En Allemagne, la télévision numérique reste une affaire purement nationale

Deutsche Telekom s'est finalement mis d'accord hier avec Leo Kirch et la CLT-UFA, la filiale audiovisuelle de Bertelsmann et de la CLT, pour récupérer sa part du gâteau dans la télévision numérique. L'opérateur allemand va installer et exploiter - avec un droit d'usage illimité - une plate-forme technique neutre pour les programmes de télévision numérique diffusés via le câble. Un système qui, selon lui, offre un accès libre à tous les diffuseurs, y compris les chaînes publiques. Les téléspectateurs seront ainsi assurés de pouvoir capter avec un décodeur unique tous les bouquets numériques proposés. Concession faite au groupe Kirch, Deutsche Telekom a choisi le système d'accès de Beta Research, propriété du magnat de l'audiovisuel allemand et qui avait développé le décodeur d-Box à partir de la technologie du groupe NetHold. Le capital de Beta Research va toutefois être partagé à l'avenir entre Deutsche Telekom, Kirch et UFA-CLT à parts égales. Nombreux rebondissements. Pour être diffusés sur le câble, les deux groupes allemands vont devoir payer à l'opérateur un forfait annuel par canal et un pourcentage du chiffre d'affaires des abonnements. Les détails n'ont toutefois pas été précisés. Leo Kirch et UFA-CLT estiment avoir besoin, pour leurs bouquets numériques de Premiere et DF1, de sept canaux numériques. Par ailleurs, les abonnements mensuels au câble, qui n'avaient pas été réévalués depuis 1992, vont augmenter de 15 %, à 25,90 marks (environ 88 francs). L'accord aura mis plusieurs années à se finaliser après moult rebondissements. En 1994 déjà, Deutsche Telekom avait tenté avec Kirch et Bertelsmann de créer une société baptisé Mediaservice, qui devait gérer le développement du numérique en Allemagne. Mais Bruxelles avait mis son veto, estimant que la coopération des grands du secteur allait empêcher les petites entreprises d'y trouver leur place. Une deuxième tentative a eu lieu ensuite avec la société MMBG qui regroupait la plupart des intervenants du secteur. Leo Kirch, toutefois, a voulu jouer cavalier seul en mettant sur le marché son propre décodeur produit par Nokia. C'était sous-estimer la position de Deutsche Telekom. Sans son accord, aucun programme ne peut monter sur le réseau câblé, même s'il ne gère en fait directement que 6 millions des 17,6 millions de foyers aujourd'hui raccordés. Résultat : DF1, le bouquet numérique de Kirch, n'y a toujours pas accès. Un coût élevé pour Kirch. L'inconvénient serait partiellement responsable de ses mauvaises performances. Un an après son lancement, il ne compte que 40.000 abonnés. L'affaire commençait à coûter cher à Leo Kirch, qui a investi déjà près de 1 milliard de marks dans le numérique et qui a surtout des comptes à rendre aux studios américains auprès desquels il a racheté les droits de la plupart des films pour la pay-TV en Allemagne. Autant dire que les banques le pressaient de trouver un accord à la fois avec Premiere, la chaîne à péage allemande qui annonce 1,5 million d'abonnés, mais également avec Deutsche Telekom. Bruxelles ou l'Office allemand des cartels doivent désormais donner leur accord à cette opération. Avant d'en connaître les détails précis, le président de l'Office berlinois s'est montré mardi soir très sceptique. Chez Deutsche Telekom, on précise toutefois que le projet est très différent du concept initial puisqu'il ne concerne qu'un point technique, la technologie d'accès. En revanche, tous les fabricants pourront mettre des appareils sur le marché à partir du standard imposé et les décodeurs pourront être vendus par n'importe qui. Bénédicte de Peretti, à Munich

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