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Régulation : oui à la taxe, non à la spécialisation des banques

La Tribune

Publié le 03 novembre 2009 à 00:43 - Mis à jour le 03 novembre 2009 à 00:43

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Depuis la crise financière, beaucoup d'analystes reprochent aux Américains d'avoir aboli, il y a une dizaine d'années, le fameux « Glass-Steagall Act » de 1933, qui obligeait les banques à adopter soit des activités de « retail banking » (banque de détail), soit des activités d '« investment banking » (banque d'affaires). Le fait d'être devenues des banques « universelles » leur était reproché, de même que d'être à l'origine de la crise de 1929, « par la confusion des genres ». Cette loi de 1933 contraignit, par exemple, le groupe Morgan à scinder ses activités en deux banques : Morgan Guaranty (retail bank) et Morgan Stanley (investment bank), totalement indépendantes l'une de l'autre.Ce procès est-il aujourd'hui justifié ? Les activités d'une banque sont effectivement organisées autour de deux pôles bien distincts, aussi bien par leur mode de fonctionnement que par le profil de leurs dirigeants et salariés. D'une part, il y a « la banque commerciale », qui à partir de ressources de dépôts et d'emprunts, effectue des prêts en faveur de clients particuliers ou entreprises et joue ainsi un rôle capital « de transformation » ; l'essentiel des revenus provient alors des marges d'intermédiation qui rémunèrent à la fois l'assistance financière et le risque couru par la banque. D'autre part, il y a la banque d'affaires (ou banque de financement et d'investissement, BFI), qui intervient sur les marchés, facilite les fusions et acquisitions et joue donc un rôle de service, rémunéré par des commissions et les gains réalisés sur les marchés. En termes de rentabilité et de risque, les activités de banque commerciale sont à la fois moins profitables et moins volatiles, si on les compare aux activités de la BFI. En période d'euphorie économique, la BFI rapporte beaucoup plus que la banque de détail. En revanche, en période de crise financière, les opérations de marché ainsi que les fusions-acquisitions s'effondrent, entraînant éventuellement des pertes d'exploitation, alors que la banque de détail arrive à survivre assez facilement pour peu qu'elle ait une gestion des risques performante.On en déduit facilement les avantages et les inconvénients d'une banque « universelle » ou multimétier. L'atout principal, c'est de diversifier les risques, en période de crise (comme peuvent en témoigner les bons résultats de la BNP ou de la Société Généralecute; Générale), tout en gardant une rentabilité « correcte » en période d'euphorie (en 2007, les taux de rentabilité de Goldman Sachs, voire de Lehman Brothers ont largement dépassé ceux des banques multimétiers). Par conséquent les actionnaires potentiels pourront choisir entre un profil de rentabilité/risque élevé, un profil modéré autant pour le risque ou par la rentabilité (banque multimétier) ou un profil rentabilité faible/risque faible (banque de détail). Bien sûr, là encore, il est nécessaire de relativiser cette typologie, car les profils « purs » sont rares et il existe aussi d'autres activités bancaires (gestion d'actifs ou gestion privée), qui ne sont ni de la banque d'affaires, ni de la banque de détail, mais relèvent de la « gestion collective ».Le choix d'un système ? « banques multimétiers » ou « banques spécialisées » ? n'est pas pour autant pertinent comme facteur explicatif des crises, que ce soit celle de 1929 ou de 2008. Ces crises sont essentiellement dues à la faiblesse des contrôles, et donc à l'incompétence (ou la mauvaise volonté) des régulateurs. D'un point de vue purement économique, l'existence d'un système bancaire qui privilégie uniquement des banques spécialisées ne prévaut pas sur un système où existent seulement des banques multimétiers. Le sujet essentiel n'est donc pas la réforme du Glass-Steagall Act, mais celle des régulateurs (SEC, Fed, et Treasury Department) et l'application des réglementations édictées.Sur ce sujet, il me paraît plus judicieux de privilégier la mise en place d'une taxe correspondant à la garantie implicite apportée aux banques par les États, selon le principe du « too big to fail » que d'exiger un nouveau démantèlement des banques. Cette taxe pourrait alimenter un « fonds de garantie » destiné à rembourser les épargnants en cas de faillite bancaire d'un petit ou moyen établissement de crédit et elle pourrait être proportionnelle à la taille de l'établissement et au degré de risque systémique potentiel (déterminé par un organisme indépendant). Elle agirait dès lors comme un frein naturel à la prise de risque excessive et s'appliquerait bien évidemment aux banques spécialisées comme aux banques multimétiers. npoint de vue Bernard Marois professeur émérite, président du Club Finance HEC

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