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L'économie chinoise menacée par le vieillissement de la population

La Tribune

Publié le 05 février 2013 à 22:04 - Mis à jour le 05 février 2013 à 22:04

Le Quotidien Numérique

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L\'économie chinoise est en train de repartir, les dernières statistiques l\'indiquent. Les indices manufacturiers, le niveau des exportations ou ceux de la croissance montrent que le ralentissement observé en 2012 (+ 7,8%), la plus faible progression depuis 1999, aura duré moins d\'un an. Cette année, l\'activité devrait à nouveau accélérer.« Pour l\'année 2013, nous prévoyons une croissance du PIB de 8,4%, indique Louis Kuijs, économiste à la Royal Bank of Scotland (RBS), basé à Hong Kong. \"Un environnement international plus solide qu\'en 2012 pourrait favoriser les exportations, même si les perspectives de la demande mondiale restent limitées. Localement, les investissements dans l\'immobilier et les infrastructures devraient rester soutenus, même si ceux des entreprises vont subir une pression baissière en raison de surcapacités et d\'une profitabilité moindre\", détaille cet analyste, bon connaisseur du pays, dans une note à ses clients.\"L\'Atelier du monde\"Serait-ce le début d\'un nouveau cycle pour « l\'Atelier du monde » ? Précisément, cette caractérisation d\'« Atelier du monde » tournant à plein régime depuis trois décennies - 350 millions d\'emplois auraient été créés - grâce à une main d\'œuvre abondante et à faible coût pourrait devenir caduque dans les prochaines années. Les grandes migrations de millions de personnes des terres intérieures vers les côtes qui ont assuré le succès des exportations de la Chine, sont en train de faiblir. Cette force de travail excédentaire et bon marché aurait atteint son pic en 2010, à 151 millions de personnes. Elle devrait n\'être que de 57 millions en 2015, et 33 millions en 2020.Ce phénomène a plusieurs causes. Au cours de la dernière décennie, le niveau moyen des revenus des travailleurs a augmenté annuellement au rythme de 15%, grâce à l\'automatisation, à la croissance des secteurs industriel et des services, au développement économique des provinces intérieures. La rationalisation et la mécanisation de secteur agricole en cours permet aussi de revaloriser les salaires.Cette évolution, voulue par les autorités chinoises puisque cet objectif est l\'une des priorités du dernier plan quinquennal, vise à faire basculer la Chine vers un modèle économique comparable à celui des pays avancés. Ce point où un pays bascule dans ce nouveau modèle a été même conceptualisé sous l\'appelation de « Lewis Turnig point », le \"tournant de Lewis\". Ce concept élaboré par le prix Nobel d\'économie Arthur Lewis définit le moment où une main d\'œuvre abondante commence à se raféfier entraînant une augmentation rapide des revenus, une contraction des marges bénéficiaires des entreprises, et une chute du niveau d\'investissement.Un taux de chômage officiel de 3%Selon une étude de Mitali Das and Papa N\'Diaye, deux économistes travaillant pour le Fonds monétaire international (FMI), cela pourrait arriver entre 2010 et 2025. Si nombre d\'observateurs ont déjà pointé ces dernières années la pénurie de main d\'oeuvre dans les provinces côtières ou les revalorisations salariales allant jusqu\'à 100% dans certains secteurs (Foxconn...), pour Mitalis Das et Papa N\'Diaye, on n\'en est pas encore là.En effet, selon le Bureau national des statisiques chinoises (BNS), le nombre de personnes qui cherchaient un travail hors de leur province s\'élevait encore à 169 millions à la fin de septembre 2012. Et à la fin de 2011, le nombre de chômeurs enregistrés officiellement s\'affichait à 21,5 millions, représentant 3% de la force de travail. Pour les zones urbaines, ce taux monte à 4,1%. La pénurie de main d\'oeuvre reste donc encore un phénomène localisé.En revanche, la république populaire va devoir composer avec un problème structurel pour lequel elle peut difficilement trouver une véritable solution à moyen terme : la démographie. Elle \"sera le principal facteur qui va mener la déplétion de l\'excédent de force de travail\", estiment les deux chercheurs. Le phénomène est connu, la population en âge de travailler va décliner en raison