La Deutsche Bank ou la vertu intéressée
La Tribune
La Tribune
chronique des marchésPas facile, ces temps-ci, d'être aimé lorsque l'on est une grande banque groupe comme la Deutsche Bank. Plus question de jouer les arrogants comme jadis en proclamant que l'essentiel réside dans les rendements de plus de 25?%. Il faut désormais amadouer le peuple et l'Etat en montrant que l'on peut être utile à l'intérêt général. Alors Josef Ackermann, le Suisse le plus puissant d'Allemagne, a décidé de mettre 300 millions d'euros sur la table pour aider les PME, sauver les entrepreneurs et garantir les emplois. La vertu républicaine de la Deustche Bank n'est-elle pas démontrée de façon éclatante ? Pourtant, il y a un petit os. Parmi les critères d'attribution des fonds, il en est un qui étonne : la nationalité de l'entreprise. Pas question d'aider des filiales de PME étrangères présentes en Allemagne. « C'est le problème de leur pays d'origine », affirme la banque. Quoi ! L'argent de la Deutsche Bank viendrait aider des entreprises étrangères ? Pas question ! Fermez le ban et les frontières. L'ennui, c'est que les bénéfices de la banque de Francfort sont surtout réalisés à l'étranger et que ses actionnaires ne jouissent pas tous de la citoyenneté allemande, loin s'en faut. On a alors bien du mal à comprendre pourquoi seules les entreprises disposant d'un passeport allemand pourrait jouir de sa distribution de crédits. D'autant qu'il existe aussi des entreprises étrangères qui créent des emplois outre-Rhin. Ce critère national est du reste une pure aberration dans un pays qui dépend autant que l'Allemagne de la demande internationale. Souvent d'ailleurs, Josef Ackermann s'est révolté contre toutes les tentations protectionnistes. Mais peut-être se trompe-t-on de logique. La mondialisation a mauvaise presse ces jours-ci. La Deutsche Bank veut faire oublier qu'elle en est l'archétype et présenter sa vertu nationale comme un sauf-conduit vis-à-vis de l'Etat et de l'opinion publique allemande. Romaric Godin, à Francfort
La Tribune