4/ Le réveil du nucléaire mondial profitera-t-il à Areva  ?

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Si le nucléaire a de nouveau le vent en poupe, porté par la hausse prévisible à long terme des prix du pétrole et par son absence d'émission de gaz à effet de serre, Areva devra se battre pour emporter une part significative des marchés à venir. En Europe, le renouveau de l'atome est surtout perceptible en Grande-Bretagne et en Italie, les autres pays nucléaires (Allemagne, Belgique, Suède et Suisse) ayant tous décidé de geler tout nouvel investissement dans ce domaine. En Grande-Bretagne, les centrales sont obsolètes et l'état a favorisé le rachat de British Energy, seul producteur nucléaire du pays, par EDF qui s'est engagé à construire quatre EPR. Mais EDF ne sera pas le seul. Les allemands E.ON et RWE, unis pour l'occasion, viennent de remporter des enchères pour deux terrains susceptibles d'accueillir des centrales. Mais ce ne seront pas forcément des EPR d'Areva.En Italie, le gouvernement prévoit la construction de huit à dix centrales. Areva devrait pouvoir y placer quelques EPR puisque Enel, premier électricien de la Péninsule, a signé un accord de coopération avec EDF et qu'il est déjà partenaire de l'électricien français dans les EPR de Flamanville et de Penly. Mais l'Italie n'exclut pas les autres fournisseurs. Aux États-Unis. Outre-Atlantique, où 20 % de l'électricité est issue du nucléaire (104 réacteurs), la filière craint l'enlisement des projets. Peu après l'élection de Barack Obama, Steven Chu, le secrétaire à l'Énergie, avait promis d'« accélérer » le programme de garanties fédérales dédiées aux énergies alternatives, dont le nucléaire. Mais, depuis, des « désaccords » entre le Bureau de la gestion et du budget de la Maison-Blanche et le département de l'Énergie (DOE) bloquent l'approbation de ces garanties. La filière regrette aussi que, dans son projet de budget 2010, Barack Obama ait mis fin au futur site de Yucca Mountain, dans le Nevada, où devaient à terme être regroupés les combustibles usés des États-Unis. En attendant qu'émerge une solution de stockage alternative et faute des 18 milliards de dollars de garanties fédérales nécessaires, les électriciens risquent de reporter leurs 26 projets en cours, prévient l'Institut de l'énergie nucléaire (NEI). Pourtant, « nous ne pouvons résoudre le problème lié au changement climatique sans renouveler notre engagement vis-à-vis du nucléaire », remarque James Clyburn, élu de Caroline du Sud. En attendant, les constructeurs américains misent sur les marchés étrangers. GE Hitachi vient ainsi de signer des accords en Inde. Et il table, comme Westinghouse, sur un projet aux Émirats arabes unis. S'il veut avoir sa part du gâteau américain, Areva aura donc fort à faire. En Chine. Le marché nucléaire fait rêver les constructeurs mondiaux du secteur. La capacité de production nucléaire installée s'élève actuellement à 8,6 gigawatts et les autorités veulent la porter à 60, voire 70 GW d'ici à 2020. Concrètement, cela signifie l'ajout d'au moins cinq centrales par an, chaque réacteur coûtant en moyenne 1,6 milliard de dollars. Mais la grande majorité de ces nouvelles installations ne devrait pas revenir aux groupes internationaux comme Areva et Westinghouse. Si trois seulement des onze réacteurs en service ont été réalisés par des sociétés chinoises, cette tendance va s'inverser. La lutte entre Areva et Westinghouse pour obtenir le contrat de quatre centrales de troisième génération cache en effet la forêt à venir. La majorité des futures centrales, calquées sur les réacteurs déjà existants, reviendra aux constructeurs nationaux tels que China National Nuclear Corporation (CNNC) et China Guangdong Nuclear Power Group (CGNPG), détenu à 45 % par CNNC. Et seules douze des quarante-cinq centrales en chantier ou sur le point de l'être seront construites par des groupes internationaux, à savoir Areva, Westinghouse et le russe AtomStroyExport.Car la Chine a développé une industrie nucléaire grâce au transfert de technologies étrangères. En 1991, la première centrale entièrement chinoise (de 279 MW) voit le jour à Qinshan grâce à la recherche à but militaire effectuée depuis le milieu des années 1960. En 1994, Daya Bay 1 et 2 (944 MW chacune) sont mises en marche avec la technologie d'EDF et de Framatome ANP. En 2002 et 2003, les Français construisent deux autres modèles de 935 MW à Ling Ao, avec 30 % de localisation. La technologie de ces deux réacteurs, renommée CPR-1000, servira de modèle aux vingt-six des trente-trois centrales 100 % chinoises de ces prochaines années. La Chine ne peut toutefois pas les exporter sans l'accord d'Areva, qui en détient les droits de propriété intellectuelle.Les groupes chinois poursuivent donc leur recherche technologique. Ils développent actuellement le HTR-PM, deux réacteurs jumeaux de 10 MW faisant tourner une unique turbine à vapeur. La première centrale, dont la construction débuterait en septembre, sera ensuite reproduite à dix-huit exemplaires. Une technologie phare reste pourtant absente du portefeuille chinois : le traitement des combustibles, là encore aux mains d'Areva, et que Pékin tente actuellement d'obtenir par un transfert de technologie. Tristan de Bourbon, Éric Chalmet et M. C. L.

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