Les Britanniques sont partagés entre colère et éc ? urement

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« Dégoûtée ! » La réponse fuse, sans appel. Assise face à un verre de vin blanc à la terrasse d'un bar près de la City de Londres, Lucy n'a pas de mots assez durs pour condamner l'attitude des députés britanniques. « Si je faisais la même chose dans mon entreprise, je serais immédiatement virée », ajoute Wendy, sa collègue.Voilà exactement deux semaines que le « Daily Telegraph » a commencé à dévoiler l'abus des notes de frais par les parlementaires britanniques, et le scandale n'en finit pas de prendre de l'ampleur. Mais, contrairement à de nombreux débats politiques, ses répercussions ne s'arrêtent pas aux médias et à Westminster. Partout en Grande-Bretagne, il n'est question que de cela, dans les pubs ou les familles, provoquant de virulentes réactions.« tous des voleurs »« C'est du vol légalis頻, proteste Lucy, 31 ans, qui travaille dans une entreprise de consultants d'entreprise. Qu'est-ce qui la choque le plus ? Les remboursements « déplacés », comme le nettoyage des douves du richissime député conservateur Douglas Hogg (2.?000 livres) ? Ou les tricheries flagrantes, comme le remboursement du prêt hypothécaire du travailliste David Chaytor, alors qu'il avait déjà fini de le repayer (13.000 livres) ? « Ils sont tous aussi mauvais les uns que les autres », réplique Lucy.Cette façon de mettre toute la classe politique dans un même sac est la réaction la plus partagée. Au Salmon & Ball, minable pub situé dans l'East End, un quartier pauvre de l'est de Londres, l'ambiance est la même. Lawry, le patron, ne fait pas dans le détail : « Ce sont tous des voleurs. » Avant, lui aussi, de rejeter en bloc toute la classe politique. « De toute façon, nous n'avons le choix qu'entre les travaillistes et les conservateurs. Il n'y a qu'eux qui ont le pouvoir, et ça ne changera jamais. » À deux semaines des élections européennes, n'est-il pas tenté de changer son vote ? « Je ne vote pas de toute façon. »C'est sans doute le signe le plus inquiétant de cette crise. Ce n'est pas vraiment ou pas seulement de la colère que les Britanniques expriment, mais plutôt une résignation face à une classe politique que beaucoup ont rejetée il y a longtemps. Accoudé face à sa pinte, avec son accent de Liverpool à couper au couteau, Patrick serait bien tenté de voter pour le British National Party (extrême droite). « Il faut que ça change, et l'immigration est vraiment allée trop loin. » Mais il ne se déplacera pas aux élections européennes, jugeant que cela n'en vaut pas la peine.pas de conscience sociale Ce phénomène de désinvestissement politique frappe la Grande-Bretagne depuis une décennie, avec des taux d'abstention en forte hausse. Il ne surprend pas Kim Johansson, une Suissesse installée à Londres depuis deux ans, récemment licenciée. « C'est typique de la Grande-Bretagne. Les gens ne s'occupent que d'eux et ils n'ont pas de conscience sociale. » Pour elle, c'est aussi ce même phénomène qui explique les abus des députés. « C'est un pays où chacun ne pense qu'à s'enrichir. Tout n'est que maximisation du profit. » Derrière les notes de frais abusives se révèle peut-être un malaise politique et social nettement plus profond. Éric Albert, à Londres

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