Des erreurs qui ont coûté très cher

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« D'un ?spin-off? à l'autre... », telle pourrait être l'épitaphe du groupe Dexia, né dans la douleur, démembré dans l'urgence. L'annonce d'une prochaine scission (spin-off) de Dexia en raison de sa situation de quasi-faillite, face à son impossibilité de refinancer ses actifs, a de quoi laisser songeur. L'un des volets du (second) plan de sauvetage consiste en effet à transférer son portefeuille de crédit aux collectivités locales françaises (80 milliards d'euros d'encours) au tandem Caisse des dépôts-La Banque Postale. Une sorte de retour au « bercail public » après dix-huit années d'aventure dans la finance internationale privée.Flash-back. Dexia trouve son origine dans un coup de force, mené avec brio par un haut fonctionnaire de la Caisse des dépôts (CDC), Pierre Richard. Ce dernier n'avait pas hésité à braver la vénérable institution de la rue de Lille pour « exfiltrer » ses équipes du département de « prêts aux collectivités » et créer en 1987 un établissement financier autonome, le Crédit Local de France, qui sera finalement privatisé par une opération de spin-off en 1993 envers et contre tout, c'est-à-dire les puissants relais politiques de la CDC. La Caisse ne lui pardonnera jamais cette « trahison » et fera tout son possible pour freiner le développement de la jeune banque. L'autre coup d'audace de Pierre Richard a été d'initier en 1996 le rapprochement de la banque avec le Crédit Communal de Belgique pour aboutir à une fusion complète de Dexia en 2000. L'idée était déjà de chercher de la ressource bilantielle. À cette date, le groupe Dexia était l'une des valeurs bancaires favorites du marché avec un cours qui oscillait autour de 140 euros. « Une stratégie de niches multipays complétée par un appétit de diversification dans des secteurs porteurs », se félicitait alors un célèbre analyste en mars 2000. Et la presse économique saluait Pierre Richard, « ce banquier de choc que l'on n'attendait pas ». Le PDG de Dexia était alors une figure de proue de la finance hexagonale et courait les conseils d'administration du CAC 40.La première erreur vint des États-Unis avec le rachat en 2000 de l'assureur « monoline » FSA, spécialisé dans l'octroi de garanties financières permettant aux collectivités américaines d'émettre des titres notés AAA. Dans l'esprit de Pierre Richard, ce modèle de financement désintermédié pouvait être importé en France. Fatale erreur ! Les émetteurs et les financiers hexagonaux se méfiaient non seulement de ces systèmes d'assurance mais surtout de la titrisation en général. Du coup, Dexia fit travailler sa filiale FSA aux États-Unis en la laissant se perdre dans les subprimes. La seconde erreur fut de jouer à fond la carte de l'innovation financière en se développant sur des niches de produits complexes, sans pouvoir les sortir du bilan.« Valse des dirigeants »Or, la gestion du bilan qui, faute de dépôts suffisants, a privilégié des ressources de court terme pour financer des actifs de long terme, lui aura été fatale pendant les crises de liquidités de 2008 et 2011. Enfin, l'alliance franco-belge, au départ apaisée sous la houlette du président du conseil d'administration François Narmon, un financier belge très respecté et influent, est entrée dans une phase plus conflictuelle, avec l'arrivée du juriste belge Axel Miller à la tête du groupe en janvier 2006. « Il y a eu une valse des dirigeants, au détriment des Français qui se sont peu à peu repliés sur Dexia France », se rappelle un témoin. La cohésion stratégique du groupe en a souffert et la gouvernance s'est montrée défaillante face à la crise des subprimes. Le président Sarkozy a alors imposé un de ses proches, Pierre Mariani, en septembre 2008 en échange de la contribution de la France (3 milliards) à l'augmentation de capital. Et c'est à lui que revient aujourd'hui la tâche de disperser les actifs du groupe. Éric Benhamou

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