeur du lobbyiste réside dans sa connaissance de la mécanique bruxelloise. « Les bons savent comment rédiger les amendements et les font passer six semaines avant les votes », explique Jorgo Chatzimarkakis. « Il est vrai que des lobbyistes envoient des amendements prêts à l'emploi, sur mesure », reconnaît un fonctionnaire du Parlement.500 euros de l'heureComment se font-ils rémunérer ? La règle est que les consultants soient payés, non au résultat, mais à l'heure sur la base de très bureaucratiques « timesheets » où ils reportent chaque jour le temps passé pour chaque client. Pour 1 euro de salaire chargé de consultant, il en coûtera en général 3,5 d'honoraires au client. Pour un junior, il faut compter environ 120 euros de l'heure, plus de 500 euros pour un senior. « C'est le prix de l'expérience », explique Robert Mack. Vu la floraison des cabinets en « affaires européennes » implantés à Bruxelles, les entreprises doivent estimer que cela les vaut. « Une entreprise est capable de gérer son réseau de contacts dans une direction générale de la Commission européenne et avec une poignée de parlementaires mais, si elle a besoin de suivre un texte structurant pour son secteur où elle doit travailler avec d'autres directions générales, avec les cabinets des commissaires, des ONG, des experts, elle se trouve souvent démunie », explique Nicolas Bouvier, vice-président d'Edelman Europe. « Friends of Europe », un « think tank » spécialisé dans l'organisation d'événements de haut niveau demande, lui, entre 16.000 et 26.000 euros aux entreprises pour en faire des « co-initiateurs » ou des « partners » dans ses conférences. À ce tarif, le lobbyiste peut garantir à son PDG qu'il sera sur le programme, entre un commissaire et un député européen.Outre les équipes, les consultants et les études, l'argent des lobbies sert à payer le loyer et les frais de fonctionnement du bureau, les voyages, les déjeuners et les congrès. « Certains organisent des congrès de deux à trois jours pour faire passer leurs idées et ça leur coûte cher », explique encore Jorgo Chatzimarkakis. Dans des lieux exotiques ? « Non, surtout à Bruxelles car ils tiennent à avoir le plus grand nombre d'eurodéputés et de responsables de la Commission présents. » Ces réunions studieuses sont-elles les seuls outils de séduction ? Le sujet est sensible. En plein débat sur la réduction des émissions de CO2 des voitures neuves, un grand constructeur automobile allemand a, par exemple, invité des eurodéputés à piloter des bolides sur circuit. « J'ai moi aussi été invité par une entreprise à aller faire des tests de conduite », nous explique un élu. « Mais c'était pour un système électronique ramenant la voiture dans la trajectoire en cas de dérapage. Je travaillais sur ce dossier au Parlement et cela m'a permis de bien comprendre de quoi il s'agissait. » Les conditions du séjour ? « J'ai payé pour mon billet d'avion et, oui, je dois l'avouer : ils m'ont offert des sandwiches ! » n

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