d\'un faible taux de naissances en baisse, conséquence de la politique de l\'enfant unique.Selon les prévisions des Nations unies, cette inflexion devrait débuter à partir de 2020. Cependant, cette projection est jugée trop optimiste par d\'autres spécialistes. D\'ores et déjà, les données officielles du BNS portant relatives à la population en âge de travailler font état d\'une réduction de 3,45 millions de personnes (le BNS prend comme fourchette les 15-59 ans) en 2012 pour tomber à 937 millions de personnes.Le fort recul de la population âgée de 20 à 39 ansPlus préoccupant encore, le taux de croissance de la population âgée de 20 à 39 ans était tombé à zéro en 2010, et il est prévu qu\'il baisse plus rapidement que le recul de la population en âge de travailler d\'ici à 2035. A cette date, la population de moins de 14 ans ajoutée à celle des plus de 64 ans représentera plus de 50% de la population.Actuellement, le nombre de travailleurs du secteur primaire (agriculture, pêche, exploitation minière) pèse pour plus de la moitié de la population active, alors que l\'agriculture ne contribue qu\'à 1/5 du PIB. A l\'avenir, la Chine doit prioritairement investir dans la mécanisation de son agriculture pour pousser les paysans vers des emplois urbains dans l\'industrie et les services pour répondre à la future demande. Louis Kuijs souligne d\'ailleurs qu\'en 2012 le nombre d\'emplois en zone urbaine a augmenté de 12 millions en 2012 tandis qu\'il se réduisait de 9 millions dans les zones rurales.La marge de manoeuvre limitée des autorités de PékinPour accompagner ce changement majeur de la structure de l\'économie rendu délicat en raison du grave problème démographique, que peuvent faire les autorités chinoises ? Les deux chercheurs du FMI avancent quelques solutions.- augmenter le taux de fécondité, ce qui passe par l\'abandon de la politique de l\'enfant unique. Or, cette politique autorise déjà des exceptions, en particulier pour les nombreuses minorités ethniques. En réalité, le taux de fécondité est de 1,47 par femme (à titre de comparaison il était de 1,42 en 2012 en Allemagne), autrement dit il ne va pas augmenter rapidement. Et outre le fait qu\'il faut plusieurs années pour transformer des nouveau-nés en force de travail, il faut également compter avec l\'évolution sociologique de la population féminine. En effet, il n\'est pas évident que l\'abandon de la politique de l\'enfant unique se traduise mécaniquement par une hausse significative de la natalité. Avec l\'émergence d\'une classe moyenne, nombre de Chinoises éduquées préfèrent n\'avoir qu\'un enfant, exceptionnellement deux, pour développer une carrière personnelle et bénéficier de revenus en hausse.Créer une effet de richesseA court et moyen terme, Mitali Das and Papa N\'Diaye suggèrent de libéraliser le secteur financier en élevant les taux d\'intérêt pour les épargnants. L\'effet de richesse pousserait une partie de la population à être moins dépendant des revenus de son activité ; ou encore d\'augmenter la productivité ce qui augmenterait les bénéfices des entreprises tout en stabilisant le nombre d\'emplois.Autre mesure qui pourrait contribuer à un meilleur contrôle de la situation serait de favoriser la mobilité de la main d\'œuvre par une réforme du système d\'enregistrement des travailleurs (huji), et la possibilité de bénéficier des services sociaux. Cela pourrait entraîner une accélération de l\'exode rural vers les villes, où les emplois industriels à bas revenus dominent encore le marché du travail. L\'ensemble de ces mesures pourraient retarder le tournant de Lewis de cinq ans, estiment les chercheurs du FMI.L\'enjeu est essentiel pour la Chine. Un bon pilotage du phénomène, souligne les deux chercheurs, aurait un effet bénéfique économique non seulement sur la république populaire mais aussi pour une partie du monde, « en augmentant potentiellement la croissance de l\'activité notamment pour ceux qui sont dans la \"supply chain\", comme les autres pays émergents de l\'Asie ainsi que les pays exportateurs de matières premières, dont la Chine est un gros client.Pour le nouveau président Xi Jinping, qui prendra ses fonctions en mars, ce sera l\'un des principaux défis à relever pour la prochaine décennie.

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