Croissance : ce que la Chine et l'Allemagne n'ont pas dit...

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On évoque souvent aujourd\'hui la question de la guerre des monnaies avec en ligne de mire, l\'idée que certaines zones géographiques du globe peuvent se faire la guerre économique en dévaluant sa monnaie. Aussi pour madame Merkel et pour la Bundesbank, un euro fort mais surévalué est un sujet qu\'il ne faut surtout pas traiter et pour cause : cet euro surévalué est le résultat d\'un lobbying surpuissant orchestré par la Chine et l\'Allemagne. Comment est-ce possible dirons certains ?L\'euro est en effet surévalué et cette surévaluation est de plus en plus stable. Nous pouvons nous interroger : comment se fait-il qu\'après les attaques multiples qu\'a subi l\'euro pendant la crise grecque, cette monnaie semble étonnement se stabiliser autour de 1,30 et ceci depuis plus de 8 mois ? L\'union bancaire dirons certains ? Les interventions de la BCE sur les titres de dette publique diront d\'autres (SMT et OMT), les politiques structurelles déjà engagées dans certains pays, tout cela, pourrait rassurer les marchés financiers d\'où le niveau élevé de l\'euro. Mais l\'Union bancaire et les interventions de rachat de titres publics par la BCE auprès des Etats (OMT) ne constituent pas encore des modes d\'intervention opérationnels.Un euro fort profite à l\'Allemagne... et à la ChineUn bref rappel historique s\'impose ici : le taux de change effectif de l\'euro n\'a cessé de progresser depuis 2002 jusqu\'à 2011. En fait les raisons à cela tiennent, non pas à ce qui vient récemment d\'être entrepris par la BCE ou les politiques structurelles, mais à la naissance d\'un nouveau pôle géographique d\'échanges structuré autour de deux pays : la Chine et l\'Allemagne. D\'un coté la Chine intègre l\'Organisation Mondiale du Commerce en 2001 et bénéficie de cet euro fort pour ses exportations de biens standards sans qualité particulière. D\'un autre coté l\'Allemagne qui vend des voitures de luxe ! Mais à qui ? A la Chine, certains non sans trait d\'humour diront au parti communiste chinois. Car l\'une des particularités des biens allemands à l\'exportation c\'est que ces biens sont assez insensibles au prix parce que l\'on accepte aisément de payer cher un bien de qualité : l\'élasticité prix de la demande des biens allemands est faible. En résumé, un euro fort est bénéfique pour les exportations de la Chine mais aussi pour l\'Allemagne. On pourrait presque étendre ce raisonnement au couple gagnant Allemagne-Sud Est de l\'Asie.Depuis une décennie ce petit jeu n\'a cessé de continuer et de s\'amplifier : la Chine achète les biens d\'équipement des PME du Mittelstand, dans une phase de surinvestissement. En contrepartie la Chine achète à n\'importe quel prix élevé des BMW dont la demande est insensible au prix. Ajoutons à cela que les bénéfices des Audi et Siemens à l\'export sont traduits en comptabilité dans une monnaie forte, l\'euro, ce qui fait monter le cours des actions de ces sociétés donc le Dax à Francfort....effet de richesse enfin !La stabilité silencieuse de l\'euroLa santé de l\'Allemagne n\'a donc rien à voir avec les contre-réformes de G.Schroder mises en place au lendemain du traité de Nice (décembre 2000) dans une attitude non coopérative faut-il le rappeler. Dans ce cadre, il serait naïf d\'imaginer qu\'il suffit d\'appliquer les lois Hartz à la France sur le marché du travail pour rendre la compétitivité prix des produits français. Cette compétitivité-prix perdue depuis janvier 2002 a fait basculer la balance commerciale française dans les déficits....C\'est le taux de change effectif moyen de l\'euro surévalué qui pose problème. Mais c\'est aussi ce taux de change effectif que l\'Allemagne et Bruxelles souhaitent absolument maintenir. Pour détourner l\'attention, on exige en contrepartie une diminution du coût unitaire du travail dans l\'Europe du sud, alors que les salaires sont déjà bien faibles dans ces pays là en valeur absolue et qu\'un diagnostic économique montre que le problème de ces pays est la surcapacité de l\'offre par rapport à la demande et non l\'inverse.Il semblerait que lors de son dernier voyage en Chine à l\'automne 2012, Angela Markel ait négocié avec les Chinois le maintien d\'un taux de change stable de l\'euro à 1.30 dollars. On a beaucoup tu cette entente - faite en partie de manière non-coopérative - en la violation la plus flagrante des traités. Ce taux de change officieux mais \"stable\" depuis 8 mois, viole l\'esprit autant que la lettre des traités européens. Il est nettement surévalué pour les pays du sud de l\'Europe et empêche toute croissance du PIB chez eux...  *Pascal de Lima est économiste en chef chez Economiccel et enseignant à SciencePo P

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