Un débouclage opéré en catastrophe pour éviter le pire

La Société Générale pourrait bien être passée près d'une véritable catastrophe. Jeudi dernier, lors de la conférence de presse, le président-directeur général, Daniel Bouton, soulignait que la perte de 4,9 milliards d'euros avait été accentuée par les " conditions de marchés tout à fait exceptionnelles ". La faute à " pas de chance " selon ses mots. Les pertes ont-elles été accentuées par le marché ou est-ce la vente massive de titres qui a accéléré la chute des marchés ? D'importantes interrogations persistent sur le débouclage de l'opération.La banque " a réagi en vendant massivement, ce qui a fait chuter les cours, et la perte est d'autant plus grande que la direction de la Société Générale n'a pas agi avec prudence et sérénité dans ce dossier ", a déclaré Stéphane Le Foll, membre du Parti socialiste. Nombre de spécialistes des marchés se demandent pourquoi la banque a choisi de " liquider " sa position aussi vite, c'est-à-dire en trois jours et dans de mauvaises conditions de marché. " Vendre une position aussi importante alors que les marchés américains étaient fermés [le lundi 21 janvier, Ndlr] et qu'il y avait très peu de volumes est absurde ", souligne le responsable d'une salle de marché. Daniel Bouton avouait jeudi dernier qu'il voulait éviter " qu'on joue contre la banque ". Cette réponse laisse penser que la Société Générale craignait que des bruits circulent dans le marché. Le vendredi 18 janvier, des rumeurs courraient déjà sur des pertes de la banque liées aux crédits immobiliers subprimes. Cela avait d'ailleurs précipité la chute du titre de 8,24 %. " Si des informations avaient filtré sur le montant d'exposition de la Société Générale, la réaction des marchés aurait provoqué un séisme ", assure un autre spécialiste des marchés. " Les indices européens auraient pu dévisser davantage jusqu'à 10 % ou 15 % ", ajoute-t-il.RISQUE DE FAILLITE VIRTUELLELe risque était qu'une fuite précipite le marché dans une spirale baissière. Si les marchés apprennent qu'une banque détient 50 milliards d'euros de position et qu'elle veut tout vendre, tous les opérateurs se mettent à vendre pour éviter de se retrouver en perte. Certains hedge funds sont d'ailleurs des spécialistes de la spéculation à la baisse. " Lorsque nous avons vu que les marchés étaient vendeurs lundi, nous sommes entrés dans le marché pour vendre les futures à découvert et profiter de la baisse ", explique un trader de hedge funds. Du coup, ce genre d'opérations a aussi précipité la baisse du marché et accru les pertes de la Générale.C'est précisément ce type de risque qui a contraint la Société Générale à vendre ses positions au plus vite. Jeudi dernier, le directeur général délégué, Philippe Citerne, avouait que les pertes auraient pu être " décuplées ". Avec une position ouverte de 50 milliards d'euros pour 30 milliards d'euros de fonds propres, il n'y a qu'un pas pour se demander s'il n'y a pas eu il y a dix jours un risque de faillite virtuelle.

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