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Pourquoi Microsoft songe au patron de Ford pour remplacer Ballmer

La Tribune

Publié le 03 octobre 2013 à 21:02 - Mis à jour le 03 octobre 2013 à 21:02

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Officiellement, Microsoft s\'est donné du temps, un an, pour trouver le successeur de son énergique directeur général Steve Ballmer. Un pur produit Microsoft, dont il fut le trentième employé, embauché par Bill Gates en 1980. Après 33 ans de bons et loyaux services, dont 13 comme « CEO », le volcanique Ballmer a annoncé à la surprise générale le 23 août dernier qu\'il prendrait sa retraite - à 57 ans seulement - dans les douze mois à venir, quittant non sans un pincement au cœur son « quatrième enfant », comme il l\'a confié, ému aux larmes, lors de son dernier raout avec les employés, le 27 septembre dernier (voir la vidéo).Mais son remplaçant pourrait être nommé avant la fin de l\'année. Et les administrateurs de la firme de Redmond, près de Seattle, sont tentés par un profil radicalement différent : Alan Mulally, l\'actuel patron de Ford, de onze ans son aîné, un pur industriel, un as des restructurations. C\'est ce qui intéresse le géant mondial des logiciels : Steve Ballmer a en effet commencé à réorganiser énergiquement le « mammouth » Microsoft, qui doit se réinventer à l\'ère post-PC, assurer sa survie dans un monde où smartphones et tablettes supplantent les ordinateurs.Le patron le mieux payé de l\'industrie autoAlan Mulally aura passé 37 ans chez… Boeing dont il fut le patron des programmes d\'avions civils, avant de rejoindre Ford, en septembre 2006. Jovial, souriant, charismatique, sachant  animer les équipes, faire parler les uns et les autres, l\'homme n\'a pas le côté sévère et méprisant d\'un Carlos Ghosn (PDG de Renault et Nissan), austère et froid d\'un Philippe Varin (PSA).Il a toujours l\'air de s\'amuser comme un gamin dans ce qu\'il fait - comme Ballmer. Mais, cet ingénieur aéronautique de formation détenteur d\'un brevet de pilote d\'avion, qui a conservé sa minceur juvénile, est un redoutable négociateur. La preuve : il est le patron le mieux payé de l\'industrie automobile mondiale.Carlos Ghosn jadis pressenti (chez Ford)L\'homme est connu pour son franc-parler. N\'a-t-il pas fait grincer bien des dents chez Ford,  après avoir déclaré que sa Lexus (Toyota) LS, son véhicule de fonction chez Boeing, était \"la meilleure voiture du monde\" ? Une déclaration pas vraiment bien accueillie à Dearborn, siège historique du groupe auto américain où les voitures japonaises ont longtemps été les ennemies. Alan Mulally avait été recruté par Bill Ford, le descendant de la famille fondatrice éponyme du groupe automobile, pour le… remplacer comme PDG. Bill Ford s\'était en effet rendu compte qu\'il n\'avait pas la carrure pour diriger le constructeur en pleine crise au milieu des années 2000. Pourtant, Alan Mulally n\'était pas son premier choix. Bill Ford avait en effet proposé en vain le poste à… Carlos Ghosn. Bill Ford l\'a reconnu lui-même dans une interview au magazine Newsweek. Pertes record à son arrivéeQuand Alan Mulally prend les rênes de Ford, précédé d\'une sacrée réputation de \"Cost Killer\" (littéralement briseur de coûts) chez Boeing, la firme auto américaine vient d\'afficher 1,45 milliard de dollars de perte au premier semestre 2006 ! Pis : sur l\'ensemble de 2006, Ford pulvérise carrément le record historique de pertes dans l\'industrie automobile mondiale, en affichant un déficit net abyssal de 12,7 milliards de dollars (10 milliards d\'euros).Empêtrée dans une gamme vieillie et peu attractive de modèles voraces et médiocrement fiables, avec peu de synergies entre eux, sur-capacitaire, en restructuration continue, la société apparaît alors comme le plus malade des « Big Three » de Detroit. Et nombreux sont ceux qui doutent de sa survie comme constructeur indépendant. Revente des marques de luxeAlan Mulally réussit d\'emblée alors à lever 23,5 milliards de dollars par le biais d\'une émission d\'obligations ainsi que l\'octroi de lignes de crédit, pour avoir de quoi investir et payer son personnel. Fini par ailleurs les dépenses somptuaires et le fantasme de créer un grand pôle du luxe automobile mondial avec