« Pékin n'a fait que peu de concessions »

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valérie niquet, chercheuse à l'IFRI(*)L'idée que le monde pourrait, un jour, être dominé par les États-Unis et la Chine, le G2, est-elle réaliste ?« Il faut être prudent sur cette notion de G2. La réalité est que la Chine a intérêt à laisser cette idée gagner les esprits, car cela renforce son prestige de puissance émergente. Le régime communiste chinois se sent fragilisé par la crise économique internationale et a plus que jamais besoin d'offrir à son peuple l'image d'un pays puissant pour conserver un peu de légitimité. De leur côté, les États-Unis espèrent que, en donnant de l'importance à la Chine sur la scène internationale, elle sera amenée à s'engager de façon responsable sur les grands dossiers stratégiques tels que l'Iran ou la Corée du Nord. »Cette politique est-elle payante ?Malgré la fierté qu'elle tire à apparaître comme un partenaire privilégié des États-Unis, la Chine s'inquiète d'être entraînée dans une participation plus active au jeu multilatéral. Cela pourrait se révéler coûteux pour elle, notamment sur le plan de son indépendance nationale. De fait, Pékin n'a fait que peu de concessions. Sur la Corée du Nord, les Chinois ont pesé pour édulcorer les sanctions. La Chine est prise dans une contradiction, celle de sa complémentarité économique avec les États-Unis et de sa rivalité géopolitique avec eux. D'un côté, Pékin investit ses réserves de change en actifs américains et, de l'autre, il préconise que le dollar cesse d'être hégémonique. D'un côté, il est fasciné par la puissance des États-Unis et, de l'autre, il considère les Américains, engagés par des alliances militaires avec le Japon, la Corée et Taïwan, comme des gêneurs en Asie.La sortie de crise ne va-t-elle pas renforcer le poids de ces deux géants, dont les économies pourraient repartir les premières ?Je rentre d'un séjour de quinze jours en Chine. Dans la région de Canton, qui représente un tiers du PIB chinois, on est inquiet. Les exportations ne reprennent pas, pas plus que les investissements directs étrangers. Voilà qui contraste avec le discours officiel de Pékin, où le pouvoir central se veut très optimiste. Il s'agit en fait d'un discours très politique, car la légitimité du Parti communiste tient à sa capacité à apporter la prospérité au pays. Propos recueillis par L. C. (*) Institut français des relations internationales.

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