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Les entreprises françaises à la conquête des fonds souverains

La Tribune

Publié le 07 février 2011 à 20:26 - Mis à jour le 07 février 2011 à 20:26

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L'Institut de l'entreprise publie aujourd'hui un rapport sur les fonds souverains, leur poids dans le monde et surtout la vision qu'en ont les grands patrons de nos fleurons cotés. Cet organe a interviewé une quinzaine de dirigeants du CAC 40 et d'établissements financiers, dont Pierre de Beausset, secrétaire général d'EADS, Xavier Huillard, président de Vinci, Gérard Lamarche, vice-président de GDF Suez, Augustin de Romanet, directeur général de la Caisse des dépôts, ou Dominique Senequier, présidente du directoire d'Axa Capital Equity.Originalité, les fonds souverains n'apparaissent plus comme une pieuvre tentaculaire aux ambitions hégémoniques, une force sournoise à l'assaut du capitalisme occidental. Bien au contraire. Si l'on en juge par le travail de ce rapport dirigé par Jean-François Théodore, l'ex-patron de Nyse-Euronext, aujourd'hui administrateur de cette entreprise de marché, ces fonds semblent la solution la plus pertinente pour permettre aux grandes entreprises de s'adjoindre des investisseurs de long terme, susceptibles de les accompagner dans leurs projets de développement. Une idée plutôt contrariante pourtant largement reprise par l'ensemble des personnes interrogées qui vont même jusqu'à souhaiter vivement que ces capitaux s'intéressent un peu plus à elles.Alors les fonds souverains ont-ils définitivement perdu leur caractère menaçant ? Pour qu'ils soient menaçants, encore faudrait-il que le poids de ces organismes étatiques représente une part importante du capital des entreprises dans lesquelles ils sont entrés. Or, selon les chiffres compilés par l'Institut de l'entreprise, leur part dans les sociétés du CAC 40 est marginale avec un total de 1,5 %. Les participations les plus significatives sont celles de QIA (Qatar) dans Lagardèrerave;re (6,6 %) et Vinci (5,7 %). En Grande-Bretagne, ou en Allemagne, la part de ces investisseurs est, certes, plus importante (le London Stock Exchange est notamment détenu à hauteur de 20 % par QIA et 15 % par Dic, le fonds souverain de Dubai). Mais aucune opération n'a jamais été hostile.Les entrepreneurs français sont donc plutôt à la manoeuvre pour convaincre ces fonds souverains de s'intéresser à eux. Et l'entreprise n'est pas aisée. Toujours selon les statistiques retenues dans le rapport, ces organismes ont largement tendance depuis deux ans à privilégier les sociétés de leur propre zone géographique. Sur les 113 investissements rendus publics en 2009, 60 ont été réalisés dans les économies émergentes. L'opération la plus importante a d'ailleurs été un investissement domestique, avec 13,2 milliards de dollars investis par QIA dans la Qatar Railways Development Company, aux côtés de la Deutsche Bahn.Pas facile, dans ce contexte, d'attirer l'attention sur les charmes de la bonne vieille Europe. Celle-ci n'est pas dénuée d'atouts, notamment au niveau de la transparence des modes de gouvernance et de reporting ou de la régularité des résultats. Mais la partie est loin d'être gagnée, comme l'ont bien compris les responsables des mastodontes de la cote. D'où leur souhait de s'organiser pour promouvoir leurs poulains et de disposer d'un relais (voir entretien ci-contre).Pour attiser l'intérêt de ces riches organes, la France n'est pas à court d'arguments. Parmi ceux-ci, la relative liberté d'action offerte aux investisseurs étrangers. Le document de l'Institut de l'entreprise rappelle que les restrictions vis-à-vis des intérêts étrangers sont finalement assez limitées, celles-ci se concentrant sur les entreprises de défense, de médias et financières. « Cette réglementation a jusqu'à présent été perçue comme suffisante par les entreprises françaises qui ne souhaitent pas la voir remise en cause », peut-on lire dans le rapport.Vu le poids croissant que devraient prendre ces fonds souverains dans un bref avenir, l'enjeu est de taille. Les entrepreneurs français semblent bien décidés à jouer des coudes pour retenir l'attention. Mais avec l'ambition de développer un actionnariat souhaité et non pas subi, de manière à élaborer un tour de table équilibré et non pas autoritaire. Tout reste à faire.

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