les marques Land Rover, Jaguar, Aston Martin et Volvo, dans lequel le groupe à l\'ovale bleu aura englouti des sommes folles pour un piètre résultat.Ces marques prestigieuses seront d\'ailleurs revendues progressivement, tout comme la participation dans le japonais Mazda. Priorité au  cœur de métier, au recentrage sur la maison-mère avec le slogan « One Ford ». Coïncidence ? La réorganisation annoncée par Ballmer en juillet se fait sous la bannière « One Microsoft»...Uniformisation des gammesUn seul mot d\'ordre : des modèles communs à tous les continents, alors que, jusque là, les Ford européennes n\'avaient pas grand-chose à voir avec les Ford américaines. Vive désormais les économies d\'échelle ! Ainsi la compacte Focus américaine est-elle enfin la même que l\'européenne. Du coup, la Focus a été le modèle le plus vendu dans le monde l\'an dernier, toutes marques confondues.Même chose pour les 4x4 compacts Escape (Etats-Unis) et Kuga (Europe) qui ne diffèrent quasiment en rien ou les grandes berlines Fusion outre-Atlantique et futures Mondeo de ce côté de l\'océan. Mieux : la plate-forme de la Focus est à présent utilisée globalement par deux millions de véhicules dans le monde chaque année. De sacrées synergies, enfin! Une vraie révolution industrielle.Ford n\'a pas eu besoin d\'aidesC\'est en 2009 qu\'Alan Mulally commence à être vraiment reconnu comme un dirigeant exceptionnel par les analystes, la presse et ses pairs, lorsque ses concurrents GM et Chrysler au bord de la banqueroute doivent piteusement faire appel à l\'Etat fédéral et à la protection de la loi américaine sur les faillites (Chapitre XI). Et ce, alors que Ford parvient fièrement à s\'en sortir tout seul.Aujourd\'hui, plus personne ne met en doute la capacité de survie de Ford, dont les ventes aux Etats-Unis ont encore grimpé de 12% sur neuf mois, soit la plus forte progression des groupes américains outre-Atlantique. Ford a affiché un très honorable profit net de 5,7 milliards de dollars (4,4 milliards d\'euros) au titre de 2012, malgré de très lourdes pertes dans la filiale européenne. Un résultat que bien des concurrents lui envient. Au sommet de sa gloire, malgré des échecs comme l\'impossible redressement des activités du groupe sur le Vieux continent, Alan Mulally finit en principe son mandat chez Ford en 2014 .Microsoft a encore du boulotAlors, après l\'auto, le logiciel ? Microsoft est une icône de \"Corporate America\", du monde des affaires aux Etats-Unis, au même titre que... Ford. Microsoft vient d\'ailleurs d\'être élu l\'entreprise qui « inspire » le plus les Américains, selon un sondage publié par le magazine Forbes, devant Apple cette année, et Walmart - Google n\'est que 7ème et Ford 15ème. Microsoft est un pionnier du logiciel et de l\'informatique moderne, comme Ford l\'a été dans l\'histoire de l\'automobile.Microsoft risque aujourd\'hui sa survie si son système d\'exploitation Windows, qui équipe encore 90% des PC dans le monde, ne s\'adapte pas et ne trouve pas sa place face à Android de Google et iOS d\'Apple sur les nouvelles machines, smartphones, tablettes, qui sont déjà le futur de l\'informatique. L\'échec de Microsoft dans le mobile, où la part de marché de Windows Phone reste marginale (3% au deuxième trimestre 2013 selon le cabinet Gartner), constitue d\'ailleurs « le plus grand regret » de Steve Ballmer. Bref, il y a du boulot !D\'autres candidats pressentisAlain Mulally n\'est pas seul sur les rangs. Le nom de Mike Lawrie, le PDG de la SSII américaine Computer Sciences Corp (CSC), crédité d\'avoir redressé le spécialiste britannique des logiciels financiers Mysis auparavant, serait également bien placé.Autre pressenti, en interne cette fois : le canadien Stephen Elop, ancien patron de la division \"Business\" (toute la suite logicielle Office) de Microsoft, parti diriger Nokia que le géant de Redmond s\'apprête à avaler. Mais Stephen Elop est comme Ballmer imprégné de la culture Microsoft, qu\'il faut justement changer.Et certains doutent qu\'il ait finalement si bien compris cette industrie du mobile.Ironie de l\'histoire, Steve Ballmer est né à Detroit, le berceau de l\'industrie auto américaine, et son père était cadre chez Ford !

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